|
Fête de
saint Ignace 31
juillet 2008
Père Henri Aubert, jésuite
Deutéronome
30, 15-20 - Psaume 1 - Ephésiens 1, 3-10 - Matthieu 8,
18-27
Le dessein d’amour de Dieu.
A l’occasion de la fête de Saint Ignace, nous sommes invités à méditer
et contempler le dessein d’amour de Dieu. Je pense à une sculpture du
portail nord de la cathédrale de Chartres : le visage de Dieu le père,
avec une auréole christique qui souligne la présence du Christ de
toute éternité, Dieu donc, avec sur son épaule la tête d’un homme.
Est-ce Adam ? Est-ce l’homme dans l’esprit de Dieu ? « En lui, il
nous a choisis avant la création du monde pour que nous soyons, dans
l’amour, saints et irréprochables sous son regard ». Nous étions
donc à son oreille, sous son regard, nous étions dans son cœur… De
toute éternité nous sommes dans le dessein de Dieu. L’homme créé libre
et responsable pour cultiver, entretenir et développer ce jardin mis à
sa disposition. L’homme qui a fait de la terre une œuvre magnifique
mais qui, dans son orgueil et sa violence, se l’est appropriée et l’a
mise en esclavage !
Nous pouvons aussi faire mémoire de l’extraordinaire histoire d’amour
entre l’homme et Dieu, depuis les origines jusqu’à aujourd’hui… Adam,
mari émerveillé et plein de tendresse pour Eve, celle qu’il aime,
construisant une famille, une nation, dans l’attente d’une postérité
aussi nombreuse que les étoiles du ciel. L’homme en marche vers une
terre promise… Mais aussi l’homme en conflit avec son frère, déjà dans
le sein de sa mère, avec les nations voisines dont il revendique la
terre, l’homme réduit en esclavage, torturé, humilié, vaincu. Et Dieu
qui fait avec… Patient et miséricordieux, lent à la colère et plein
d’amour ! Dieu qui fait grâce à des milliers de générations. Patience
incomparable, souvent déçue, jamais résignée. Contemplons le mystère
de la volonté divine.
En disant cela, je m’interroge : comment allons-nous aujourd’hui
révéler ce mystère à nos frères et sœurs en humanité ? Tous ces gens
qui nous entourent, souvent indifférents, incroyants, mal croyants,
autrement croyants, ignorant ou refusant le Fils de Dieu. Comment
allons-nous leur partager notre bonheur ?
Une décision personnelle
Cela commence tout d’abord par une décision personnelle… celle d’être
« saints et irréprochables sous son regard », témoins du dessein
d’amour de Dieu. Dans le Deutéronome le peuple vient de vivre quarante
ans, une génération entière, notre existence donc, dans le désert,
temps d’espérances intenses et de désespoirs tout aussi terribles,
mais il est là vivant, debout : Dieu ne l’a jamais abandonné. Le
peuple est riche de son avenir, promesse d’une terre qui s’étend
devant lui à ses pieds, où coulent le lait et le miel. Et Dieu, par la
bouche de Moïse, lui dit : « Choisis la vie ! » Oui, frères et
sœurs, choisissons la vie ! Choisissons la vie après avoir relu la
présence de Dieu en nos vies, dans nos combats, nos épreuves, malgré
nos refus, nos jalousies…
Ce dessein d’amour, il est éminemment personnel, mais il ne peut être
dessein d’amour que s’il s’ouvre à d’autres à côté de moi… et pas
seulement celui ou celle avec qui je partage foi et consolation, comme
aujourd’hui dans cette église… Ce sont tous ceux dont je parlais, ceux
que nous rencontrerons dès que nous serons sortis de St Ignace,
peut-être même un compagnon, un frère, un fils, une fille, notre
prochain le plus proche…
Ce n’est pas si simple
Et ce n’est pas si simple. Dans l’Evangile Jésus révèle notre manière
de fonctionner… Oui nous sommes dans l’enthousiasme lorsque nous
méditons sur le dessein de Dieu et quand nous décidons de suivre le
Christ. Combien de fois avons-nous dit dans notre histoire : «
Maître je te suivrai partout où tu iras ! » ? Combien de fois
avons-nous redis la prière du Règne : « Eternel Seigneur de toutes
choses, je veux et je désire te suivre, t’imiter en endurant tous les
outrages, toute humiliation et toute pauvreté, aussi bien effective
que spirituelle…. » Jésus, avec finesse, nous met en garde contre
tous les obstacles à la vie que nous allons rencontrer… Nous sommes
tellement généreux que nous les oublions et il faut que Jésus les
rappelle… « La pierre où reposer la tête » : nous serons très
vite bousculés par l’inconfort de cette existence, et Jésus, dans les
Exercices, nous annonce que cela ira jusqu’aux persécutions, aux
souffrances, à la mort. Sommes-nous toujours prêts ? « Permets-moi
d’aller enterrer mon père », c’est le retour en arrière, un
attrait pour la mort, pour un passé qui ne donne pas la vie… St Luc,
précise dans un troisième récit, ce qu’est ce retour au cocon familial
: « Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière n’est
pas fait pour le royaume de Dieu » (Lc 9,62). N’avons-nous pas nos
fils à la patte ?
Et vous avez remarqué que St Matthieu fait le lien entre ces appels
manqués, si je puis dire ainsi, et la tempête sur la mer. Oui la suite
du Christ est le lieu d’un combat, une tempête, un séisme même. Il
nous arrive de crier : « Seigneur, sauve-nous, nous sommes perdus !
» Le jour de la St Ignace il n’est pas inutile de nous retrouver
ainsi devant le Christ avec la réalité de nos existences. Il n’est pas
inutile d’entendre le Christ nous redire : « Pourquoi avoir peur,
hommes de peu de foi ? » Bien sûr nous pouvons nous redire ce que
nous avons découvert en priant la méditation du Règne, mais en même
temps nous devons nous rappeler combien de fois nous avons refusé tout
cela par peur et par égoïsme. Quelles sont nos peurs, nos réserves ?
Il est bon d’éclairer ce qui fait obstacle au dessein d’amour de Dieu
pour chacun d’entre nous, comme pour toute l’humanité.
Alors prions, demandons au Christ la foi pour que nous sachions
traverser ces épreuves et nous donner totalement à lui dans son grand
dessein d’amour.
|