Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

Pentecôte B

Jean 15,26-27 ; 16,12-15

 

     Pentecôte B

     Père Marc Rastoin, jésuite

 

Dimanche dernier c’était le G-8 d’Evian, aujourd’hui nous fêtons le G-Tous de Jérusalem ! « Il y avait à Jérusalem des Juifs fervents issus de toutes les nations qui sont sous le ciel » (Actes 2,5). Toutes les nations de la terre. Luc insiste. Et il conclut de même : « Tous nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu ».

         On parle beaucoup, depuis quelques années, de mondialisation. Et certains s’interrogent : ‘Les chrétiens seraient-ils anti-mondialistes ?’ Comment le pourraient-ils ? Eux qui sont même les premiers ‘mondialistes’ ! Mais de quelle mondialisation s’agit-il ? Nous sommes pour une mondialisation selon le cœur de Dieu, c’est-à-dire selon l’Esprit Saint. Une mondialisation qui respecte les langues de chacun et non une mondialisation qui parle une langue unique, quelle qu’elle soit, anglais, arabe, grec ou latin. Une mondialisation où sera reconnu la beauté et la valeur de chaque culture et de chaque peuple et non une mondialisation où tout le monde sera identique. La Pentecôte est ce moment capital où l’Esprit vient révéler le dessein ultime de Dieu : unir tous les hommes, tous les peuples, dans une même famille, une famille bariolée, où chaque langue est parlée sans qu’aucune ne soit imposée. Un signe qui anticipe sur l’humanité réunifiée en Dieu.

         Ce dessein, c’est celui des origines. Lorsque le Seigneur crée le monde, il a créé une unique humanité en Adam pour que, comme le dit le midrash, nul ne puisse dire qu’un peuple est supérieur à un autre parce que son ancêtre serait plus ancien. De même, lorsqu’il choisit Abraham, il lui dit : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Genèse 12,3b). Le peuple d’Israël est élu non pas ‘contre’, mais ‘pour’ le bien de tous les autres peuples, pour que l’on sache que le Seigneur aime vraiment chacun de manière unique. C’est un peuple de témoins et nous aussi nous sommes appelés à témoigner : « Vous aussi vous rendrez témoignage ». Jean Paul II le traduisit ainsi le 17 novembre 1980 à Mayence: « Les chrétiens et les juifs doivent être une bénédiction les uns pour les autres afin de l’être ensemble pour les nations ». C’est la première Bonne Nouvelle : L’Esprit Saint unifie l’humanité tout en respectant chaque peuple, chaque culture.

            Avec les Actes des Apôtres, nous pourrions croire que ça y est, que tout est arrivé ! Nous avons reçu l’Esprit Saint –et de quelle manière ! Tout est là. Mais l’Evangile nous dit que ce n’est pas si simple et cela aussi est une Bonne Nouvelle ! Il nous dit que l’Esprit Saint vient nous « introduire » à « la vérité tout entière », vient nous « guider » sur un chemin. Comme lorsqu’on guide un enfant le long d’un sentier de montagne. Nous ne sommes pas à la fin de l’histoire, ni celle de l’humanité ni la nôtre. Il y a encore des ombres. Il y a des choix à faire, des décisions difficiles à prendre. L’Esprit Saint survient parfois d’un coup, avec force, comme dans les Actes. D’un autre côté, il survient parfois « comme le souffle d’une brise légère » (1 Rois 19,12). L’Esprit nous guide patiemment, discrètement, doucement. Pourquoi ? Jésus nous le dit : Parce que nous n’avons la force pour tout porter. L’Esprit n’est pas violent, et pour que nous puissions vraiment recevoir Dieu lui-même, il faut qu’il nous y aide, qu’il vienne en aide à notre faiblesse. Paul l’a dit aux Romains avec des mots inoubliables : « L'Esprit vient au secours de notre faiblesse ; car nous ne savons pas prier comme il faut ; mais l'Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables, et… nous savons qu'avec ceux qui l'aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien » (Romains 8,26.28b). C’est la seconde Bonne Nouvelle : L’Esprit saint unifie notre cœur en sachant que nous sommes des êtres fragiles qui ne pouvons tout porter d’un coup.

         Oui vraiment réjouissons de la double Bonne Nouvelle d’aujourd’hui ! « Ils furent tous remplis de l’Esprit Saint… et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit »… Nous avons reçu l’Esprit, celui qui est promis à tous les peuples, chacun selon sa culture, et nous le recevons chacun personnellement, à sa manière, selon ce que nous pouvons porter et recevoir. Oui vraiment, nous pouvons dire avec David : « Gloire au Seigneur à tout jamais et que Dieu se réjouisse en ses œuvres » (Psaume 103,31). Amen.