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Mercredi des Cendres
Joël 2, 12-18
Psaume 50
2 Corinthiens 5,20-6,2
Matthieu 6, 1-18
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Mercredi
des Cendres C
Père Jean-Marc Furnon, jésuite
Les cendres d’où le feu s’est
retiré sont le signe de la ville détruite : les cendres fument encore.
C’est l’expérience dont nous parle l’ancien testament : ils n’ont pas
voulu se convertir et leur ville a été détruite par le feu. Comme
Sodome et de Gomorrhe qui refusèrent d’entendre l’appel à la
conversion des envoyés de Dieu ; ils n’y ont pas cru et une pluie de
souffre et de feu tomba sur leurs villes. Seul Lot le neveu d’Abraham
écouta finalement les anges de Dieu et fut sauvé. Ce signe n’est pas
d’abord là pour anéantir mais pour réveiller ceux qui s’assoupissent.
Faute d’avoir été accueilli, Dieu a quitté cette ville qui est allée à
sa perte. Les vents recouvriront de sable et de poussière les cendres
de cette ville. Quelques siècles après on ne verra peut-être qu’une
légère colline.
Les habitants de Ninive, eux,
ont entendu la parole du prophète Jonas. « Encore quarante jours et
Ninive sera détruite ». Ils l’ont accueillie et sont entrés dans un
chemin de conversion : l’Ecriture nous dit : « Les gens de Ninive
crurent en Dieu, ils publièrent un jeûne… le roi quitta son manteau,
se recouvrit d’un sac et s’assit sur la cendre ». Assis sur la cendre
comme s’il se trouvait après la destruction de la ville, comme après
le retentissement en son cœur de la destruction. Dans le lieu d’un
cœur qui revient vers son Seigneur. La ville ne fut pas détruite.
Le livre de Joël fait entendre l’appel de Dieu à Israël : « Revenez à
moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil.
Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements car votre Dieu est plein
d’amour renonçant au châtiment…. Et le Seigneur s’est ému en faveur de
son peuple »
En acceptant que les cendres soient posées sur notre corps, nous
reconnaissons ensemble, comme les gens de Ninive, comme les habitants
de Jérusalem au temps du prophète Joël que nous sommes pécheurs. Le
geste que nous posons anticipe symboliquement la destruction de la
ville et de ceux qui l’habitent. Le geste dit le retournement du cœur
qui entend l’appel à la conversion et reconnaît son péché ou a le
désir de le reconnaître. Lorsque j’entendrai « Convertissez-vous et
croyez à l’évangile » je pourrai répondre dans mon cœur : « oui avec
la vie que je mène je vais tout droit à la cendre et à la poussière »
ou bien « oui Seigneur je désire me revenir à toi mais ouvre mon
intelligence et mon cœur ». Ce geste des cendres est une action qui
témoigne sur le corps de l’attitude du cœur. Lorsque l’on est invité à
un mariage, on s’habille avec des habits de fête pour s’associer à la
joie ; ici on reçoit les cendres comme un signe qui manifeste la
tristesse qui nous habite face à l’écart entre la parole du Seigneur
et la manière de mener notre vie. Cette tristesse est une grâce ! Elle
est le ressort d’un retournement vers le Seigneur.
Marqués de la cendre sur notre corps nous témoignons ensemble
publiquement de l’œuvre de l’Esprit saint en nous : il purifie nos
cœurs comme l’or est passé au creuset. Nous croyons que les langues de
feu manifestées à la Pentecôte viennent sur nous, font leur travail en
brûlant l’ivraie et que l’Esprit témoigne en nos cœurs que nous sommes
appelés à revivre dans le Christ. Cette anticipation du geste des
cendres dit notre foi en la résurrection. Et c’est à ceux qui croient
cela que Jésus s’adresse dans le discours sur la montagne que nous
entendons dans l’évangile.
Lorsque Jésus dit à ses disciples et à ceux qui l’écoutent : « Si vous
voulez vivre comme de justes.... », il rejoint ce lieu du cœur de
l’homme où l’Esprit saint travaille, ce lieu où la liberté consent à
accueillir l’appel de Dieu à la conversion.
Quand tu fais l’aumône, quand vous priez, quand vous jeûnez. Jésus
s’adresse à des personnes qui font l’aumône, qui prient et qui
jeûnent. L’aumône, oui. La prière, oui. Le jeûne c’est moins courant
aujourd’hui, sauf avant un examen médical.
En tout cas,
Quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner de la trompette devant toi
comme ceux qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les
rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes.
Quand vous priez, ne soyez pas comme ceux qui se donnent en spectacle.
Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu comme ceux qui se
donnent en spectacle
Notre image, voilà bien la chose qui semble la plus digne d’attention
à nos yeux nous dit Jésus. On fait ce que Dieu demande afin d’en
recevoir, pour nous-mêmes, la gloire. On se cache derrière la loi pour
la pervertir. On est agi par l’envie : la convoitise commande en nous
jusqu’à se composer une mine défaite, jusqu’à nous mettre en scène
dans nos actions caritatives : la recherche de l’exemplarité aux yeux
des autres. La charité et la relation à Dieu sont utilisés, détournés,
instrumentalisés pour le lustre de notre image sociale. Voilà ce que
nous révèle Jésus.
Jésus nous invite à entrer dans la discrétion. Renoncer à la mise en
scène de moi-même visant ma propre gloire. L’exemple même de
l’attitude du disciple de Jésus c’est l’obole de la veuve : elle donne
de son nécessaire et personne ne la remarque sinon Jésus. Dans la
discrétion, notre Père des cieux est présent à notre vie, comme Jésus
a été présent à la vie d’une vieille femme au temple : il a vu, lui,
que sans bruit elle avait donné de son nécessaire et pas seulement de
son superflu, il a reconnu en elle une soeur, il a vu en elle une
fille bien vivante et bien aimée de Dieu.
Alors,
- faire l’aumône : partager gratuitement ce que j’ai reçu gratuitement
avec celui qui n’a pas,
- prier : écouter Dieu, écouter sa Parole et lui parler comme le
mouvement le plus profond du cœur,
- jeûner : comme un acte entre le Seigneur et moi, un acte de mémoire
comme la prière, un acte qui touche le corps et ses pulsions les plus
basiques. Jeûner en prenant un seul repas dans la journée. Jeûner en
marchant une demi-heure gratuitement, sans but sinon à me reconnaître
créé au milieu de la ville, m’émerveillant pour le travail de l’homme
et pour le travail de Dieu.
« Si vous voulez vivre comme de justes.... ». Jésus ne nous force pas.
La Parole du Seigneur frappe à la porte de chacun de nous ce soir. A
nous de trouver notre réponse, de la recevoir, de la demander dans la
prière au cours de ces 40 jours.
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