Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                             

Jour de la Résurrection                                                                                                          dimanche 8 avril 2007

Père Marc Rastoin, jésuite

Actes 10,34-43 ; Ps 117 ; Colossiens 3,1-4 ; Jean 20,1-9

Le verbe ‘voir’ revient souvent dans notre évangile mais ce n’est jamais Jésus ressuscité que l’on voit ! On voit des objets : tombeau, linceul, linge… et à la fin, on voit grâce à l’Ecriture. « Les disciples n’avaient pas vu que, d’après l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite… ». Franchement cette phrase nous surprend ! Pourquoi faut-il l’Ecriture ? Une apparition de Jésus ressuscité ne suffirait-elle pas ?! Qu’est-ce que ce disciple anonyme voit, qui le ferait croire : « il vit et il crut ». Mais il vit quoi ? Qu’a-t-il lu dans l’Ecriture qui lui fait voir ce que d’autres ne voient pas…

Non seulement les messagers du Ressuscité renvoient sans cesse aux Ecritures mais Jésus ressuscité lui-même se fait exégète ! « Et il leur expliqua dans toutes les Ecritures ce qui le concernait » (Lc 24,17). Sans elles, pas de Résurrection qui tienne. Et le premier à voir est ‘celui que Jésus aimait’. Est-ce qu’il n’aimait pas Marie-Madeleine et Pierre ? Bien sûr ! Mais ce disciple est le seul qui soit défini par ce seul amour. Croire en la Résurrection est un acte d’intelligence et d’amour. Lire le Livre et se laisser aimer : telles sont les deux portes de la foi. Tel a été le chemin des disciples. Tel est encore le nôtre. Nous aussi nous avons les Ecritures. Nous aussi nous pouvons nous laisser aimer. Entre l’acte de foi des Apôtres et le nôtre, les ressemblances sont plus grandes que les différences…. Eux comme nous ont eu à lire les Ecritures. Eux comme nous ont eu à se laisser aimer. Eux comme nous ont eu à croire.

La Résurrection, ce n’est pas seulement le ‘oui’ de Dieu à Jésus. C’est, en lui, le ‘oui’ de Dieu, à l’humanité, et au-delà, à la vie qu’il a créée. Et pourquoi l’Ecriture ? Parce qu’il faut lire cette Ecriture pour apprendre qui est ce Dieu. La Résurrection dit l’identité même de Dieu. Il est un Dieu vivant, Un Dieu qui aime, qui aime la vie et qui nous aime. De quel profit nous serait un Dieu qui ne nous aimerait pas vraiment ? Pour comprendre comment la Résurrection était inscrite en filigrane dans ‘toutes les Ecritures’, non pas comme une pochette de kinder-surprise, un coup de baguette magique, un miracle arbitraire, mais comme le sens même de tout le créé, comme le nom même de Dieu. Vendredi nous avons entendu le poème du Serviteur souffrant du prophète Isaïe (52-53). Nous savons que Jésus s’est profondément identifié à ce Serviteur. De lui, il est dit que, « s’il offre sa vie », alors, « par lui, la volonté du Seigneur s'accomplira. » Et que dit ce chant de la Résurrection ? « A la suite de l'épreuve endurée par son âme, il verra la lumière et sera comblé » (Is 52,10b.11a). Encore plus étonnant, il est dit de ce Serviteur qu’il « sera élevé et exalté » (Is 52,13). Il est dit de lui ce qui était dit de Dieu même au début du livre ! Ressusciter, c’est être là même où est Dieu, c’est être soi-même en Dieu même.

Si nous sommes appelés à vivre avec le Dieu vivant, le Dieu qui aime la vie et qui la redonne, comment alors ne pas nous mettre au service de cette vie ? Plus que jamais, dans une Europe prête – comme l’a dit le Pape - à se mettre en congé de l’histoire, nous sommes appelés à protéger la vie : Ne pas nous laisser fasciner par les tombeaux mais par les berceaux, non par les violents mais par les doux, non par ce qui est mort en nous mais par ce qui ne demande qu’à vivre, non par les murmures du découragement mais par la voix discrète de l’espérance. Comment cela se fera t-il ? L’Evangile nous donne lui-même la réponse : en nous laissant aimer.

Marie-Madeleine avait été guérie par Jésus. Elle avait pour lui une reconnaissance infinie. Elle lui était attachée. Pourtant ce n’est pas elle dont il est dit qu’elle a cru. Simon-Pierre avait été choisi par Jésus. Il avait pour lui un enthousiasme débordant. Il lui était attaché. Pourtant ce n’est pas lui dont il est dit qu’il a cru. Il s’agit d’un disciple anonyme, un disciple dont ne savons qu’une seule chose, la seule qui compte, c’est que Jésus l’aimait. Ce qui nous permet de croire, c’est l’amour du Christ pour nous. Croire en la Résurrection, ce n’est finalement rien d’autre que croire que nous sommes aimés. Il y a quinze jours, une personne sur le point de mourir confiait à ses proches : ‘Je ne me savais pas tant aimée La Résurrection nous dit : ‘Nous ne savions pas que nous étions tant aimés…’ En Jésus, c’est toute notre humanité qui est aimée et glorifiée. Chaque fois que nous nous laissons aimer, nous goûtons la joie du matin de Pâques. Accueillons-la largement.