Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

Isaïe 9, 1-6

Tite 2, 11-14

Luc 2, 1-14
 


 

 

Nuit de Noël                                                   24/25 décembre 2005                      

 Père Jean-Marc Furnon,  jésuite

 

Son fils premier né

Vous m’avez sauvé la vie ! C’est la parole de Saint François d’Assise devant la crèche, de Saint Ignace embrassant la terre du pays de Jésus, de Saint François Xavier au milieu de la mer de Chine, du Bienheureux Pierre Favre sur les routes d’Allemagne, de Sainte Thérèse d’Avila au soir de sa vie : « Jésus, vous m’avez sauvé la vie ! »

Tout commence dans le creux de la mangeoire qui sert de berceau à l’enfant des pauvres ; l’enfant de bergers, l’enfant de gens de passage comme Marie et Joseph. L’ Ecriture nous dit : « Marie mit au monde son fils premier né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire car il n’y avait pas de place pour eux à l’auberge de Bethléem en Judée ».

Ce fils premier né, s’il est accueilli dans de pauvres conditions matérielles, il est accueilli au creux d’une alliance solide. En effet, Marie n’est pas seule, Marie est en alliance avec Joseph et c’est au sein de cette alliance que Jésus est reçu. Marie et Joseph ne sont pas seuls, ils sont unis à des croyants qui, en Israël, vivent profondément en alliance avec Dieu et attendent le Messie. Marie est une fille d’Israël qui ayant répondu « oui » au Seigneur est entrée personnellement dans l’histoire de l’alliance avec Dieu. Comme Abraham, comme Moïse, comme David. Jésus n’a pas seulement comme berceau une mangeoire ; la mangeoire c’est le berceau de Jésus que l’on voit. Le berceau de Jésus que l’on ne voit pas ce sont ces paroles d’alliance tissées entre toutes ces personnes et avec Dieu. Ces paroles forment pour Jésus le seul berceau qui puisse accueillir un enfant dans la vie.
Le nouveau né de ce très petit pays de Judée est relié par le recensement édicté à Rome, au plus grand empereur de la terre. Jésus est recensé par son nom comme sujet de l’empereur Auguste. Par la puissance des armes et de l’organisation sociale, Rome est venu jusqu’en Judée. Un jour, par la force du témoignage et le souffle de l’Esprit, c’est l’évangile de Jésus-Christ Fils de Dieu qui sera proclamé dans la ville de Rome par Paul, l’apôtre prisonnier. Trois siècles plus tard l’empereur de Rome lui-même, Constantin, confessera la foi au Christ. Dieu est présent dans la discrétion de la nuit de Noël en Judée. Dieu est présent dans la faiblesse des premiers martyrs chrétiens à Rome. Toute vie avec Dieu commence dans la discrétion.

La plus grande nouvelle de tous les temps

Pour faire connaître cette bonne nouvelle à tout le peuple, l’ange du Seigneur s’adresse à des bergers qui n’ont pas de nom, des gens qui sont méprisés par les sédentaires du temps. La gloire du Seigneur les enveloppe de sa lumière. Comme un homme couvre sa femme de son bras, comme une femme entoure un enfant d’une couverture, la lumière de Dieu illumine ces bergers de sa présence. Avec douceur, cette lumière éclaire leur intelligence et réchauffe leur cœur. Dieu se révèle comme l’ami des pauvres. Dieu les appelle. Dieu leur parle.

« Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David ».

Les bergers entendent la plus grande nouvelle de tous les temps. Un Sauveur. Un sauveur, c’est quelqu’un à qui nous disons, après coup : « Vous m’avez sauvé la vie ! Sans vous j’étais mort ! ». Un sauveur c’est quelqu’un qui nous a montré un chemin là où nous étions complètement perdus ou à moitié cassé en montagne ou ailleurs. L’Esprit de Jésus nous sauve la vie parce qu’il appelle l’enfant de Dieu qui est en nous à naître comme un nouveau né s’éveille à la vie. Avec douceur ce soir, l’Esprit nous dit à l’oreille : « Eveille toi ô toi qui dors, relève toi d’entre les morts et le Christ t’illuminera ! »

Saint Ignace a choisi de devenir pauvre et pèlerin de Dieu. Il disait : « Peu de gens imaginent ce qu’il adviendrait s’ils s’abandonnaient totalement à la conduite divine ». C’est ce qu’a vécu Marie. Le « oui » de Marie a ouvert à Dieu la porte de l’humanité. Le « oui » de Marie a ouvert à l’humanité le chemin de la Rédemption.

Chaque fois que Dieu parle et qu’il est entendu par quelqu’un en ce monde, c’est Noël. Notre foi c’est que Dieu s’incarne en ceux qui accueillent sa parole ; il leur sauve la vie. Alors un cri monte du plus profond de l’homme, un cri de reconnaissance : « Jésus, vous m’avez sauvé la vie ! ». Alors l’histoire sainte c’est aujourd’hui et aujourd’hui c’est Noël !