Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

Sainte Famille C

 

Luc 2, 41-52

 

 

 Fête de la Sainte Famille C

     Père Jean-Paul Mensior, jésuite

 

Marie et Joseph se conforment en tous points aux rites prescrits par la loi, lorsqu’ils emmènent Jésus à Jérusalem pour fêter la Pâque. Jésus a douze ans, c’est l’âge de la bar mitswah, l’âge où l’enfant devient adulte responsable devant Dieu ; c’est aussi le seuil de l’adolescence, et Jésus manifeste sa liberté par rapport à ses parents en les laissant repartir sans lui à Nazareth.
Après trois jours de recherche et d’inquiétude, ils le retrouvent au temple, au milieu des maîtres de la Loi. Il ne leur donne pas de leçon, mais il les écoute, il les interroge, leur répond, et autour de lui, nous dit Luc, on s’extasie devant sa compréhension des choses de Dieu. Certes il ne sait pas tout, il paraît avide d’en savoir plus, et pourtant il y a un savoir essentiel qui lui est déjà donné, et c’est le centre du récit : « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père…ou : aux affaires de mon Père ? » Aux reproches anxieux de sa mère, qui lui dit « ton père » en désignant Joseph, il répond : « mon Père » en nommant ainsi Dieu lui-même. En leur parlant ainsi, il les invite à comprendre qu’il ne leur appartient pas, mais que, au-delà de la paternité humaine, il s’enracine dans une autre paternité.
« Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » C’est, dans l’évangile de Luc, la première phrase mise sur les lèvres de Jésus. La dernière, au moment de mourir, sera encore une invocation à ce Père : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. »
En répondant avec cette assurance tranquille à ses parents, Jésus manifeste que déjà il a une expérience de Dieu exceptionnelle – et, pour le dire plus précisément une expérience unique de la paternité de Dieu. Plus tard il dira « mon Père », et à ses disciples « votre Père », mais jamais il ne se joint à eux pour dire « notre Père ». Il sait déjà qu’il n’est pas lui-même sa propre origine, mais qu’il se reçoit à chaque instant de son Père, comme d’une source. Sans doute il le sait déjà, mais il en aura un jour une confirmation, lorsque, en sortant des eaux du Jourdain où Jean l’aura baptisé il entendra la voix du Père lui-même lui dire : « Tu es mon Fils bien-aimé, il m’a plu de te choisir. »
Alors il pourra partir pour faire ce que l’évangile de Jean appelle « l’œuvre du Père », et cette œuvre sera l’œuvre pascale. Alors, réellement, Jésus passera de ce monde à son Père.
Aujourd’hui cet épisode au Temple préfigure, anticipe ce passage, cette Pâque à venir.
Car c’est là, dans le temple, que réside symboliquement le Père. Puisque la relation de Jésus avec son Père ne comporte ni peur, ni distance, puisqu’il est chez lui chez son Père, puisqu’il est dans le secret du Père, alors il est vraiment chez lui dans ce Temple qui est comme la prophétie de son mystère personnel. Ce mystère encore caché, et qui ne sera dévoilé qu’après la résurrection, c’est que le vrai temple, le vrai lieu de la présence de Dieu et de la rencontre avec Dieu c’est lui, le Christ, puisqu’il est, en une seule personne, vrai Dieu et vrai homme.
Vous aurez peut-être remarqué que ce récit est plein d’allusions pascales : c’est pour fêter la Pâque que Jésus et ses parents sont à Jérusalem. Que Jésus soit perdu et retrouvé après trois jours renvoie évidemment à ses trois jours au tombeau où il sera vraiment perdu pour ceux qui l’aimaient, et pourtant retrouvé, ressuscité, et donc retrouvé autrement.
Aujourd’hui, retrouvé au Temple, est-il le même pour ses parents ? Luc nous dit qu’ils ne comprirent pas la parole qu’il leur disait. Et comment pourraient-ils comprendre ce qui ne prendra tout son sens qu’à la lumière de la résurrection ? Pour l’instant il rentre avec eux à Nazareth et il leur est soumis. Quant à eux, devant cet enfant qui déjà leur échappe, l’Evangile nous dit que Marie garde toutes ces choses dans son cœur. Nous pouvons ajouter, sans nous tromper, Joseph aussi. Apprenons d’eux à écouter, et à garder dans notre cœur ce que nous ne comprenons pas de la Parole de Dieu, ni de tous les événements que cette Parole doit éclairer en nous et qui pourtant porteront du fruit s’ils rencontrent en nous un cœur ouvert.