
Fête de la Croix glorieuse B
Jean 3, 13-17
Nombres 21, 4-9 Philippiens 2, 6-11
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Fête de la
Croix glorieuse
Père Jean-Marc Furnon
LE TRIOMPHE
Parler de
la Croix Glorieuse c’est parler de la joie des chrétiens. Avant le Concile
on disait le triomphe de la Sainte Croix en utilisant le mot « triomphe »,
en référence, par exemple, au triomphe d’un général romain ayant remporté
une grande victoire. Il entrait dans Rome et le peuple romain l’acclamait en
lui faisant un triomphe.
Cette
fête de la Croix Glorieuse, fêtée le 14 septembre, date des premiers siècles
de l’Eglise. En ce temps là les nations qui occupaient la Palestine ne
permettaient pas facilement aux chrétiens de vénérer l’endroit où la croix
de Jésus avait été plantée en terre, le tombeau où l’on l’avait enterré, le
jardin de la Résurrection. Or, il se trouve qu’au IV° siècle, Constantin,
empereur de Rome se convertit au christianisme et les chrétiens purent alors
retrouver la sainte Croix et bâtir, en 335, une basilique sur les lieux
saints.
La croix
fut alors portée en triomphe. Ce fut comme la joie des Rameaux ou l’arrivée
du Pape aux JMJ. On lui fit un triomphe !
LE SERPENT ET L’AGNEAU
L’exaltation de la croix c’est littéralement Jésus « élevé », Jésus mis en
croix ; comme dit l’évangile de Jean : « ainsi faut-il que le Fils de
l’homme soit élevé ». Sur le mât au désert, il y avait un objet en bronze à
la forme de serpent. Le serpent qui rampe et qui tue est bien l’image du
péché ; ce serpent qui a trompé Eve et Adam sur les intentions de Dieu.
Mettre une représentation du serpent sur le mât c’est exhiber ce qui était
dissimulé, c’est le mettre à distance et, déjà, lui enlever de sa nocivité
en nommant l’origine du mal. C’est l’initiative de Dieu pour la guérison.
Sur la
croix, il y a le corps de Jésus élevé à la vue de tous. Le regarder de
l’extérieur c’est voir la faute, la honte du genre humain, c’est voir un
corps humilié, quelqu’un dont on préfère se détourner à cause de la laideur
et de l’horreur.
Le
regarder comme les premiers chrétiens l’ont vu c’est voir au-delà de
l’apparence : l’agneau, le Serviteur souffrant. Car c’est l’agneau innocent
qui est là : lui qui a imploré le pardon de Dieu pour ceux qui l’ont rejeté
et mis à mort. Sur lui se concentrent les refus de l’humanité, les
violences : « Dieu l’a fait pour nous péché » écrira saint Paul aux
Corinthiens. Saint Jean dira en citant l’Ecriture : « Ils regarderont celui
qu’ils ont transpercé ».
Le
mystère est que la transformation du Serviteur en image de péché est
justement ce qui révèle sa justice et que cette révélation transforme le
cœur des spectateurs et des accusateurs. C’est le pardon et la guérison du
cœur qui permet à l’homme de reconnaître dans le Serviteur souffrant que
l’on a rejeté, l’innocent que Dieu avait envoyé. A commencer par le
centurion de l’armée romaine : « Vraiment cet homme était fils de Dieu ».
Parler de
l’exaltation de la croix c’est dire que Jésus mis en croix a été glorifié ;
comme dit l’épître aux Philippiens de ce jour : « Dieu l’a élevé au dessus
de tout ».
TEMOINS DE LA CROIX DU CHRIST
Dans
l’histoire des hommes, nous les chrétiens, nous sommes fiers de la croix du
Christ car nous y reconnaissons le signe de la vie : du bois de la croix a
été partagé à toute l’humanité un fruit qui guérit, le fruit de l’arbre de
vie du jardin de la Genèse. Que notre seule fierté, comme dit l’apôtre, soit
la croix de notre Seigneur Jésus Christ.
Parce que
les chrétiens sont des êtres de chair et de sang, les chrétiens ont dit leur
amour du Christ en dressant des croix au carrefour des chemins, en
embrassant la croix, en la fleurissant, en l’acclamant, en la mettant dans
leur maison, en la portant sur eux.
La
guérison du cœur est un don qui nous vient du ciel et le don qui vient du
ciel demande un travail de notre part qui est le travail de croire : croire
que Jésus a remporté la victoire sur le mal et sur la mort. Seule la croix
guérit véritablement car elle guérit de la mort, alors que les signes
précédents, l’image du serpent, ne faisaient que la retarder. Le triomphe de
Jésus c’est d’être glorifié dans son corps ressuscité et de nous entraîner
avec lui dans sa vie.
Les chrétiens, lorsqu’ils sont touchés par le malheur, brutalement ou de
manière lancinante sont appelés à garder les yeux fixés sur le Christ,
croyant qu’il nous entraîne vers la vie. Nous ne savons pas comment mais
nous le croyons même si l’angoisse monte de tous côtés. Voilà le mystère de
la croix glorieuse dans nos vies.
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