Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

Jean 13, 1-15
 

 

 

Jeudi Saint B                                                                         13 avril 2006                      

 Père Jean-Marc Furnon,  jésuite

 

  Jésus n’a pas lavé les pieds de pauvres qui étaient dans la rue. Jésus a lavé les pieds des douze disciples qui avaient engagé leur existence à sa suite et le reconnaissaient comme l’envoyé de Dieu.

Avec le lavement des pieds, Jésus pose un geste d’hospitalité. Dans ces pays où l’on marche en sandales dans la poussière des chemins, c’est l’un des serviteurs de la maison qui lave les pieds des invités devant son maître. Mais ici ce n’est pas un serviteur qui lave les pieds, c’est le maître lui-même. De plus il ne lave pas les pieds avant le repas mais au cours du repas alors que le démon avait déjà inspiré à Judas l’intention de le livrer. Comment comprendre ce que Jésus vient de faire ?
Ce geste et la dernière Cène dont nous venons d’entendre le récit dans la lettre aux Corinthiens nous parlent du même mystère : avant qu’on ne mette la main sur lui, Jésus offre librement sa vie dans un mouvement d’abaissement, d’humiliation, de kénose qui le conduit à la croix. Enlevant son vêtement, Jésus manifeste une dépossession de soi en vue du Royaume.

Or laver les pieds de chacun des douze c’est inviter ses disciples à entrer dans ce même mystère. Jésus offre l’hospitalité à ses douze disciples à l’intérieur du mouvement de dépouillement unique chemin vers le Père. Jésus ne leur a pas lavé les mains mais les pieds, ces pieds de missionnaires qui porteront, s’ils y consentent, la bonne nouvelle à travers le monde. Leur décision d’aller par le monde entier au nom de Jésus passera par leurs pieds, ces pieds que Jésus a lavés.
« C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ».

Il y dix ans, les moines de Tibérine étaient arrêtés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 ; le 21 mai on les découvrait assassinés. Un an avant, le Père Christian de Chergé écrivait à une amie religieuse que le don de soi est déraisonnable. Il disait : « N‘est-ce pas déraisonnable de consacrer sa vie comme nous l’avons fait ? On découvre simplement, un peu mieux, que la mort fait partie de la vie et donc du don consenti. Et les amis (il parlait des voisins algériens du monastère) ont droit à TOUT ».
Et dans son testament spirituel : « S’il m’arrivait un jour d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Eglise, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNEE à Dieu et à ce pays». Ces hommes en restant là sur place sont entrés dans le sens profond du lavement des pieds, ils ont dit « oui » à l’hospitalité offerte par Jésus. Par amour. Ils sont entrés dans l’offrande sacerdotale de leur vie à la suite de Jésus.
Ces moines ont fait pour d’autres ce que Jésus a fait le soir du Jeudi Saint : par le témoignage de leurs pieds, de leur vie, de la charité des soins médicaux à leurs voisins, par leur décision à tous de rester à Tibérine et par leurs chants de moines qui continuaient à monter gratuitement vers Dieu au milieu des Jardins. Ces hommes ne sont pas seuls. Ils ont des frères et des soeurs : St Ignace d’Antioche, Martin Luther King, Mgr Romero, le Père Popieluszko, les religieuses de Kouba à Alger, Mgr Claverie. Avec tant d’autres ils ont été déraisonnables. Par amour.

Il y a parmi nous des hommes et des femmes qui aiment à la manière déraisonnable de Jésus. Des parents qui continuent à être présents à un fils enchaîné violemment par la drogue ou à leur fille qui est hors d’elle-même dans sa vie de couple et de famille. Une femme mariée à un mari qui ne rentre pas certains soirs et à qui elle a dit après 15 ans de mariage : « Moi, je t’ai choisi, toi. Je t’ai dit : c’est toi ou personne, définitivement ». Elle reste sa femme simplement ne voulant rien savoir d’autre. Une femme de 60 ans dont le mari est mort qui traverse une longue dépression dans une patience habitée par la foi et soutenue par d’autres dans la vie. Nous pouvons nous souvenir des personnes qui, autour de nous, vivent un tel chemin déraisonnable à cause de Jésus.

Jésus, tu demandes à chacun de nous et à nous tous ensemble : « Comprenez vous ce que je viens de faire? ». Par amour. C’est la folie de la croix. C’est cela la sagesse de Dieu. Jésus, donne nous de comprendre, de croire, d’aimer, de pardonner comme tu nous as aimés et pardonnés.