Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

Jour de Noël A

 

Isaïe 52, 7-10

Psaume 97

Hébreux 1, 1-6

Jean 1, 1-18
 

 

 

Messe du jour de Noël (A)

Père Marc Rastoin,  jésuite

 

« Ils sont nés de Dieu… » dit saint Jean en parlant de nous… « Nés de Dieu » ! Ce que nous célébrons aujourd’hui, c’est que nous sommes « nés de Dieu »… Si nous célébrons seulement la naissance du Christ, nous sommes les plus malheureux des hommes ! Si nous ne célébrons que la Résurrection du Christ, il en va de même ! C’est nous qui sommes appelés à naître de Dieu et, par suite, à renaître de lui également car c’est lui qui donne la vie et la redonne, c’est lui qui crée la vie à l’origine et c’est lui qui est capable de la recréer… La question que pose toute naissance, y compris celle de Jésus de Nazareth, est la suivante : ‘Dieu qui a créé la vie ferait-il naître des fils pour les conduire à la mort?’ Cela est-il concevable? Cela est-il envisageable? La vie du Fils donnée avec profusion peut-elle s’éteindre définitivement? Le don de Dieu a-t-il un terme, une limite ?

La première personne dans la Bible à prier en silence, la première personne à annoncer la venue d’un Messie, Anne, la mère du prophète Samuel, est aussi celle qui proclame dans le même chant : « Le Seigneur fait mourir et vivre, il fait descendre aux abîmes et en remonter » (1 Samuel 2,6). « Et en remonter… » Petits mots précieux qui disent notre foi. L’enfant nouveau-né de Bethléem, voué déjà à la mort, et qui sera, dès le début de sa vie et jusqu’au bout, entouré de gens qui cherchent sa mort, pourra-t-il renaître ? Sinon, rentrons chez nous ! Si oui, tout est changé et la Nativité du Christ Jésus a un sens. Le petit Galiléen qui naît un jour du temps sous le règne de Tibère César au temps où les légions piétinent le sang des peuples conquis est aussi « Celui en qui les mondes ont été créés » (Hébreux 1,2), le « Prince de la vie » (Actes 3,15), Celui qui est « le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14,6).

Ce que Jean annonce dès le début de son Evangile, c’est ce que Jésus dira à Nicodème : « ‘En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d'en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu’. Nicodème lui dit : ‘Comment un homme peut-il naître, étant vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ?’ Jésus répondit : ‘En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d'eau et d'Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu… Ne t'étonne pas, si je t'ai dit : Il vous fait naître d'en haut. Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l'Esprit’ » (Jean 3,4-5.7-8).

« Ils sont nés de Dieu »… Naître de l’Esprit, naître de Dieu, tel est le seul enjeu de notre vie. Naître de Dieu, car lui seul donne la vie, lui seul est la Vie. A Noël, nous ne célébrons pas la vie, nous célébrons le Maître de la vie, ‘celui qui fait descendre à l’abîme et en ramène’, celui qui donne la vie et la redonne au centuple.

         Le Fils unique est appelé à avoir une multitude de frères. Notre vocation c’est de naître vraiment. Personne ne choisit de naître mais chacun est libre de renaître pour peu qu’il le veuille ! Renaître implique de passer par le même chemin de la naissance. Le signe en est que Nicodème pose la même question que Marie : « Comment cela peut-il se faire ? » (Jean 3,9). Et la réponse est la même : croire ! Comme le dira Jésus a ses disciples : « ‘Si tu peux!... Tout est possible à celui qui croit’ » (Marc 9,23). Tout, même renaître ! Aujourd’hui vous est né un Sauveur. Aujourd’hui nous pouvons renaître en lui, si nous le voulons… C’est à nous tous que le Seigneur déclare ce qu’il avait dit du fils de David : ‘Je serai pour toi un père ; tu seras pour moi un fils’ (cf. 2 Samuel 7,14).

         Que le Seigneur fasse de nous des fils, des croyants… libres, confiants et sûrs de son amour. Un amour fort comme la mort. Un amour qui est de toujours à toujours. Amen.