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lire l'homélie de la nuit de Noël
JOUR DE
NOËL 25 décembre 2008
Père François Boëdec, jésuite
Jean 1, 1-18
Cette nuit, frères et sœurs, une parole nous a été adressée. Une
parole pour chacun, personnellement, mais une parole adressée aussi à
la face de la terre, au cœur des histoires collectives des sociétés,
races et peuples : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous
annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple :
aujourd'hui vous est né un Sauveur… Vous trouverez un nouveau-né
emmailloté et couché dans une mangeoire. ». Une parole à la fois
complètement neuve, et pourtant depuis longtemps, depuis les
commencements, inlassablement au travail, comme le mouvement même du
cœur du monde.
Nous voici ce matin de Noël invités à recevoir et comprendre cette
Parole qui est advenue, et qui ne cesse d’advenir selon le projet de
Dieu.
Ce qui se dit en ce mystère de Noël, c’est bien sûr que la gloire de
Dieu dépasse ce que nous pouvons imaginer, mais en présentant une
gloire qui est radicalement à l’inverse de nos modèles de puissance,
clinquante et apparente. Pus encore, ce qui se dit en ce mystère de
Noël, c’est que Dieu a décidé de s’offrir à nous sans réserve. Sa
gloire n’a rien de terrifiante ; elle ne nécessite même plus que l’on
soit, comme Moïse, abrité au creux d’un rocher, protégé par la main de
Dieu, ni qu’on ne puisse la voir que de dos, encore moins que l’on se
sente perdu. Elle s’offre à nous sans réserve, Dieu allant jusqu’au
bout de l’amour, devenant l’un de nous, le plus petit. La Parole s’est
faite chair pour marcher dans la réalité de l’histoire humaine.
Rien d’étonnant, dès lors, qu’en ce jour de Noël, proclamant avec
toute l’Eglise notre foi en ce Fils unique de Dieu qui a pris chair de
la Vierge Marie et s’est fait homme, nous soyons simplement portés à
l’agenouillement à côté des bergers et bientôt des mages. Pour
demeurer là où se révèle la vérité de Dieu et la vérité de nous-mêmes.
Non dans un esprit de soumission de gens apeurés par une grandeur
terrifiante et inaccessible, pas plus à cause de l’attendrissement que
toute naissance d’un enfant suscite dans le cœur humain, mais parce
que dans cette naissance, nous reconnaissons l’acte total et définitif
où Dieu rend à chaque homme – donc à chacun et chacune de nous – sa
pleine dignité. Nous savons désormais en quoi consiste cette dignité à
laquelle, sans toujours pouvoir la nommer comme telle, aspire au fond
de lui tout homme : celle d’être enfant de Dieu.
Les textes de la messe de ce jour de Noël développent donc ce que
l'ange annonçait dans la nuit, nous plaçant - particulièrement avec le
superbe début de l’Evangile de Jean - « au bord de l’origine du
monde et de la vie ». « Au commencement ». En écho au début
du livre de la Genèse qui raconte la création, l’évangile de ce jour
nous parle donc d’un recommencement du monde. Accueillir Dieu, quel
que soit son âge et son existence, est toujours un commencement absolu
car la puissance de Dieu, sa puissance de vie, est sans limite. Pas
étonnant que dans cet évangile, il soit surtout question de notre
propre naissance : « Tous ceux qui on reçu le Verbe, la lumière,
ceux qui croient en son nom, il leur a donné le pouvoir devenir enfant
de Dieu. (…) Ils sont nés de Dieu ». Que nous puissions nous-mêmes
naître de Dieu, voilà bien, frères et sœurs, le véritable enjeu de la
fête de Noël.
Ce recommencement, cette naissance advient par la Parole, la lumière
et la vie. Tout ce dont parlent les textes et la liturgie de Noël, et
qui trouvent écho dans notre existence. Que serait-elle, notre
existence, et celle du monde, dans le plus quotidien des jours, sans
la parole, la lumière et la vie ? Leur manque, c’est-à-dire le
silence, la mort et les ténèbres nous le disent. Dans notre vie
spirituelle bien sûr, mais d’abord dans le plus concret des tragédies
humaines : le silence de l’injustice, la mort sans raison, les
ténèbres sans espérance. Sans parler du mensonge, de la parole fausse,
des lumières clinquantes et aveuglantes, des vies où il n’y a que peu
de place pour donner ou recevoir. Toutes choses dont nous avons, d’une
manière ou d’une autre, le goût amer dans la bouche, et la morsure
tenace dans la chair et le cœur. Toutes choses qui nous mettent à
l’épreuve, pourrissent notre société et les rapports entre nous.
Tourner notre regard vers l’enfant de la crèche, accueillir cette
Parole Dieu, c’est donc proclamer dans la foi qu’aujourd’hui, un jour
nouveau se lève sur nous, et pour notre monde. Que l’avenir est sans
cesse ouvert et réouvert, et que cette ouverture continuera à jamais
ni par la force ni par la violence, ni par le pouvoir, ni par la
richesse. « En lui était la vie, et la vie était la lumière des
hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont
pas arrêtée. » Dieu ne naît pas seulement un certain jour, mais il
fait le jour en naissant. Lorsqu’il se fait chair, Dieu s’ouvre sur le
monde d’une manière qui le renouvelle et l’illumine de l’intérieur. En
ce matin de Noël, la Parole commence à germer en notre humanité pour
préparer les récoltes de Pâques.
