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Nombres 6, 22-27
Galates 4, 4-7
Luc 2, 16-21
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Sainte Marie,
Mère de Dieu
1er janvier 2006
Père Dominique Salin, jésuite
Il y a beaucoup de bruit et
de va-et-vient autour de ce nouveau-né. De même que, dans nos maisons,
cette semaine, il y aura eu, autour de la crèche et du sapin, beaucoup
de mouvement et beaucoup de bruit : papiers d’emballage froissés,
cartonnages écrasés, souhaits de bonheur échangés, exclamations des
enfants sur fond sonore de robots électriques plus ou moins bruyants
et sophistiqués…, de même, autour de Jésus enfant, ce défilé de
visiteurs inattendus et émerveillés, les oreilles bruissantes et la
bouche pleine de l’extraordinaire horoscope qui vient de leur être
annoncé : « Cet enfant ne serait pas comme les autres ! Nous en avons
eu, de la chance ! Plus tard, nous pourrons dire : quand il est né,
j’étais là ! Oui, madame, je l’ai vu dans sa mangeoire, de mes yeux vu
! »
Toute cette publicité bruyante,
toutes ces allées et venues, toutes ces exclamations, tous ces plans sur la
comète !...
Au milieu de tout cela, dans le
caravansérail en effervescence, une femme se tait. Elle reste immobile et
silencieuse. C’est à peine si on la remarque. On ne la voit pour ainsi dire
pas.
Mais elle, elle voit, elle voit
tout, elle entend tout, elle se rappelle tout et, dans son cœur, elle dit oui
à tout.
En un mot, elle prie.
Cette mère silencieuse, ce témoin
attentif et discret de tout ce qui concerne Jésus, cette mémoire vivante en
train de se constituer, c’est Marie.
Elle ne pense pas à l’avenir, elle
ne s’interroge pas sur l’avenir. Elle fait confiance pour l’avenir.
Elle est attentive au présent,
disponible au présent. Et elle laisse remonter le passé que ce présent appelle
pour en recevoir son sens.
Dans l’Evangile, il en sera
toujours ainsi. Toujours Marie est tout entière dans le présent, si
déconcertant soit-il. Et elle se rappelle le passé.
Dans cet enfant qui lui est donné,
Marie voit surgir, du fond du passé, tous ces fils inattendus, inespérés,
enfants parfois de la stérilité ou rescapés de la mort et du péché, et qui ont
fait l’histoire d’Israël : Samson, David, Moïse, Jacob, Isaac…
Tous ces destins extraordinaires,
suspendus au fil fragile d’une parole en forme de promesse : « Il sauvera son
peuple… Il sera père de tout un peuple… »
Marie se souvient, Marie accepte ce
qui se passe, ce qu’elle comprend et ce qu’elle ne comprend pas. Marie dit oui
au présent. L’avenir, elle le laisse à Dieu.
« Comment tout cela se fera-t-il ?
» Depuis que l’ange l’a quittée, depuis qu’elle n’est plus visitée par les
anges, Marie a cessé de se poser la question. Son passé – celui de son peuple
– lui suffit pour éclairer son présent. Il l’éclaire de la lumière de la foi.
Marie ne cherche plus à interroger les anges pour savoir ce que sera l’avenir.
Les anges, désormais, c’est pour les autres, pour les bergers par exemple.
Il nous est bon de regarder Marie
au moment où commence une nouvelle année. Au moment où nous formulons tant de
souhaits, nous ne pouvons pas nous empêcher de scruter l’avenir : sera-t-il
aussi heureux que nous le souhaitons de vive voix, ou aussi mauvais que nous
le redoutons peut-être, à part nous ?
Vaines questions !
Pour Marie, c’est dans le présent,
dans l’aujourd’hui que se prépare l’avenir. Un avenir qui, de toute façon,
dépasse nos imaginations, comme il l’a toujours fait.
Essayons d’être comme Marie,
présents au présent. Accueillons ce présent qui nous est donné.
Ce présent a aujourd’hui le visage
d’un enfant. Cet enfant est le fruit de toute une histoire, éclatante et
obscure, « pleine de bruit et de fureur », où le pire a côtoyé la merveille.
De cet enfant, nous avons tout à apprendre, tout à recevoir. Si nous y voyons,
comme Marie, le don de Dieu, nous recevrons de lui, comme Marie, la force
d’affronter l’avenir et le courage de la foi.
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