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dimanche de Pentecôte C
Actes 2, 1-11
Psaume 103
Romains 8, 8-17
Jean 14, 15...26
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Dimanche de Pentecôte C
Père Paul Valadier, jésuite
Pentecôte, naissance de l'Église ; venue de l'Esprit du Christ sur les Apôtres
; gigantesque impulsion qui s'empare des disciples d'abord terrorisés pour
annoncer au monde la Bonne Nouvelle du salut. Pentecôte, c'est tout cela, et
autre chose encore. Et je voudrais m'arrêter avec vous sur un aspect bien
souligné dans le texte des Actes que nous avons lu : les foules assemblées
d'origines culturelles diverses entendent le message dans leur propre langue .
Les interprètes et traducteurs furent donc inutiles : chacun entend le même
chose, et pourtant chacun n'entend que sa propre langue.
Loin d'être banal ou anecdotique, cet épisode dévoile le dessein de Dieu sur
l'humanité. Dévoilement dont on ne comprend bien toute la portée que si on le
compare à cet autre épisode célèbre de la Bible : la tentative humaine de
construire une tour à Babel. L'Écriture situe l'un par rapport à l'autre, le
dessein des hommes à Babel et le dessein de Dieu à la Pentecôte. Ce que les
hommes souhaitent c'est d'entreprendre une œuvre commune, à laquelle tous et
chacun seraient attelés ; c'est de chercher une unification telle que chacun
parlerait la même langue, serait identique à tous les autres ; le symbole en
est une tour, entreprise gigantesque pour atteindre le ciel, mais en arasant
les différences des cultures et des projets humains. Babel, c'est la tentation
d'un monde où règnerait l'identique, l'homogène, l'égalité parfaite, et d'où
seraient écartées les différences, les diversités, la pluralité. Or Babel
échoue, sans doute selon la Bible par une intervention de Dieu, mais parce que
ce projet est intrinsèquement contradictoire : comment faire l'unité de tous
en balayant les différences qui font la richesse de l'humanité ? comment
vouloir que tous jargonnent dans une même langue qui serait la langue de tous
parce qu'elle serait la langue de personne ?
Le dessein de Dieu sur l'humanité,nous le voyons à la Pentecôte. Il n'est pas
l'unification niveleuse, l'éradication de la diversité des cultures et des
langues, la soumission de tous à la même toise. Ce sont les hommes qui, comme
dans les défilés militaires, ne veulent voir qu'une seule tête. Dieu, lui,
aime voir plusieurs têtes. Il est le Dieu de la communion des diversités où
chacun trouve sa juste place sans renoncer à son identité propre. A Jérusalem
ce jour-là, les cultures ne sont pas niées ou ignorées ; les langues diverses
ne sont pas supprimées au profit d'un sabir anonyme . Toutes et chacune sont
prises au sérieux et c'est en leur sein, du dedans d'elles-mêmes qu'elles
entendent le message. Le même message, la même parole d'élection et d'amour,
la même Bonne Nouvelle, mais dans des langages différents.
Voilà ce que Dieu veut pour l'humanité. Comment ne pas sentir et comprendre
l'actualité de ce message ? Car les hommes ne cessent pas de rêver de Babel,
d'un monde unifié par le nivellement et des comportements communs, d'une cité
où les différences auraient été supprimés : tous égaux, tous pareils, tous
interchangeables, tous au même prix, donc sans prix et sans valeur, jetables,
éjectables, biodégradables. Mais le dessein de Dieu sur nous n'est pas que
nous nous arrachions à ces diversités qui font la richesse de l'humanité telle
que Dieu la veut : différence et unicité de chaque personne humaine,
différence entre les sexes et non uniformité, différences entre les cultures
admirables dans la mesure où elles respectent les hommes et les femmes qui y
vivent, convergence de nos qualités diverses comme dans un tableau ou une
symphonie dont la richesse vient de la complémentarité des couleurs et des
sons.
Il revient à l'Église la première, donc à chacun de nous, d'honorer cette
diversité des manières de vivre et de comprendre le monde, d'accepter d'être
vraiment catholique, c'est-à-dire vivant d'un universalisme qui ne soit pas
niveleur. Rude tâche et cependant celle même à laquelle Dieu appelle tous les
hommes qu'il a voulu et qu'il veut différents. Rude tâche pour laquelle
l'Église devrait être le symbole et la réalisation balbutiante de la communion
de tous dans une même foi, confessée dans nos diversités et nos cultures. Le
monde a certainement un long chemin à faire pour s'approcher de la Pentecôte
plutôt que de Babel, mais assurément l'Église catholique aussi n'a pas encore
vraiment réalisé en elle-même la volonté de Dieu sur elle. Prions en ce jour
de Pentecôte pour que le message de ce pluralisme vivant où l'humanité respire
dans sa diversité soit entendu, par nos propres esprits d'abord, dans l'Église
ensuite, mais aussi dans le monde.
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