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Dimanche
des Rameaux et de la
Passion dimanche
1er avril 2007
Père
Jean-Marc Furnon, jésuite
Luc 19, 29-40
Messie
Dans l’évangile de la Passion, par trois fois Jésus parle de lui en
disant « le Fils de l’homme ». Il associe cette figure d’un envoyé
de Dieu qui vient des cieux pour toutes les nations à la figure du
serviteur souffrant dont la première lecture d’Isaïe nous a parlé
lorsqu’il dit dans les annonces de la Passion que le Fils de l’homme
souffrira, sera mis à mort et, le troisième jour, ressuscitera.
Aujourd’hui Jésus choisi d’entrer à Jérusalem sur un âne comme le
jeune roi Salomon le jour de son intronisation est entré dans la
ville sur un âne. C’est l’ancienne monture royale. La superbe du
cheval ne convient pas. L’humilité de l’âne sert l’humilité du roi
qui reçoit sa mission de Dieu. Jésus met en œuvre ce qu’il dit dans
la Passion -« Il faut que s’accomplisse en moi ce texte de
l’Ecriture »- en accomplissant la figure du Messie à un moment où
toute ambiguïté est levée vu que les chefs d’Israël veulent sa mort
et qu’il n’y a pas de risque pour lui, à ce moment de sa vie, d’être
confondu avec un libérateur politique d’Israël qui viendrait
restaurer la royauté davidique. Jésus assume maintenant le rôle du
Messie-Fils de David qui est un fils du peuple d’Israël qui devient
le « sauveur » du peuple et qui rétablit la dynastie davidique.
Jésus accepte cette qualification ambiguë au moment où il est exclu
que cette messianité soit accueillie par les autorités d’Israël.
Jésus n’est plus tenté par ceux qui voulaient le faire roi au
lendemain de la multiplication des pains. Jésus consent profondément
à ce qu’il a dit un jour : « Je suis venu pour les brebis perdues de
la maison d’Israël » et à travers ce peuple rejoindre toutes les
nations.
Notre Roi
La foule des disciples nous dit Luc l’acclame remplie de joie : «
Béni celui qui vient, lui, notre Roi, au nom du Seigneur » ; psaume
qui continue « Dieu le Seigneur nous illumine, Rameaux en main,
formez vos cortèges jusqu’au près de l’autel » (Ps 117,26-27). Ils
ont bien raison de dire « notre Roi » car Jésus a rassemblé le
peuple dispersé, il a multiplié les pains pour une foule affamée, il
a guéri les malades, chassé les démons, accueilli les pauvres. Jésus
a pris soin de son peuple, jusqu’au plus petit ; c’est à cela qu’on
reconnaît un roi digne de ce nom !
La foule des disciples étend sur le sol ses vêtements. Signe de
respect, de douceur, d’intimité. C’est Jésus qui a pris l’initiative
de l’entrée dans Jérusalem et ce sont eux qui lui tracent ainsi le
chemin qui le mènera à la passion. Et en enlevant leurs vêtements,
ils se dépouillent et entrent dans le mystère du Christ lui-même qui
se verra enlever ses vêtements par les soldats quelques jours plus
tard.
Jésus est grave car il est conscient du décalage entre lui et eux
mais il laisse faire. Il a décidé de monter à Jérusalem et d’y
entrer au risque que la ville se referme sur lui comme un piège.
Les pierres crieront
« Béni celui qui vient, lui, notre Roi, au nom du Seigneur ». Ce
qu’ils disent c’est ce que l’Esprit Saint leur inspire au plus
profond d’eux-mêmes. Et s’ils venaient à ne pas pouvoir le dire,
Jésus déclare que l’Esprit Saint ferait parler les pierres. C’est
l’expression des moines de Tibirine lorsque des ouvriers croates
chrétiens travaillant à un barrage pas loin du monastère avaient été
assassinés dans les années noires de l’Algérie ; les moines avaient
dit : « si nous nous taisons les pierres crieront ». Les disciples,
les pierres, les anges aussi dans la nuit de la Nativité relaient
l’Esprit Saint pour témoigner du mystère de l’incarnation du Fils de
Dieu : « Gloire à Dieu et paix sur terre aux hommes qu’il aime »
(Luc 2,14).
Aujourd’hui, l’Esprit Saint nous habite pour témoigner du Fils de
Dieu. Lorsque le prêtre qui préside la célébration de l’eucharistie
dit « Par lui, avec lui et en lui, à toi Dieu le Père tout puissant
tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles » toute
l’assemblée répond « Amen ». C’est l’Esprit qui témoigne en nous et
à travers nous. Comme ce jour là il a témoigné à travers la foule
des disciples du mystère du Christ le confirmant ainsi dans sa
mission. Et lorsqu’à la communion nous entendons « Le corps du
Christ » et que nous répondons « Amen », c’est l’Esprit que nous
accueillons en nos cœurs et qui témoigne en nous et avec nous que le
Christ c’est Jésus. Que c’est lui le Fils bien aimé du Père,
engendré non pas créé de toute éternité. |