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Sainte Famille A
Ben Sirac 3, 2...14
Psaume 127
Colossiens 3, 12-21
Matthieu 2, 12-23
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Sainte Famille
(A)
Père Jean-Paul Mensior, jésuite
Pour comprendre cette page d’évangile, il faut se souvenir que
Matthieu écrit le sien pour des chrétiens venus du judaïsme, donc
imprégnés des Ecritures. C'est pourquoi, pour montrer que Jésus
accomplit les Ecritures et qu'en lui culmine toute l'espérance
d'Israël, il se réfère constamment aux écrits de l'Ancien Testament.
Si on ne les connaît pas, on ne peut pas savoir que dans ce passage c'est à
Moïse qu'il se réfère. Jésus est présenté ici comme un nouveau Moïse,
inaugurant un nouvel Exode. Voici quelques exemples de ce parallélisme entre
Jésus et Moïse.
Jadis, un Pharaon cruel avait ordonné le massacre des nouveaux-nés juifs. Ici,
Jésus est à peine né qu'un roi, cruel lui aussi - Hérode - ordonne le massacre
des petits garçons de moins de deux ans, à Bethléem et dans la région.
Jadis, Moïse, pour fuir Pharaon, s'était réfugié à l'étranger. Jésus, lui,
échappe à la tuerie grâce à Joseph qui l'emmène avec Marie en Egypte.
Enfin, jadis, tout danger écarté, Moïse était revenu en Egypte, car, nous dit
le livre de l'Exode, « ceux qui en voulaient à sa vie était morts. Moïse prit
alors sa femme et son fils, les mit sur son âne, et retourna en Egypte. »
Jésus aussi, tout danger écarté, est ramené au pays, car, dit Matthieu avec
les mots mêmes de l'Exode « ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de
l'enfant. Alors Joseph se leva, prit l'enfant et sa mère, et rentra au pays
d'Israël. »
Ce que Matthieu veut donc nous dire, c'est que Jésus est comme un nouveau
Moïse, qui devient le guide d'un nouveau peuple. Mais voici la nouveauté : un
peuple qui rassemblera toutes les nations.
C'est en Galilée qu'aboutit l'exode de cette famille. Or, Galilée veut dire «
carrefour des païens.» C'est un pays méprisé par Israël, parce que juifs et
païens y sont mêlés. C'est pourquoi quand cette famille s'installe en Galilée,
sans le savoir, elle met Jésus à pied d'œuvre pour sa mission, qui consiste
justement, comme l'écrit St Jean, à « rassembler les enfants de Dieu dispersés
» et à ne faire qu'un seul peuple. De fait, c'est là, en Galilée, qu'un jour
Jésus donnera rendez-vous à ses disciples pour un envoi universel : « Allez !
De toutes les nations faites des disciples ! »
A travers les péripéties d'une famille exilée et revenue au pays, c'est donc
le dessein de Dieu qui s'accomplit, mais il s'accomplit grâce à la foi
exemplaire d'un homme : Joseph, cet homme dont nous n'avons pas une parole,
mais auquel Dieu parle beaucoup, mais qui sait écouter et qui nous montre ce
qu'est ce qu'on appelle l'obéissance de la foi ; à savoir que obéir c'est
d'abord écouter, écouter jusqu'au bout, et accueillir une parole qui portera
du fruit si elle est semée dans un cœur ouvert. C'est le cas de Joseph.
Il se comporte ici comme un chef de famille, responsable de deux êtres
d'ailleurs présentés de façon anonyme : « l'enfant et sa mère ». Mais nous
savons que cet enfant s'appelle Jésus, et que ce nom veut dire « Dieu sauve ».
Par un paradoxe étonnant, c'est donc à un homme et à une femme comme nous
qu'il est demandé de sauver l'enfant sauveur. C'est dire à quel point, en
prenant notre chair, Dieu s'est remis entre nos mains. Puisque ce petit enfant
en péril, qui est notre Sauveur, a besoin, dès sa naissance, d'être protégé,
par la foi et l'amour d'un homme et d'une femme de notre race.
Tel est le respect infini de Dieu pour nous : c'est lui qui nous sauve, mais
il ne nous sauve pas sans nous. |