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Dimanche des Rameaux et de la Passion
B
5 avril 2009
Père Marc Rastoin, jésuite
Isaïe 50,4-7 ; Psaume 21 ; Philippiens
2,6-11 ; Marc 14,1-15,47
« Béni le Royaume qui
vient, celui de notre Père David ! » Le Messie Fils de David Roi
d’Israël. Aujourd’hui nous accueillons bien un Roi mais ce n’est pas
un Roi nouveau David, un chef de guerre rusé, maître des terres entre
la mer et le Jourdain. Oui, il s’agit bien d’un Roi et il va bien être
couronné. Mais sa royauté n’est pas de ce monde et ce n’est pas une
couronne de joyaux qu’il reçoit mais une couronne d’épines.
Aujourd’hui est le jour du grand malentendu. On accueille Jésus de
Nazareth comme un Fils de David, celui qui va rétablir le Royaume et
l’indépendance d’Israël avec puissance et gloire. Ce malentendu n’est
pas seulement celui des habitants de Jérusalem. C’est aussi bien
souvent notre malentendu. Nous acclamons l’Evangile, nous
confessons notre foi et pourtant qu’il nous est dur d’accepter le
chemin du Messie !
Nous aimerions passer d’un coup de la
joie bruyante d’aujourd’hui à la joie tranquille de Pâques. Mais ces
deux joies ne sont pas de même nature. Il y a la joie de qui chante
parce que tous chantent, de qui crie parce que tous crient, la joie de
la foule, une joie qui est toute extérieure alors que l’intérieur
n’est pas en paix, une forme de ‘joie’ que connaît bien notre monde.
Et il y a une autre joie, la joie de qui accueille dans le silence
d’un petit matin la révélation discrète d’un Jésus proche qui se « donne
à voir ». C’est une joie toute personnelle en sa naissance, sans
aucune foule, une joie toute intérieure, qui se communique par une
parole habitée plus que par des chants enthousiastes. Et de même qu’il
y a deux sortes de joie, il y a, dit Paul, deux sortes de tristesse :
« la tristesse selon Dieu [qui] produit en effet un repentir
salutaire qu'on ne regrette pas ; [et] la tristesse du monde, [qui]
elle, produit la mort°» (2 Co 7,10). Il y a la tristesse de celui
qui se replie sur lui-même et sur sa souffrance et la tristesse de
celui qui sort de lui-même et entre dans la douleur de l’autre. Il y a
la tristesse selon le monde qui entraîne repli sur soi, isolement et
découragement et il y a la tristesse selon Dieu, qui ne pleure pas
d’abord sur soi mais sur le monde et sa souffrance, qui désire le
salut et s’y engage.
Durant cette Semaine Sainte, demandons à
entrer dans les sentiments intérieurs qui furent ceux du Christ : sa
tristesse de voir tant de croyants ne pas le comprendre et mettre leur
espoir dans ce qui ne peut sauver, l’incroyable néant intérieur de
tant de vies humaines créées pourtant pour porter du fruit. Cette
tristesse nous la connaissons…
Avec le Christ, c’est tout le peuple des
souffrants, des découragés et des persécutés, que nous cherchons à
accompagner. Avec le Christ, demandons à partager ses sentiments pour
pouvoir également recevoir la joie qu’il nous promet… Oui, Hosanna,
‘sauve-nous de grâce’ Seigneur, donne-nous d’entrer dans ta Passion
pour mieux recevoir de Toi notre Résurrection. |