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Messe de la nuit
de Noël (A)
Père Jean-Marc Furnon, jésuite
Marie le coucha dans une
mangeoire
Marie le coucha dans une mangeoire.
Une mangeoire comme berceau de fortune. Il faut au fils de Dieu un espace où
être accueilli chez les hommes : une mangeoire, une crèche, le corps de Marie,
le cœur de l’homme.
Noël est un appel pour chacun de
nous à devenir le berceau de Jésus, à faire de la place en nous et entre nous
pour accueillir le Verbe de Dieu.
Silence
Marie ne dit rien. Joseph ne dit
rien. L’enfant ne dit rien non plus : le silence précède la révélation de
Dieu. Le mystère de Noël est une invitation pour nous à entrer dans le silence
de Dieu, dans le silence des amis de Dieu ; un appel à écouter depuis cette
région de notre vie qui est radicalement tournée du côté de Dieu.
Nous approcher de cette région
c’est laisser le silence se faire en nous pour accueillir le Verbe qui se fait
chair. C’est désirer être libéré du bruit que nous faisons avec nous-même et
qui est un obstacle à la venue du Règne de Dieu.
Pourquoi nous approcher du silence
intérieur ? Parce que nous croyons que Dieu est au dedans de nous et non pas
au dehors. St Augustin l’a découvert ; après sa conversion il dit à Dieu :
« Tu étais au-dedans de moi et moi en dehors de moi-même ! Et c’est au-dehors
que je te cherchais…Tu étais avec moi et je n’étais pas avec Toi ».
Noël est un appel à croire à la
présence réelle de Dieu au cœur de l’humanité. Lui, le Prince de la Paix, il
est au milieu de la communauté des chrétiens qui accueillent Jésus ce soir
comme vrai Dieu et vrai homme.
Pauvreté
Une mangeoire d’animaux c’est
pauvre mais ça a permis à Marie et Joseph d’accueillir corporellement le fils
de Dieu sur notre terre.
Noël c’est la révélation de la
pauvreté que Dieu n’a pas refusée pour rejoindre l’humanité à travers le
mystère de son incarnation. St Paul, dans l’épître aux Philippiens, dit de
Jésus la seconde personne de la Trinité : « Lui, de condition divine, ne
retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu mais il se dépouilla
lui-même en prenant la condition de serviteur…Il s’est abaissé ». Notre Dieu
est un Dieu qui s’abaisse. Ce Mystère de la désappropriation totale est
constitutif des Personnes divines dans leur communion.
Le seul obstacle au Règne de Dieu
est ce « vieux moi » qui refuse, en nous et dans notre communauté, d’être
entraîné dans l’abaissement et la discrétion du serviteur. Connaître le Dieu
pauvre, aimer les pauvres comme des amis de Dieu, prendre à la suite de Jésus
la dernière place, celle du serviteur, incarner ensemble le corps du Christ en
nous effaçant en lui, c’est dire le « oui » de Marie qui l’a conduite sur le
chemin qui va de la nativité jusqu’au pied de la croix.
Humilité
Les bergers sont de pauvres gens et
la gloire de Dieu qui les enveloppe de sa lumière les conduit au Seigneur
annoncé par le prophète Isaïe : « Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort,
Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ».
Noël est un appel à laisser la
lumière de Dieu nous ouvrir les yeux sur sa présence en ce monde. Une présence
qui ne s’impose pas. Une présence que les anges nous indiquent.
Où est le vrai Dieu ? Il est à
Bethléem c'est-à-dire au cœur de l’humanité. Et comment savoir quand c’est Lui
et pas Lui ? Quand ce n’est plus nous, quand nous nous oublions,
personnellement et communautairement. Comme le disait Claire Monestès, la
fondatrice des Xavières, à ses soeurs : « La joie et la paix demeurent tant
qu’on s’oublie. Oublions-nous ! ». Se perdre de vue en entrant dans la
contemplation de Jésus-Christ et du monde qu’il aime, voilà le chemin.
Noël est un appel pour chacun
d’entre nous à devenir le berceau de Jésus pour accueillir le Verbe de Dieu
qui se fait eucharistie pour que le monde, travaillé de l’intérieur, se tourne
à la suite du Christ Jésus vers le Père des cieux en chantant avec les anges :
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il
aime ».
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