Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                             

Nuit de Noël                                                                                                                      dimanche 24 décembre 2006

Père Marc Rastoin,  jésuite

Is 9,1-6 ; Ps 95 ; Tt 2,11-14; Luc 2, 1-14

         * « Oui un enfant nous est né ; un fils nous a été donné. » La naissance d’un enfant. Tel est le signe : quoi de plus banal, quoi de plus de plus commun, quoi de moins miraculeux? Une naissance ordinaire, si ordinaire que l’aubergiste ne se dérangera pas pour faire de la place, une naissance discrète, si discrète que seuls de simples bergers en sont informés dans leurs champs… une naissance ordinaire dans un couple d’Israël uni par la parole et par la foi. Et pourtant il n’est pas dit ‘il leur fut donné’ mais bien : il « nous est donné ». Un enfant est toujours un don. Pour ses parents bien sûr mais pas seulement… Il l’est aussi pour son peuple, « grande joie pour tout le peuple. » Pour les parents, il rend visible charnellement l’amour qui les anime et dont il reste un signe vivant. L’amour est toujours source de vie mais, en l’enfant, il prend chair et visage humain. Il est aussi don pour « nous ». Cet enfant dit la vie et l’espoir, la nouveauté plus forte que toutes les répétitions, que toutes les routines, l’amour qui donne la vie, créant du nouveau sur la terre. Notre société, notre continent l’Europe, a soif de vie ; a soif d’enfants, soif d’espérance, pour surmonter l’immense fatigue qui l’engourdit peu à peu, l’immense lassitude de ceux qui ont longtemps vécu. Les enfants qui sont fêtés à Noël sont accueillis par une famille certes. Ils sont accueillis par un peuple, ils sont pour tout le peuple, ils sont pour nous. Comme pour Abraham, comme pour Elisabeth, comme pour Marie, l’enfant est un miracle sous nos yeux, un signe de l’amour constant de Dieu pour sa création.

* « Oui un enfant nous est né ; un fils nous a été donné. » Notre joie est grande mais elle ne peut oublier le monde dans lequel surgit cet enfant. Monde de soldats et de violences. Luc mentionne Quirinius, le gouverneur de Syrie. Totalement inconnu ce Quirinius ! Pourquoi donc le mentionner ? Il annonce déjà un autre gouverneur, le Pilate de la Passion et de notre credo. Le chemin de la vie de cet enfant – le chemin de tout enfant - passera par la Croix. Dans la joie de cette naissance, Luc ne peut ni ne veut l’oublier. Dans ce récit où chaque mot compte, une chose nous est dite deux fois : L’enfant est ‘emmailloté’ et ‘couché’. Il gît immobile dans une mangeoire qui n’avait pas été préparée pour lui… Il sera, des années plus tard, un jour du mois de Nissan, enveloppé de linges et couché dans un tombeau qui n’était pas non plus préparé pour lui. Les forces de la mort et les arrogantes légions de Rome croiront alors avoir vaincu le Prince de la vie. Mais, là encore, discrètement, des anges viendront annoncer à quelques femmes une autre joie, plus grande encore que la première : ‘Il est vivant, Ressuscité !’ (cf. Lc 24,5c ; Mc 16,6b). « Voilà ce que fait l’amour invincible du Seigneur de l’univers ». Seul l’amour est invincible… De la première naissance à la nouvelle naissance, c’est lui qui agit.

Ce soir prions le Seigneur de nous aider à croire en la force invincible de son amour pour nous, en la folie de cet amour qui lui fait choisir de venir prendre chair et visage humain au milieu de nous. Nombreuses seront les épreuves pour la mère comme pour le fils. Mais cet enfant, immobile dans sa mangeoire, si vulnérable et si peu accueilli, surmontera la menace d’Hérode. Il saura vivre et comment !! Vivre et donner la vie ; vivre en donnant la vie, ce qui est bien la manière divine de vivre. Dieu entre dans notre vie pour que nous entrions dans la sienne. Ce que notre cœur n’aurait pu concevoir, l’amour de Dieu « qui surpasse toute intelligence » (Ph 4,7b) nous le révèle : « Oui Un fils nous est donné » comme la vie nous est donnée… gratuitement. Accueillons-le. Accueillons-la. Car les portes de la mort ne prévaudront pas contre eux.