|
Jour de Pâques - Année C
Jean 20, 1-9
P. Laurent
Basanese, jésuite.
|
dimanche 4 avril 2010
DIMANCHE DE LA
RESURRECTION |
Le Christ est ressuscité ! Il a traversé la mort, ce monde du
silence et de l’immobilité, que les hommes de tous temps cherchent à
camoufler en l’éloignant de la société des vivants, en l’enfermant
dans des tombeaux. Il est ressuscité : allons-nous reprendre notre
vie comme avant, c’est à dire comme s’il était mort, comme si rien
ne c’était passé, comme si la belle histoire était finie, telle un
bon film de science-fiction au cinéma ? Allons-nous repartir
dubitatif, encore une fois comme Pierre pour l’instant, qui
ne voit rien en rentrant dans le tombeau, sinon un point final à
trois années intenses avec ce Jésus de Nazareth ? ou bien
allons-nous commencer à croire, même sans voir, comme l’apôtre Jean
qui court plus vite que lui ?…
C’est l’amour qui nous fait courir, et qui nous donne de croire que
tout est possible pour Dieu, que l’histoire commencée sur les bords du
Jourdain avec le baptême de Jean-Baptiste, poursuivie en Galilée et
dans tout le pays des Juifs où tant de pauvres, de pécheurs et de
malades ont été guéris et relevés, que cette histoire ne peut
s’arrêter comme ça, bêtement, dans un trou. Le trou – le tombeau – est
bien là pourtant : le linceul est « resté là », mais il n’y a
plus rien à voir, le corps du bien-aimé n’est plus présent, le linge
qui avait recouvert sa tête est même « roulé à part, à sa place »,
c’est à dire « comme il se doit », rangé… Certainement donc, il
faut tourner la page et chercher ailleurs, mais avec la même
flamme, le même amour qui animaient les apôtres lorsqu’ils
parcouraient villes et villages, envoyés par Jésus, annoncer la Bonne
Nouvelle de la vie du Royaume.
Malgré le drame de la séparation, il serait absurde, en effet, de
chercher un autre amour, de « multiplier les expériences »
intéressantes, comme on dit, pour combler cette absence, de trahir et
de démentir ce passé tout proche. Il s’agit plutôt de reprendre le
même élan reçu par la fréquentation éprouvée du Christ, par
cet acquis de notre vie, cette vie qui peut – moyennant sa grâce –
voir et choisir ce qui a du poids, ce qui vaut la peine d’être
entrepris… au risque de la perdre. Nous, chrétiens, nous savons
maintenant ce qu’est l’amour et jusqu’où il peut aller : il s’est
manifesté au plus haut point sur la Croix. Le Christ est allé jusqu’au
bout et il n’a pas faibli : il a montré ce qu’est véritablement un
homme lorsqu’il se bat pour la vie et la vérité, lorsqu’il ne pactise
pas avec les forces de mort, de mensonge et de haine qui se déchainent
contre lui. Aimer, c’est cela : ne pas répondre au mal par le mal, ne
pas commettre de péché ni y entraîner, même dans la pire des
situations. Aimer, c’est préférer « être tenu pour insensé et fou
pour le Christ qui, le premier, a été tenu pour tel, que sage et
prudent dans ce monde. » Aimer, avec la résurrection, c’est aussi
revenir consoler ses proches, ceux-là mêmes qui ont renié, ne pas leur
tenir rigueur de leurs fautes, mais les choisir à nouveau, dans
l’espérance que, désormais, baptisés par la traversée de Pâques, ils
ne s’appuieront plus sur leurs propres forces, mais sur cet amour
manifesté dans le pardon.
La résurrection, frères et sœurs, n’est pas un happy end
malvenu après le scandale de la Croix et apparemment toujours démenti
par nos propres péchés, ni une projection déconnectée de la réalité
mais inconsciemment désirée, valable tout au plus pour des enfants, ni
même une invention de l’Eglise... Car ce qui fonde notre foi est que
le Christ s’est montré « aux témoins que Dieu avait choisis
d’avance, nous dit l’apôtre Pierre, à nous qui avons mangé et
bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts ». Il
est possible de ne pas croire, de ne pas adhérer à cette annonce, au
fait qu’il est apparu vivant à ses disciples, avec un corps glorieux,
et qu’il a continué à les enseigner, les réconforter, les raffermir
contre leurs doutes, et cela jusqu’à l’Ascension, durant 40 jours. Il
est possible, malheureusement, de fermer la parenthèse de ce
temps passé avec Jésus, de refermer la pierre sur le tombeau,
et de reprendre sa vie « comme avant ». Mais regardez Marie-Madeleine
courir trouver Pierre et Jean de bon matin, regardez ces deux
disciples se stimuler dans la compétition, courir à leur tour vers ce
lieu ouvert qui leur crie dans le silence : « Sortez, allez
ailleurs ! »
Oui, la résurrection est pour les enfants, de ceux qui ont choisi de
renaître par le baptême, en traversant la mort et en ressuscitant avec
le Christ, et qui sont maintenant « fils de Dieu », de ceux qui ont
choisi de recommencer une nouvelle vie, une vraie vie, et de tendre
désormais de toutes leurs forces, de tout leur amour « vers les
réalités d’en haut, et non pas vers celles de la terre », comme
nous y exhorte saint Paul. C’est cela la réalité du Royaume
inauguré sur terre par la victoire de la Croix, cet autre monde
invisible aux yeux de chair et qui nous comble de joie, pour une plus
grande gloire de Dieu.
© Compagnie de Jésus
|