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Dimanche
de Pâques (A)
23
mars 2008
Père
François Boëdec, jésuite
Jean 20, 1-9
Frères et Sœurs,
Après le récit de la Passion, pleins de cris et de fureur, les
textes relatifs à la résurrection nous ramènent le plus souvent au
calme. Après une nuit qui est plus que la nuit car elle représente
la puissance des ténèbres, nous voici au petit matin, à l’heure où
la lumière resurgit. L’air devait être encore rempli des senteurs de
la nuit et le ciel lumineux déjà, comme il peut l’être au printemps
à Jérusalem. « Le premier jour » de la semaine, dit l’Evangile. Et
par cette phrase, nous voici reconduits aux premières lignes de la
Bible, quand Dieu illumine le monde pour créer le premier jour.
Pourtant, ce n’est pas le même récit. Dans la Genèse, - nous le
savons - la lumière surgit du néant ; dans l’Evangile, le
Christ-lumière se lève aussi de l’obscurité, mais l’obscurité du
tombeau. Cela signifie donc que la mort est intervenue, qu’il y a eu
meurtre, destruction de la première œuvre de Dieu. La parole
créatrice de la Genèse, cette parole qui est le Christ lui-même a
été reniée.
Mais la parole de Dieu, dira l’apôtre Paul, ne peut être enchaînée,
même par la mort. Voici donc un nouveau matin, une nouvelle aube des
temps. Un homme nouveau.
La femme qui s’avance à pas rapides ne pense sans doute pas à tout
cela ; Marie Madeleine n’a probablement qu’une idée : être encore
près de lui une dernière fois, toucher une dernière fois avant qu’il
ne soit englouti totalement dans la grande mort. Et quelle ne fut
pas sa surprise en découvrant la pierre roulée. Sans même entrer
dans le tombeau, elle court trouver ceux qu’elle connaissait bien,
les amis de Jésus, Pierre et Jean, pour les avertir de ce qu’elle a
vu, et de ce qu’elle craint : On a enlevé le corps de Jésus. Où
l’a-t-on mis ? Où le chercher ? On peut dire que la surprise n’a pas
encore cédé le pas à la foi, à la compréhension. Celles-ci viendront
peu à peu. D’abord, Pierre constate que tout ce qui avait appartenu
à Jésus dans sa mort, linceul et linge mortuaire, sont restés là. Le
Vivant n’a pas besoin de vêtements de mort. Mais c’est chez Jean que
surgit la première profession de foi pascale. Jean, celui dont le
cœur fut si proche de Jésus : « Il vit et il crut ». Voilà donc que
se réalise ce que lui et ses amis n’avaient pas retenu, n’avaient
pas compris, n’avaient pas envisagé. Il avait bien annoncé – et
l’Ecriture avec lui – sa résurrection, mais, incompréhensible pour
eux à ce moment-là, cette annonce inouïe – inouïe, au sens premier
du terme, qu’on n’arrive pas à entendre - cette annonce n’avait pas
été retenue. N’en est-il pas toujours un peu comme cela pour nous
aujourd’hui ?
Et voilà la rumeur qui va naître, l’incroyable est arrivé ; il a
réalisé ce qu’il avait promis. La rumeur qui enfle, ne s’arrêtera
plus. Traversant les siècles, se transmettant de génération en
génération, jusqu’à nous ce matin, elle réveille et relève, à chaque
époque, et dans chaque histoire particulière, ce qui n’attend qu’un
signal pour reprendre à la mort ce qu’elle a cru tenir captif.
Les destinataires du message n’ont que la parole et les actes des
témoins pour fonder leur foi. Et pourtant, le miracle des miracles,
celui qui porte témoignage à la puissance de la résurrection, c’est
que vingt siècles après la mort de Jésus de Nazareth, des hommes et
des femmes continuent à croire, décident de miser leur existence sur
cette foi en la résurrection qui est aussi pour eux - pour nous -
promesse de vie. La « preuve » de la foi, c’est notre foi elle-même.
Une foi - nous dit l’apôtre Paul – une foi « au Dieu qui avec de la
mort fait de la vie » (Romains 4, 17). Les chrétiens que nous
essayons d’être, nous ne sommes pas des hommes et des femmes qui
peuvent prétendre être meilleurs que les autres. Mais Jésus vivant
nous faits déjà vivre. Et nous croyons que Jésus appelle les hommes
à le rejoindre par-delà la mort.
Alors, frères et sœurs, à quels chantiers de vie, allons-nous
exposer nos existences, nous qui sommes toujours en deçà de notre
résurrection ? Nous pouvons déjà déchiffrer des signes de celle-ci à
chaque fois que nous choisissons d’aimer. Et nous savons bien ce que
cela peut signifier pour chacun de nous. Si rien de ce que nous
vivons avec amour est perdu, si seul l’amour permet à la vie de
passer, alors il nous faut faire le choix d’aimer. Un choix qui
suppose de renoncer à nous-mêmes, à notre toute-puissance, pour nous
donner à l’autre, aux autres. Sur ce chemin, il nous faut consentir
à nous laisser aimer. Consentir aussi à nous laisser instruire par
celui qui a été jusqu’au bout de l’amour.
Ce Jésus qui est là depuis le commencement, puisque toute l’histoire
le prépare, ce Jésus qui est aussi l’homme de la fin ; nous sommes
encore en route mais c’est pour le rejoindre là où il est ; pour
rejoindre sa résurrection.
Frères et sœurs, rien n’arrêtera ce que Dieu a définitivement scellé
avec l’humanité ce matin de Pâques, il y a deux mille ans. Dieu
attend seulement de nous de croire en lui, en sa puissance de vie,
plus forte que toutes les morts, tous les enfermements et de choisir
avec lui de rouler les pierres de nos tombeaux. Dans cette aventure
humaine, la seule qui vaille, nous savons depuis cette nuit que nous
ne nous tromperons jamais en empruntant le chemin du Christ.
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