Frère et sœurs, accueillons avec confiance, même et surtout si elle
semble vacillante et fragile dans le clair-obscur de nos vies, la
lumière qui créé le jour nouveau. Demandons au Seigneur de faire de
nous des fils de Dieu puisqu’il a voulu devenir fils de l’homme. Et
ouvrons-lui les portes de notre histoire pour que se réalise, jour
après jour, la victoire de cette vie, promise, donnée et redonnée,
au-delà même de ce que nous pouvons imaginer et espérer.
NUIT
DE NOËL 24 décembre 2008
Père Laurent Basanese, jésuite
Isaïe 9, 1-6 ; Psaume 95 ; Tite 2, 11-14 ; Luc 2, 1-14
Frères et sœurs, cette nuit, se manifeste la gloire de
Dieu au milieu des hommes : non pas une toute-puissance terrifiante
qui viendrait ébranler les fondements de notre monde, non pas Zeus
(Jupiter) avec ses foudres qui exigerait que l’on se prosterne devant
lui en signe de soumission... mais un nouveau-né, Dieu même qui vient
dans l’humilité de la chair, armé seulement de la douceur d’un enfant.
Cette nuit, Dieu vient habiter notre monde et nous consoler enfin de
toutes nos peines !
Il aurait pu rester là-haut, dans le Ciel, avec ses anges, et
continuer à nous guider de loin en envoyant des prophètes sans se
salir les mains, à nous exhorter jusqu’à la lassitude – par des
commandements – à mener une vie droite, à nous aiguillonner en
réveillant régulièrement notre conscience et notre raison lorsque nous
perdons le chemin de la vraie vie… mais Il a bien vu que nous avons la
tête dure et que tous les préceptes de l’Ancien Testament ne suffisent
pas à changer radicalement les cœurs. Alors Il est venu en personne
nous chercher, Il nous a rejoints, Il n’a pas craint de se mêler à
nous : Lui qui est la Vie, il est entré dans le cours de la vie ; Lui
qui est la Lumière, Il s’est rendu visible à nos yeux en
resplendissant dans un enfant ; Lui qui est le Créateur de toutes
choses, Il s’est fait l’un de nous en prenant chair dans le sein de la
femme. Car c’est par l’amour que l’on peut changer, grâce à la
rencontre aimante avec quelqu’un, non par la mise en œuvre de lois et
d’impératifs moraux !
Avec la naissance du Sauveur, l’amour de Dieu devient concret,
palpable, accessible, fait de chair et de sang. C’est un amour
réel : il est donc fragile, comme un enfant, il ne s’impose
pas, il peut être non reconnu et même blessé ; mais il est aussi fort,
fort de la radicalité du Oui à la vie humaine qui nous est
manifesté par l’Incarnation du Christ. Si Dieu n’aimait pas ce monde,
Il se serait bien gardé de venir l’habiter… Si Dieu n’aimait pas notre
race, notre culture, notre civilisation, ou s’Il dédaignait le corps
humain, Il ne serait certainement pas devenu chair pour vivre comme un
homme. En revanche, en venant à nous, en devenant l’un de nous, nos
yeux se remplissent de lumière, et nous comprenons que la plus fragile
vie humaine a du prix, qu’elle vaut la peine d’être vécue, pleinement
et dans la joie ; nous comprenons que le bonheur n’est pas seulement
pour plus tard, ni dans la fuite, ni dans un monde imaginaire ; nous
comprenons que notre vieux monde est toujours digne de la jeunesse de
Dieu. « En réalité, dit le Concile, le mystère de l’homme ne s’éclaire
vraiment que dans le mystère du Verbe incarné. » (GS 22, 1)
Frères et sœurs, nous ne sommes plus seuls cette nuit, car Il est avec
nous, car « un enfant nous est né, un Fils nous a été donné » ! Non,
nous ne venons pas des ténèbres, et nous ne retournerons pas aux
ténèbres, et nous ne marcherons plus dans les ténèbres… car Il est
avec nous ! Non, nous ne sommes pas des poussières, des grains
d’univers, promis à disparaître bientôt, à être dispersés par le vent,
condamnés à l’oubli… car Il est avec nous ! Non, nous ne sommes pas
des machines, des choses programmées dès notre conception, formatées
par notre éducation à nous comporter de telle ou telle manière, mais
nous avons été créés, et nous avons été créés libres, capable de
choisir notre vie, capable de choisir encore une fois Dieu… car Il est
avec nous !
Cette nuit, Dieu vient épouser notre terre et faire de nous sa joie.
Désormais, nous pouvons sécher nos larmes et déposer nos fardeaux car
nous avons un Chef, un homme véritable, qui nous dit par sa seule
présence de lumière qu’une autre vie humaine est possible : une
vie nouvelle, bienheureuse, sans ténèbres, si bien ordonnée à Dieu
qu’elle en devient divine. Et cette vie, elle n’est pas pour
Lui seul, ni pour demain : elle est pour notre siècle, pour ce
monde-ci, et elle est pour nous, elle est pour tous ! Oui, frères et
sœurs, riches et pauvres, jeunes et vieux : cette nuit, ce que le cœur
de l’homme attendait depuis l’aube des temps se réalise, ce que le
cœur de l’homme désirait ardemment devient enfin réalité : un temps de
grâce s’ouvre, un monde nouveau se lève, un peuple nouveau se dresse,
« ardent à faire le bien », car Dieu se donne et nous invite à
partager sa vie, ne faisant de nous ses fils !
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