Dimanche dernier c’était le G-8 d’Evian, aujourd’hui nous fêtons le G-Tous
de Jérusalem ! « Il y avait à Jérusalem des Juifs fervents issus de
toutes les nations qui sont sous le ciel » (Actes 2,5). Toutes
les nations de la terre. Luc insiste. Et il conclut de même : « Tous
nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu ».
On parle beaucoup, depuis quelques années, de mondialisation. Et certains
s’interrogent : ‘Les chrétiens seraient-ils anti-mondialistes ?’ Comment
le pourraient-ils ? Eux qui sont même les premiers ‘mondialistes’ ! Mais
de quelle mondialisation s’agit-il ? Nous sommes pour une mondialisation
selon le cœur de Dieu, c’est-à-dire selon l’Esprit Saint. Une
mondialisation qui respecte les langues de chacun et non une
mondialisation qui parle une langue unique, quelle qu’elle soit, anglais,
arabe, grec ou latin. Une mondialisation où sera reconnu la beauté et la
valeur de chaque culture et de chaque peuple et non une mondialisation où
tout le monde sera identique. La Pentecôte est ce moment capital où
l’Esprit vient révéler le dessein ultime de Dieu : unir tous les hommes,
tous les peuples, dans une même famille, une famille bariolée, où chaque
langue est parlée sans qu’aucune ne soit imposée. Un signe qui anticipe
sur l’humanité réunifiée en Dieu.
Ce dessein, c’est celui des origines. Lorsque le Seigneur crée le monde,
il a créé une unique humanité en Adam pour que, comme le dit le midrash,
nul ne puisse dire qu’un peuple est supérieur à un autre parce que son
ancêtre serait plus ancien. De même, lorsqu’il choisit Abraham, il lui
dit : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre »
(Genèse 12,3b). Le peuple d’Israël est élu non pas ‘contre’, mais ‘pour’
le bien de tous les autres peuples, pour que l’on sache que le Seigneur
aime vraiment chacun de manière unique. C’est un peuple de témoins et nous
aussi nous sommes appelés à témoigner : « Vous aussi vous rendrez
témoignage ». Jean Paul II le traduisit ainsi le 17 novembre 1980 à
Mayence: « Les chrétiens et les juifs doivent être une bénédiction les
uns pour les autres afin de l’être ensemble pour les nations ».
C’est la première Bonne Nouvelle : L’Esprit Saint unifie l’humanité tout
en respectant chaque peuple, chaque culture.
Avec les Actes des Apôtres, nous pourrions croire que ça y est, que tout
est arrivé ! Nous avons reçu l’Esprit Saint –et de quelle manière ! Tout
est là. Mais l’Evangile nous dit que ce n’est pas si simple et cela aussi
est une Bonne Nouvelle ! Il nous dit que l’Esprit Saint vient nous « introduire »
à « la vérité tout entière », vient nous « guider » sur un
chemin. Comme lorsqu’on guide un enfant le long d’un sentier de montagne.
Nous ne sommes pas à la fin de l’histoire, ni celle de l’humanité ni la
nôtre. Il y a encore des ombres. Il y a des choix à faire, des décisions
difficiles à prendre. L’Esprit Saint survient parfois d’un coup, avec
force, comme dans les Actes. D’un autre côté, il survient parfois « comme
le souffle d’une brise légère » (1 Rois 19,12). L’Esprit nous guide
patiemment, discrètement, doucement. Pourquoi ? Jésus nous le dit : Parce
que nous n’avons la force pour tout porter. L’Esprit n’est pas violent, et
pour que nous puissions vraiment recevoir Dieu lui-même, il faut qu’il
nous y aide, qu’il vienne en aide à notre faiblesse. Paul l’a dit aux
Romains avec des mots inoubliables : « L'Esprit vient au secours de
notre faiblesse ; car nous ne savons pas prier comme il faut ; mais
l'Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables, et…
nous savons qu'avec ceux qui l'aiment, Dieu collabore en tout pour leur
bien » (Romains 8,26.28b). C’est la seconde Bonne Nouvelle : L’Esprit
saint unifie notre cœur en sachant que nous sommes des êtres fragiles qui
ne pouvons tout porter d’un coup.
Oui vraiment réjouissons de la double Bonne Nouvelle d’aujourd’hui ! « Ils
furent tous remplis de l’Esprit Saint… et chacun s’exprimait
selon le don de l’Esprit »… Nous avons reçu l’Esprit, celui qui est
promis à tous les peuples, chacun selon sa culture, et nous le recevons
chacun personnellement, à sa manière, selon ce que nous pouvons porter et
recevoir. Oui vraiment, nous pouvons dire avec David : « Gloire au
Seigneur à tout jamais et que Dieu se réjouisse en ses œuvres »
(Psaume 103,31). Amen.