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Marc 11, 1-10
Isaïe 50,4-7
Psaume 21 Philippiens 2,
6-11 Marc 14,1 - 15,47
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Dimanche des
Rameaux et de la Passion B
9 avril 2006
Père Jean-Paul Mensior, jésuite
En
nous faisant entendre coup sur coup le récit de l’entrée triomphale de
Jésus à Jérusalem et le récit de la Passion, la liturgie de ce jour
dévoile clairement ce que l’évangile a de nouveau et de subversif.
Il faut voir la scène des Rameaux comme une petite manifestation de
disciples, convaincus que Jésus va prendre la pouvoir. Or quand Jésus entre à
Jérusalem il ne prend pas le pouvoir Marc nous dit qu’il enseigne tous les
jours dans le temple.
Cette scène est donc pleine d’illusion, et la Passion en est le démenti.
Avec la Passion se dissipe le phantasme d’un Dieu tout-puissant, intervenant
dans les affaires humaines pour en modifier le cours.
Or que voyons nous ? Devant le paroxysme de l’injustice et de la violence,
apparemment Dieu reste muet. En réalité c’est maintenant la croix qui parle en
son nom. Non Dieu n’est pas muet : son langage est désormais le langage de la
croix.
Que nous dit-elle ? Elle nous dit que la souffrance du monde est la
souffrance de Dieu. Car le Christ s’est identifié à tout être dans le malheur
lorsqu’il nous a dit, et avec quelle clarté : cet homme qui meurt de soif, ce
prisonnier, cet exclus, c’est moi. Cette femme méprisée, ce drogué à la
dérive, cet enfant maltraité, c’est moi.
Si notre bonheur c’est d’être avec le Christ, comment prétendre être avec
lui, sans être avec lui dans la compassion effective du monde des
souffrants que nous rencontrons chaque jour ? Car c’est chaque jour qu’il nous
faut inventer un geste de compassion, si modeste soit-il.
C’est toujours un geste difficile. A dire vrai, la compassion n’est
possible et vraie, au-delà de tout dolorisme, que dans la puissance du
Ressuscité Lui seul, dont l’énergie nous entraîne, peut nous faire entrer
dans le mystère d’une compassion véritable, qui soit à la fois une rencontre
du Christ dans l’autre et une participation infime mais réelle à l’amour dont
Dieu aime cet autre.
C’est cet amour sans limite, insensé, qui donne à la croix sa portée
universelle : si le Christ, le Fils de Dieu lui-même, souffre, ce n’est pas
seulement à cause de nos péché, mais c’est parce que il a pris sur lui,
librement, dans toute son étendue et toute sa profondeur, la souffrance
insondable du monde. |