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Jour de
Noël (A)
25
décembre 2007
Père
François Boëdec, jésuite
Frères et sœurs,
Si nous sommes assemblés ce matin, nombreux, c’est pour nous
souvenir du premier Noël, la venue du Christ comme un enfant de
notre monde. Et réentendre, pour chacun et chacune d’entre nous, au
point où nous en sommes de notre vie, que cet événement est le début
d’une aventure qui intéresse tout homme. C’est toujours aujourd’hui,
une lumière nouvelle sur Dieu et une lumière sur nous.
Le superbe début de l’Evangile selon St Jean que nous venons
d’entendre nous éclaire en effet sur le projet de Dieu. Certes, tous
les jours, nous n’avons sans doute pas à l’esprit ce que la
naissance de Jésus, l’incarnation de Dieu, suppose comme amour,
comme désir puissant de Dieu de venir nous rejoindre totalement,
pour nous attirer à lui, pour nous attirer à la vie. Et pourtant…
A Noël, le temps de la Création du monde a fait place à la nouvelle
Création. C'est le temps du Verbe. Le Verbe « était » dans le monde
depuis toujours, mais un jour il vint dans l'histoire. Dieu avait
déjà parlé par la création entière, puis par les Prophètes.
Maintenant il ne se contente pas de parler. Sa Parole vient, et dans
cette Parole il se dit tout entier, car cette Parole, c'est Lui. Et
par son Verbe fait chair, Dieu a dit son dernier mot, le plus
profond et le plus beau de tous, qu’il a inséré de manière
définitive au cœur du monde. Qu’est-ce qui émerge ainsi dans le
temps des hommes ? C’est l’origine, mais pas une origine qui nous
aurait lancés dans l’existence autrefois, nous laissant pour la
suite à notre solitude ; non, une origine de laquelle nous sommes
sans cesse en train de surgir, une origine sans cesse en travail
d‘enfantement. Un travail d’humanisation dont Dieu, l’Emmanuel, «
Dieu avec nous », est partie prenante.
Pour dire qui il est, le Verbe de Dieu s’est donc fait chair ; mais
il ne l’a pas fait de n’importe quelle manière. Il s’est exprimé par
une naissance d’exil, loin de chez lui, une naissance de dénuement,
entouré de ceux - les bergers - qui ne comptaient guère dans la
société de l’époque. Comme si, dès le début, le Seigneur avait voulu
rejoindre les plus démunis de nos frères pour leur dire qu’ils sont
aimés et que nous, nous avons à inventer leur service dans le
respect.
Célébrer l’advenue, en notre humanité, d’un Dieu qui prétend, en
choisissant la discrétion et la faiblesse, sauver le monde, ne cesse
de nous interroger et de surprendre nos sociétés. Un Dieu qui ne
veut pas garder pour lui seul sa dignité et sa puissance, et qui
promet à ceux qui l’accueillent et croient en lui, rien moins que de
devenir ses propres enfants. Il y a bien quelque chose d’inouï dans
cette promesse de Dieu, inouï au sens premier du terme, c’est-à-dire
que nous n’arrivons pas à entendre, à laquelle nous avons du mal à
croire.
Dieu pourtant est tenace en son amour. Et il connaît l’urgence des
temps. Aujourd’hui, comme il y a 2000 ans, des hommes, des femmes,
des enfants – très loin et tout près – soufrent du malheur que leur
infligent d’autres humains. Et le pire est sans doute
l’indifférence… Ils demandent eau, nourriture, travail, paix, asile,
mais aussi présence, parole, reconnaissance. Exister pour quelqu’un,
tout simplement. En laissant résolument de côté la puissance qui
s’impose, l’Emmanuel, met en route ce qui, dans nos cœurs et dans le
monde, est la seule force capable de briser tout ce qui empêche
l’homme d’être lui-même, aimant et aimé, un homme pour et par les
autres. Et nous savons par expérience tout ce que cette force de
l’amour, sous toutes ses formes, peut produire autour de nous,
quelle lumière elle projette sur notre vie à chaque fois que nous y
sommes risqués. C’est cela qui se dit dans la naissance de Jésus,
dans le choix définitif de Dieu vis-à-vis du monde : oui, comme le
dit le prophète Isaïe « le Seigneur a montré la force divine de son
bras aux yeux de toutes les nations. Et, d’un bout à l’autre de la
terre, elles verront le salut de notre Dieu » (Is. 52, 10).
Frères et sœurs, ce qui a commencé la nuit de Noël recommence chaque
jour. Si Dieu naît pour moi, c’est moi aussi qui naît. Je nais d’une
vie nouvelle, la vie même de ce Jésus qui est l’homme nouveau.
L’avenir est sans cesse ouvert et ré ouvert, et ce ne sera ni par la
force ni par la violence, ni par le pouvoir, ni par la richesse.
Celui qui ouvre l’avenir de tous les sans visages, sans voix, sans
parole et sans place, c’est-à-dire nous aussi à certains moments de
notre vie - celui qui ouvre l’avenir, le nôtre et celui du monde,
c’est un tout petit, fragile et démuni. C’est un homme qui inaugure
entre les humains des rapports radicalement neufs, un homme habité
d’une vie tellement forte qu’elle traversera tout – y compris la
mort.
C’est là – et pas ailleurs – qu’est la source de notre joie. Une
joie qui grandit à chaque fois que nous courrons vers la lumière.
Une joie confiante, profonde et calme de ceux qui choisissent de
s’associer à cette œuvre de vie.
Il nous revient, frères et sœurs, dans ce temps qui n’en peut plus
de ses ténèbres, à travers le plus ordinaire de nos choix et de nos
décisions, de faire basculer la nuit et de mettre à chaque instant
dieu au monde. Dans ce travail de recréation, nous ne serons jamais
seuls. Il l’a promis, celui qui, de Noël à Pâques nous a donné sa
vie.
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