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Dimanche de Pâques
B
12 avril 2009
Père François Boëdec, jésuite
Jean 20, 1-9
La nuit est passée, frères
et sœurs. Et l’Eglise nous invite à célébrer en ce matin de Pâques,
l’œuvre de Dieu, la force de son amour qui a définitivement miné et
fait exploser l’empire de la mort qui nous tenait prisonniers.
Mais nous, comment
sommes-nous en ce matin ? Sommes-nous bouleversés, sonnés devant une
telle affirmation pascale ? Ou au contraire, les années ont-elles
émoussé note accueil, habituant notre oreille à ces paroles, et notre
cœur hésite. Nous savons dans la foi que nous sommes promis de plus en
plus à la vie, associés au travail de résurrection du Christ qui
s’achèvera à la plénitude des temps. Mais sans doute sommes-nous, ce
matin, comme de nombreux matins, conduits à vivre le même cheminement
que Marie-Madeleine qui se met en route « alors qu’il fait encore
sombre », et qui va découvrir le tombeau vide. Oui, il fait encore
sombre parfois dans nos existences, et il nous faut du temps pour
accueillir, accepter, se laisser éclairer et transformer par cette
lumière de la résurrection, que signifie devant nous le cierge pascal.
Le mystère pascal est essentiellement un mystère de lumière. De
dévoilement de la lumière. Quelles que soient les heures de notre vie.
Cette lumière, dont l’étoile de Bethléem indiquait la naissance, a
brillé parmi nous avec une clarté croissante. Les ténèbres du Golgotha
n’ont pu l’éteindre. Elle reparaît maintenant parmi nous.
Au constat inquiet et
triste de Marie-Madeleine : « On a enlevé le Seigneur de son
tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis », va répondre vers
la fin de notre Evangile la tranquille et ferme attitude de Jean : « Il
vit et il crut ». N’y a-t-il pas entre ces deux phrases toute
l’aventure de notre foi ?
Ce bouleversement qui nous
saisit ne peut se comprendre que dans l’épaisseur de ces trois
derniers jours. Cette montée vers Jérusalem nous a fait partager le
chemin même de Jésus, le chemin de notre humanité dans ses zones les
plus sombres, mais aussi le chemin d’un Amour qui se révèle toujours
plus grand que notre cœur, et qui va jusqu’au don ultime. Si le Verbe
s’est fait Chair, si Dieu a pris notre condition d’humanité, allant
jusqu’à l’humiliation et le supplice de la croix, c’est pour nous dire
qu’il nous est possible de ne pas rester enfermés dans les filets de
la mort, sous toutes ces formes, prisonniers de tout ce qui nous
empêche de vivre, prisonniers de nos incapacités d’aimer et d’être
aimés en vérité.
Nous entrons ainsi dans la
réalité de notre quotidien qui est, reconnaissons-le, toujours de
l’ordre d’un passage. Autrement dit, vivre son baptême chaque jour,
c’est chercher à rassembler dans son existence ce qu’a vécu Jésus tout
particulièrement pendant ces trois derniers jours.
Avec le Jeudi Saint, c’est
le lavement des pieds. Il nous invite à faire nôtre le chemin du
Serviteur. Dieu se met à genoux devant chacune et chacun de nous pour
nous inviter à le suivre. Ce geste du service est aussi le geste de
l’eucharistie. Son Corps devient notre pain de vie. À nous de le
partager avec nos frères.
Avec le Vendredi Saint, la
réalité d’une existence tourmentée apparaît. C’est notre humanité
dévoilée dans ses fragilités, ses trahisons, ses découragements, ses
doutes. C’est Pierre et le reniement, c’est Judas et la trahison de
l’ami...Mais c’est aussi l’Amour exalté dans le pardon qui nous fait
grandir. « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ».
Enfin et surtout, c’est la
nuit de Pâques et ce premier matin de la résurrection où l’homme
découvre qu’il est un vivant recrée, parce que l’Amour a vaincu la
mort. L’histoire depuis les origines est ressaisie dans les mains du
Père. Dieu montre en se donnant ainsi, qui il est vraiment...
Le Christ est ressuscité,
c’est là l’événement le plus important de notre histoire personnelle
et de l’histoire du monde. Et Pâques nous livre le sens profond de
notre humanité. L’événement pascal imprègne la vie humaine, concrète,
quotidienne d’une valeur unique et nouvelle. C’est vrai que la
souffrance demeure, c’est vrai que la mort n’est pas détruite. Le
spectacle de notre monde en est un douloureux exemple, mais au cœur de
notre drame quelque chose d’essentiel a changé. La Passion et la Croix
sont venues habiter la souffrance et vaincre la mort. Dieu ne leur
donne pas un sens, mais Dieu est là avec nous pour nous accompagner
dans nos lieux de souffrance et de mort pour nous en retirer, et nous
conduire aux rives sûres d’une nouvelle vie.
Notre histoire personnelle,
notre vie de foi, notre vie de baptisé, notre vie d’homme et de femme
en recherche est au cœur de cette tension entre la vision d’un tombeau
vide et silencieux et la certitude de la résurrection. « Il vit et
il crut » affirme Jean. Parce qu’il a su partager l’intimité du
Christ, parce que sa foi était amour, le disciple a répondu OUI à son
Seigneur.
Présentons au Seigneur,
frères et sœurs, en ce matin de Pâques, avec cette joie secrète et
confiante, que tous ceux qui se savent aimés ont au cœur, les coins et
recoins de notre existence, les situations de notre société française
et de notre monde, qui ont besoin d’accueillir la vie, d’être éclairés
d’une lumière nouvelle, d’être engagés dans un travail de
résurrection. Et redisons au Seigneur, que nous le choisissons comme
Maître et comme ami, pour que jour après jour, à son école du cœur, il
fasse de nous des témoins de plus en plus vivants de ce nouveau monde
qui cette nuit a commencé de naître. Et que rien ne pourra jamais plus
arrêter.
Christ est ressuscité !
Alléluia ! Alléluia ! |