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Mercredi
des Cendres - Année
C
mercredi 17 février 2010- 20h
Matthieu
6, 1-6.16-18
Père François Boëdec, jésuite
Frères et Sœurs,
Nous
avons entendu l’invitation forte du Seigneur : « Revenez-à moi de
tout votre cœur ». Si le Seigneur parle ainsi, c’est qu’il nous
dit ce que nous refusons parfois d’admettre : nous sommes souvent
loin de lui, distants. Mais ce que nous ne comprenons mal, frères et
sœurs, c’est qu’être à distance de Dieu, c’est être aussi à distance
de notre propre vie. Et que nous rapprocher de Dieu, c’est nous
rapprocher de nous-mêmes, c’est devenir davantage ce à quoi nous
sommes appelés : vivants et aimants.
Mais
que signifie : « revenir vers le Seigneur, se rapprocher de Dieu » ?
Est-ce aller davantage à la messe ? Faire de « bonnes œuvres » ?
Peut-être. Il s’agit en tout cas de regarder notre vie. En fait,
notre éloignement de Dieu se cache dans une foule d’attitudes, de
comportements, de réactions qui - nous le savons bien - ne se
situent pas la plupart du temps dans le domaine du « religieux » au
sens strict, mais qui concernent tous les secteurs de notre
existence. Nous choisissons, consciemment ou non, de nous passer de
Dieu pour vivre.
Revenir à Dieu suppose alors un exode, une sortie de soi, un
changement. Commentant le texte du livre de Joël, St Bernard nous
propose ainsi de nous interroger : « Examine ce que tu aimes… ce
que tu crains…, ce qui te réjouit…, ce qui te contriste… ». Car
ce sont bien là « les mouvements de l’affectivité, constitutifs
du cœur », qui doivent revenir au Seigneur, c’est-à-dire être
orientés non plus en fonction de nous-mêmes, mais de Dieu.
C’est
bien ce que nous dit l’évangile de ce jour qui ouvre le Carême. Ici,
Jésus démasque le mensonge de bien des comportements, même
religieux. Sous les trois termes : aumône, prière et jeune, c’est en
fait l’ensemble de notre vie humaine qui se trouve ici récapitulée.
L’ « aumône »,
c’est-à-dire le partage, recouvre l’ensemble de notre relation aux
autres. Cette relation est fondamentale. « Dieu, nous ne le
voyons pas », et le prochain est donc pour nous son épiphanie,
sa révélation. « Ce que vous faites au plus petit d’entre vos
frères, c’est à moi que vous le faites » (Mat. 22) nous dit le
Christ. Regardons notre relation aux autres, proches ou plus
lointains. De qui allons-nous nous rendre proches durant ces
semaines ?
Sous
le mot « prière », il faut entendre notre relation à Dieu.
Comment allons-nous donner un goût nouveau, une couleur
particulière, une intimité plus grande à notre relation à Dieu ?
Celle-ci, paradoxalement, vient en en second dans la bouche de Jésus
qui, un peu plus haut dans ce même évangile, rappelle : « si tu
présentes ton offrande à l’autel et que là tu te souviens que ton
frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande devant l’autel
et va d’abord te réconcilier avec ton frère, et alors tu viendras
présenter ton offrande » (Mat. 5, 23-24). Pas de prière juste
sans d’abord le souci de son frère. Mais si la prière occupe ici la
seconde place, on peut également considérer que c’est cette relation
à Dieu qui occupe la place centrale, puisqu’elle commande et domine
à la fois la relation aux autres et la relation à la nature.
Car
c’est par le « jeûne », troisième élément, que toute notre
relation à la nature, aux biens qu’elle procure, à la richesse, à la
consommation, est envisagée.
Ainsi, le chemin vers Pâques, vers la vie intégrale, exige que nous
regardions tous les aspects de notre existence. Mais que nous
regardions notre vie à la lumière de ce qu’a vécu le Christ
lui-même, l’attitude juste en toutes choses, lui qui n’a pas voulu
utiliser les autres ni son Père pour en tirer des avantages, lui qui
a choisi librement de se mettre dans l’attitude du serviteur de la
vie, c’est-à-dire l’attitude même de Dieu.
En
somme, le Carême, ces quarante jours qui représentent toute la vie
humaine, ne fait que redire la tâche de notre propre création : nous
faire à l’image de Dieu. Cela passe assurément pour chacun et
chacune d’entre nous par une démarche de clarification, pour
vérifier ce qui est vrai et faux dans notre existence. En d’autres
termes, il s’agit de nous libérer du désir d’être au centre, pour
nous tourner davantage vers Dieu et vers les autres.
Puissions-nous, en ce début de Carême, repérer et décider ce qui
nous aidera davantage, de manière simple mais réelle, à nous laisser
réconcilier avec Dieu, par ces petites et grandes conversions du
cœur. Et ainsi, ne plus marcher à côté de notre vie.
P.
François Boëdec.
© Compagnie de Jésus
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