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Isaïe 52, 7-10
Hébreux 1, 1-6
Jean 1, 1-18
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Jour de
Noël
25 décembre 2005
Père Pierre Faure, jésuite
Quelle parole ! Quelle force ! Quelle densité ! Et en même temps
quelle simplicité ! Je trouve que nous venons d’entendre un des plus
grands textes religieux de l’humanité. Et nous ne pouvons que nous
arrêter pour contempler et admirer un tel monument. Quel talent et
quel génie agissent donc en Jean pour qu’il nous mette ainsi au bord
de l’origine du monde et de la vie, sans employer aucun mot
compliqué ! Sans aucun doute, la pureté et la force de sa foi -
puisées dans son intimité avec Jésus - lui font voir ce que d’autres
ne peuvent que pressentir.
Vous savez qu’une tradition ancienne a lié la figure de l’aigle à Jean
l’évangéliste. Et souvent dans les enluminures, les peintures ou les
sculptures anciennes, dans l’art roman notamment, l’aigle représente l’auteur
du quatrième évangile. Jean l’évangéliste, comme l’aigle, est renommé pour la
pénétration de son regard, la hauteur et la profondeur de sa vision, et la
force et la concentration qui emportent son texte.
Il faut dire que l’évangile de Jean est écrit à peu près soixante ans après la
mort de Jésus. Jean le visionnaire et ses disciples ont eu le temps de
méditer, de comprendre, d’approfondir, d’épurer, d’unifier leur annonce de la
Bonne nouvelle.
Mais il faut dire aussi qu’en ce temps-là les communautés chrétiennes ne
célébraient pas la naissance de Jésus, ni la fête de Noël qui n’arrivera qu’au
quatrième siècle. Les communautés chrétiennes vivent alors seulement du
baptême et de l’eucharistie, tous les deux mémorial de la Pâque du Christ.
Voilà qui peut nous faire comprendre pourquoi dans notre texte il est surtout
question de notre propre naissance : « Tous ceux qui l’ont reçu, ceux qui
croient en son nom, il leur a donné le pouvoir de devenir enfant de Dieu. Ils
ne sont pas nés de la chair et du sang, ou d’une volonté charnelle, ni d’une
volonté d’homme, ils sont nés de Dieu. »
Que nous puissions nous-mêmes naître de Dieu, voila le véritable enjeu de la
fête de Noël. Car comme l’a dit un grand spirituel : « Dieu pourrait bien
naître des milliers de fois dans la crèche, s’il ne naît pas en chacun de
nous, cela ne sert à rien. »
Mais alors, comme le demande Nicodème à Jésus : « Comment est-il possible de
naître quand on est déjà vieux ? » Et c’est encore Jean qui
répond : « Quiconque aime, est né de Dieu » (1 Jn 4, 7). Chaque fois que nous
faisons place en nous à l’amour désintéressé, c’est la gratuité de Dieu qui
naît en nous. Chaque fois que la paix et la réconciliation sont en travail de
naissance en nous c’est l’amour de Dieu qui agit en nous. Et Jean nous aide à
voir et à comprendre que c’est cet amour-là qui a fait le monde. C’est de cet
amour-là que naît Jésus. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils
unique » (Jn 3, 16).
Enfin pas d’amour sans joie. La vraie joie. La joie parfaite dont parle Jean.
La joie véritable et inaltérable : celle qui vient de Dieu même. Joie toujours
nouvelle. Joie de la naissance. Joie de la reconnaissance. Joie de recevoir et
joie de donner. Joie de partager. Joie qui porte en elle une secrète victoire
sur la mort parce qu’elle porte en elle la vie même de Dieu.
Alors, que la reconnaissance et la haute louange à Dieu emplissent largement
nos cœurs ce matin pour l’immensité de ce don qui déborde jusqu’à nous en ces
fêtes de Noël.
« Gloire à Dieu, paix aux hommes, joie du ciel sur la terre. »
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