Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


Homélie             

                                                                                             

Dimanche de la Pentecôte (A)                                                                                                   11 mai 2008

Père Laurent Basanese, jésuite                                                           

Actes 2, 1-11 – Psaume 103 – 1Corinthiens 12, 3…13 – Jean 20, 19-23

Frères et sœurs, lorsque nous parlons de l’Esprit Saint, le « don de Dieu » comme nous l’entendons le jour où nous recevons le sacrement de Confirmation, « gardons-nous bien de fausser la simplicité et la spontanéité de la foi » (saint Basile de Césarée) ! Nous avons peut-être fait l’expérience que plus un être est fragile, discret et bon, plus la méchanceté humaine se complaît à le blesser, à le jalouser et à le tourner en dérision. Or tel est l’Esprit de Dieu : fragile, discret, bon, Il « fuit la fourberie et Il se retire des pensées sans intelligence » (Sg 1, 5). Il est si fragile que nous pouvons étouffer sa flamme par l’orgueil de nos mots et de nos comportements lorsqu’ils ne sont pas ajustés à Dieu. Saint Paul nous le rappelle : « N’éteignez pas l’Esprit ! » ( 1Thess. 5, 19), car c’est en notre pouvoir… Lorsque l’on veut rendre compte du mystère de la Pentecôte, nous courons aussi le risque de manquer de souffle en nous forçant à dire l’indicible, alors que d’un autre côté, nous sommes poussés à parler… Que dire alors ? Essayons de demeurer au plus près de la Parole qui vient d’être proclamée.

Dans les trois lectures que nous venons d’entendre, remarquons tout d’abord que l’Esprit est donné à une communauté : Il n’est pas donné à une personne unique mais Il est répandu sur un groupe, un groupe de croyants : les apôtres, les disciples, l’Eglise… non pas pour en faire un usage privé et pieux, mais au contraire pour qu’Il ait une fonction publique, orientée vers l’extérieur du cercle des premiers témoins de la Résurrection du Christ. Et quelle est cette fonction ? « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est toujours le même Esprit […] Les activités [dans l’Eglise] sont variées, mais c’est toujours le même Dieu qui agit en tous. Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous. » (1ère lecture) Ainsi, l’Esprit est donné non pas d’abord pour notre bien-être personnel, mais pour le bien-être des autres : Il est un don qui passe par nous, à travers nous : « on ne peut le saisir, mais on peut comprendre sa bonté » (saint Basile de Césarée), grâce aux bonnes œuvres que nous sommes poussés à réaliser. Et ces œuvres, nous les connaissons, mais il est bien de les rappeler à notre mémoire de temps en temps : donner à manger à ceux qui ont faim, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, loger les pèlerins, visiter les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts, conseiller ceux qui doutent, enseigner ceux qui sont ignorants, réprimander les pécheurs, consoler les affligés, pardonner les offenses, supporter patiemment les défauts des autres, prier Dieu pour les vivants et pour les morts. Ce ne sont pas des œuvres spectaculaires aux yeux des hommes, mais simples, car elle reflètent la simplicité même de l’Esprit. En ce jour où nous fêtons la Pentecôte, i.e. la mise en œuvre de la nouvelle création depuis la Résurrection du Christ, nous pouvons nous examiner, et nous demander en nous mettant sous le regard bienveillant de Dieu : où en suis-je, moi, dans ma réponse aux appels indicibles de l’Esprit ? Quelle est ma pierre dans la construction de la nouvelle création ? « N’éteignez pas l’Esprit ; […] mais vérifiez tout : ce qui est bon, retenez-le ; gardez-vous de tout espèce de mal. » Si notre foi n’est pas vivante, opérante dans nos vies, on réciterait le Credo comme un formulaire de recette de cuisine, et on s’entendrait dire avec saint Jacques : « Montre-moi ta foi qui n’agit pas » (Jc 2, 1).

Cependant, pour ne pas nous approprier nos œuvres et nous glorifier en elles, il faut également remarquer que les apôtres n’ont pas demandé (explicitement) à recevoir l’Esprit, de même qu’ils ont été témoins malgré eux de la Résurrection du Christ. Cela transparaît clairement dans le livre des Actes et dans l’Evangile : ils sont réunis, ils ont peur, ils sont renfermés sur eux-mêmes, et comme toujours, c’est le Christ qui prend l’initiative : « La paix soit avec vous… Recevez l’Esprit Saint… Je vous envoie. » A cause de cela, les premiers disciples n’ont pas à s’enorgueillir ni à craindre de perdre quelque chose qui leur appartiendrait en propre, puisque l’Esprit ne vient pas d’eux, puisqu’Il est pur don : ils ne sont pas envoyés pour promouvoir une idéologie, une philosophie de plus, une compréhension du monde, ni pour monter une multinationale, mais pour communiquer simplement aux hommes ce qui les dépasse : annoncer le pardon, même aux ennemis (qui aurait pu inventer cela ?) et pratiquer concrètement ce pardon en posant leur pierre dans la nouvelle création. Il en est de même pour nous aujourd’hui. Nous n’avons pas à culpabiliser parce que nous croyons, alors que beaucoup de gens ne croient pas ou confessent un autre credo, nous avons simplement à dire, lorsqu’on nous le demande, que nous croyons à ce qu’ont proclamé les apôtres. Et qu’ont-ils dit ? Cet homme, Jésus, qui a été crucifié sous Ponce Pilate, est mort pour nos péchés ; Dieu l’a ressuscité et il est apparu à ses disciples.

Alors que s’achève le temps pascal, demandons au Christ de nous faire souvenir d’où Il nous a tirés et vers où Il nous envoie ; demandons-lui de réveiller en nous le feu du Saint-Esprit sans lequel « personne n’est capable de dire [en vérité] "Jésus est Seigneur" » (Ac 12, 3).
 


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