Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

Epiphanie C

 

Isaïe 60,1-6 

Psaume 71

Ephésiens 3, 2...6  Matthieu 2, 1-12

 

 

 Epiphanie du Seigneur C

     Père Marc Rastoin, jésuite

 

Dans l’Evangile, il y a un roi - il s’appelle Hérode - et il y a des ‘mages’, - anonymes - mais il n’y a pas de ‘rois mages’ !
Il y a une étoile mais c’est une étoile vraiment très bizarre, qui s’arrête et repart, disparaît et réapparaît. Encore plus étrange : Elle mène d’abord non pas à Jésus mais à Hérode ! Elle mène en fait vers ceux qui connaissent la Bible, les scribes. Sans les sages d’Israël, les ‘mages’, ces sages venus de Perse, n’auraient rien trouvé du tout… Notre Evangile est une sorte de midrash chrétien, un commentaire sous forme de paraboles, de l’Ecriture. Que dit-il ? Il nous parle d’un long chemin pour trouver la vérité. Il nous dit que la lumière du cœur et celle des Ecritures vont dans la même direction, mais que chacune a besoin de l’autre. Il dit que des hommes venus de loin sont parfois plus à même de rencontrer Dieu, un Dieu caché et vulnérable, que des spécialistes qui vivent à sa porte. Que le salut vient des Juifs mais qu’il s’ouvre maintenant à tous les peuples. Jésus dira de même à la Samaritaine : « Vous adorez ce que vous ne connaissez pas; nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient, elle est là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité » (Jean 4,22-23).
Mais pourquoi une étoile ? Sans doute parce que, de tous les prophètes de l’Ancien Testament, le premier à avoir annoncé une étoile était un prophète païen, Balaam, fils de Béor, un monsieur très bizarre aussi. Lui aussi venait des « monts d’Orient » (Nombres 23,7), lui aussi s’était mis en route (cf Nombres 22,21), lui aussi s’était prosterné devant l’envoyé du Seigneur (cf. Nombres 22,31), lui aussi avait cherché la lumière en priant : « Peut-être le Seigneur viendra-t-il à ma rencontre ? La parole qu’il me fera connaître, quelle qu’elle soit, je la communiquerai » (Nombres 23,3). Et lui aussi, il a vu une étoile, un Sauveur, qui pointait à l’horizon : « Je le vois, mais ce n’est pas pour maintenant; je l’observe, mais non de près : De Jacob monte une étoile, d’Israël surgit un sceptre » (Nombres 24,17). Et, comme les mages, il s’en est retourné chez lui : « Balaam s’en alla et retourna dans son pays » (Nombres 24,25).
La vraie lumière est celle de Dieu, tout comme la vraie étoile est celle du Christ, Lumière née de la Lumière : « Moi, Jésus… Je suis le rejeton de la race de David, l’Étoile radieuse du matin » (Apocalypse 22,16ac). Nous sommes aux antipodes de l’astrologie !
Il y a beaucoup de chercheurs d’étoile. Mais trouvent-ils toujours des sages pour leur répondre et surtout des sages qui pratiquent ce qu’ils disent ? Hérode dit une chose mais pense le contraire. Les scribes disent le vrai mais qu’est-ce que cela change ? Ils connaissent la Bible mais ça leur sert à quoi ?? Que le Seigneur ne puisse pas dire de nous ce qu’il disait des scribes : « Faites donc et observez tout ce qu’ils peuvent vous dire, mais ne vous réglez pas sur leurs actes, car ils disent et ne font pas» (Matthieu 23,3-4). Charles Péguy écrivait de son ami Bernard Lazare qu’il était ‘ruisselant de la parole de Dieu’. Le sommes-nous ? Lorsque nous sentons un appel de l’Esprit dans nos vies, témoignons-nous de la même promptitude que les mages à nous mettre en route, à sortir de nos routines et à affronter l’inconnu ?
Oui, les peuples devraient venir chercher en Israël un témoignage véridique et à plus forte raison encore en nous, communauté des chrétiens… Ils attendent une parole droite, en accord avec ce qui est fait. Parfois il peut nous venir de pleurer de voir que les signes que Dieu a donnés pour être connu et aimé, Israël et l’Eglise, ne sont pas reconnus… et sont même défigurés, comme une glace noircie qui ne reflète plus la lumière.
Jésus est l’étoile du matin, la lumière des Nations. « A son ombre nous vivons, de son souffle nous respirons » (cf. Lm 4,20a). En définitive, c’est à nous que le Seigneur demande d’être lumière, sans doute en reflétant sa propre lumière : « Vous êtes la lumière du monde… Que votre lumière brille devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père» (Matthieu 5,14a-16). Que le Seigneur fasse de nous des lumières plus brillantes. Amen.