|
Jour de
Noël
lundi 25 décembre 2006
Père
Jean-Marc Furnon, jésuite
Jean 1,
1-18
Le mystère de la vie
« Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu
et le Verbe était Dieu ».
Le Prologue de l’évangile de Saint Jean commence en nous révélant le
mystère de la vie de Dieu en Dieu. En nous parlant du Verbe, il nous
ouvre au mystère de la Trinité : en Dieu la vie s’échange et se
communique gratuitement et mutuellement entre le Père, le Fils et le
Saint Esprit.
C’est cette vie et cet amour qui sont la source et le berceau de la
création. Au commencement Dieu créa le ciel et la terre… Au
commencement, Dieu dit « que la lumière soit » et la lumière fut. Au
sixième jour, Dieu créa l’homme et la femme, à l’image de Dieu il les
créa. Et Dieu vit que cela était bon, très bon. Le mystère de l’œuvre
de Dieu commence par le don de la vie et l’action de grâces. Cette vie
et cet amour de Dieu se communiquent en Dieu lui-même, à travers
l’œuvre de Dieu, à travers la rencontre de l’homme et de la femme.
C’est cette vie qui est donnée à tous les hommes. Elle témoigne de
Dieu. Il y a trois semaines je célébrais les fiançailles d’un jeune
couple. Ils ont vingt ans. C’est étonnant : hier ils étaient encore
des enfants ; leurs parents ont à peine tourné la tête et voici qu’ils
ont devant eux un homme et une femme qui s’aiment et qui s’engagent.
Ils étaient enfants et ils sont mystérieusement devenus hommes et
femmes de désir. Voilà une belle figure de ce qu’est le don de la vie
et du mystère que cela représente.
L’évangile s’ouvre sur une note joyeuse.
*
Les ténèbres
Mais il y a aussi une note douloureuse. Dès le début il y a une
atmosphère d’orage :
La vie était la lumière des hommes
et la lumière brille dans les ténèbres
et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.
L’orage ce sont les ténèbres. Les ténèbres menacent de saisir la vie
et la lumière de la vie, de la mettre en prison, de la faire
disparaître, de la nier. Un combat existe entre la vie et les ténèbres
jalouses de la vie qui veulent détruire la vie dès son apparition en
ce monde et qui chercheront à la détruire en mettant Jésus en croix.
L’homme peut s’enfermer dans la jalousie, l’envie, le mutisme, la
cupidité, la violence, l’idéologie, le refus de la vie, au point de
tourner le dos à ce qui fait la dignité et la beauté de l’humanité. Au
point de marcher inconsciemment vers son propre suicide.
Frères et sœurs réjouissez vous de la vie en vous, de la vie en
l’autre, de la vie dans l’humanité. D’une vie qui vous surprend et qui
arrive à l’improviste. Que l’amour et la force de l’Esprit saint vous
donnent de ne pas vous laisser aller aux ténèbres de la jalousie par
rapport à la vie qui s’épanouit dans l’autre ou en vous-même. La vie
n’est pas faite pour être retenue, arrêtée ou détruite mais pour être
donnée, échangée, offerte.
Jésus dira un jour : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils
l’aient en abondance » (Jean 10,10). Voilà le nord magnétique de nos
boussoles pour orienter nos existences face à la menace des ténèbres.
***
Le Verbe fait chair
« Et le Verbe s’est fait chair et il a demeuré parmi nous ».
Nous pressentons pourquoi le Verbe s’est fait chair, pourquoi le Verbe
qui est Dieu et qui était avec Dieu au commencement du monde est venu
parmi nous.
Premièrement pour la joie de Dieu à rencontrer l’homme. Longtemps,
dans l’Ancien Testament, on a parlé de la sagesse créatrice. Elle
était auprès de Dieu et en même temps, elle était avec les hommes : «
allant et venant, jouant sur la surface de la terre. Elle trouve ses
délices parmi les enfants des hommes » (Prov 8,30-31). Cette sagesse
c’est le Christ et il y a en Dieu une grande joie à rencontrer
l’homme, l’homme et la femme, toute l’humanité. La première raison de
l’incarnation c’est la joie de la rencontre.
La seconde raison de la venue du Verbe c’est justement ce refus de la
vie qu’il y a en l’homme lorsqu’il consent aux ténèbres jusqu’à
récuser ce qu’est être un homme, ce qu’est vivre à l’image de Dieu. Le
refus qui a été opposé au Christ révèle cette résistance profonde. Le
Verbe s’est fait chair pour rejoindre l’homme sur ce chemin où l’homme
tourne le dos à la vie, à l’amour, à l’humanité. Comme un berger qui
s’en va à la recherche de la brebis qui s’égare. Le Christ s’est fait
chair pour nous tirer du désespoir lié aux souffrances du fait de la
finitude humaine mais aussi du fait de l’enfermement de l’homme en
soi, de l’homme comme fermé de l’intérieur de lui-même.
Voilà l’amour de Dieu ami de la vie, créateur et rédempteur. Le Verbe
c’est Dieu lui-même qui s’aventure à la rencontre de toute l’humanité
dans ce qu’elle a de plus joyeux et de plus douloureux.
|