Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                                         

Nativité de saint Jean Baptiste                                                                                                            17 juin 2007

Père Jean-Marc Furnon,  jésuite

Luc 1, 57-66.80

PATERNITE DE DIEU ET CONFIANCE EN L’HOMME

Son nom est Jean

Cet enfant aurait dû s’appeler « Zacharie » du nom de son père, comme on le fait traditionnellement, signifiant par là qu’il aurait la même existence que son père et qu’il prendrait sa place dans la suite des générations comme ses pères, reprenant le service du temple, donnant naissance à des enfants, participants aux fêtes familiales. Mais voilà que sa mère, interrogée par ses proches, répond : « Non ». « Non, il s’appellera Jean ». Comment comprendre une telle rupture ?

« Jean » a pour signification « Dieu a fait grâces ». Dieu a fait grâces dans le don extraordinaire d’un fils à Elisabeth, stérile et âgée, et à Zacharie son époux manifestant par là que « rien n’est impossible à Dieu ».

« Dieu a fait grâces » car au moment de la circoncision de Jean Baptiste, les temps sont accomplis. Discrètement dans le sein de la Vierge Marie, le Verbe se fait chair par amour pour le salut de toute l’humanité. Jean sera le précurseur, dans sa naissance comme dans sa mort, de Jésus dont le nom signifie « Dieu sauve », Dieu sauve de la mort.

Comme dit le prophète Isaïe, « J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé, quand il a prononcé mon nom».

L’ouverture du cœur
Rupture et ouverture. Comme Jean est encore tout petit, lui donne un nom nouveau dès sa naissance en passant par ses parents, des parents qui ne sont pas complètement ajustés au cœur de Dieu. En effet, quelques mois plus tôt, l’ange a annoncé à Zacharie qu’il allait avoir un fils et Zacharie avait répondu : « Qu’est ce qui m’en assurera ? ». Ainsi, il a douté de la parole de l’ange dans le Temple, il s’est fermé à l’appel de Dieu, il est devenu muet. Dieu se donne dans l’impuissance de l’homme et de la femme à donner la vie.

On lui demande par signe comment il voulait l’appeler, il écrit sur une tablette : « Son nom est Jean ». Il écrit le nom que Dieu lui a révélé neuf mois plus tôt, il « dit » la parole que Dieu avait mise en son cœur par l’intervention de l’ange au Temple et il se met à parler comme un signe de l’ouverture de son cœur à l’Esprit de Dieu. L’ange lui avait donné ce nom de « Jean » pour que Zacharie pose ce nom sur son fils.

Avec Elisabeth sa femme, ils entrent ce jour là dans une obéissance profonde à Dieu. Le fait qu’ils donnent à leur fils ce nom révélé par Dieu indique qu’ils renoncent eux-mêmes à leur projet sur cet enfant unique, comme Abraham avec Isaac : ils le laissent libre pour Dieu, pour que Dieu ait toute la place en lui, libre pour accueillir l’Esprit de Dieu, ouvrir son cœur, croire, parler, donner la vie, donner sa vie. Jean Baptiste ira au désert, il ne se mariera pas, un jour au bord du Jourdain, il témoignera de la nouvelle alliance en indiquant Jésus : « Voici l’Agneau de Dieu ». Jean-Baptiste est associé à la figure de la vie religieuse dans l’Eglise. Je crois profondément que les hommes et les femmes consacrés, même s’ils ne se marient pas et ne donnent pas la vie à des enfants, engendrent des hommes et des femmes « tout grands » à la vie. A la manière de Jésus.

Voilà comment Dieu fait grâces avec le consentement de l’homme. Voilà comment Zacharie accède à sa propre paternité en permettant à la paternité de Dieu d’engendrer en ce monde. Voilà comment un couple aura témoigné d’une foi vécue à travers la conversion.

Il n’y a de père que celui qui consent à devenir fils et fils de Dieu. Il n’y a de naissance du fils que par l’obéissance du père. La conversion des pères, et des mères, donne la vie aux fils et aux filles. Il y a la création et il y a la création cabossée. Là où nos pères ont péché nous sommes cabossés. Là où nos pères ont parlé nous sommes vivants. Nos pères selon la chair ou nos pères selon l’Esprit. Quelque soit notre âge.

Nicodème demandait à Jésus : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? ». Il est possible aux êtres cabossés, que nous sommes, de renaître, de naître d’en haut répond Jésus.

Par le baptême nous sommes tous appelés à entrer dans l’alliance, à recevoir un nom nouveau, à faire alliance dans nos vies avec d’autres en réponse à l’appel du Christ.