
St Sacrement A
Jean 6, 51-58
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Le Corps et le
Sang du Christ A
Père Philippe Lécrivain, jésuite. Professeur au Centre Sèvres
En ce dimanche où nous sommes invités à accomplir une démarche responsable,
les textes de la liturgie de ce jour, nous invitent à un autre discernement.
Les questions qu’ils nous posent sont simples : Qu'est-ce qui nourrit nos
vies ? De quoi avons-nous besoin pour grandir ? Quelle est la nourriture
indispensable pour qu'une personne ou une société poursuive sa route en
bonne santé ?
Les droits fondamentaux parlent de nourriture et d'eau propre, de soins et
d'éducation, de respect et de sécurité. Mais nombreux sont les hommes, les
femmes et les enfants qui n'ont pas accès à ce minimum. En France même, le
nombre de ceux qui ne mangent pas à leur faim, qui se trouvent entassés dans
des hôtels insalubres ou qui ne trouvent pas la sécurité, ce nombre, loin de
diminuer, augmente.
En réalité, il semblerait que nous sommes devenus incapables de donner une
consistance réelle à nos paroles et à nos convictions. Ces paroles et ces
convictions ne nourrissent plus ou, du moins, ne nourrissent pas assez. Si
bien que ce que nous déclarons nécessaire à la vie ressemble davantage à de
la paille que le vent emporte.
Donner sa vie, ses forces, son intelligence, pour permettre au monde de
grandir, de se fortifier, de se construire. Donner sa vie, comme on donne du
pain à un enfant, à un travailleur fatigué ou un voyageur égaré. Donner sa
vie pour le monde. Tout le monde. La parole du Christ n’est pas un propos
creux.
Quand Jésus demande à ses auditeurs de comprendre qui il est et ce qu'il
fait, il leur a déjà donné de cette nourriture qui leur manquait tant :
l’assurance d’être aimé de Dieu et la guérison de leurs paralysies
intérieures. Sa présence au milieu d’eux est comparable à une eau qui
n'épuise jamais les ressources de la confiance.
Ceux qui écoutent le Seigneur ont fait cette expérience fondatrice. Ils
savent que ce que le Christ leur offre, c'est bien plus que la manne au
désert. Car lui-même est don en vue de la vie éternelle, la vie avec le
Père. En lui se manifeste la générosité du premier commencement : la
gratuité de la vie pour une plénitude de communion.
« Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » En mettant
cette question, sur les lèvres de ceux qui écoutent Jésus mais se heurtent à
un langage dont ils ne perçoivent guère le double sens, l'évangéliste Jean
nous invite à progresser.
Aujourd'hui, grâce aux exégètes, nous le savons mieux : la « chair » n’est
pas l'aspect matériel de la vie humaine opposé à un principe spirituel. Au
contraire, cette notion évoque la totalité de la réalité de l'homme et son
insertion dans la création.
Le pain que Jésus nous donne, c'est son humanité, avec ses possibilités et
ses limites. Ce qui veut dire que la foi seule perçoit la présence divine là
où les yeux de la chair voient le scandale de l'ordinaire.
Le Christ nous demande de le recevoir comme un don du ciel afin qu’à notre
tour, nous puissions accomplir la vocation qui nous est adressée. Ce qu’il
nous donne est vraiment nourriture, c'est-à-dire une réalité que nous
pouvons intégrer pleinement dans nos existences qui, à travers cette
assimilation, s'en trouvent fortifiées.
Transformés, relevés de la fatigue des travaux et des jours, soulagés du
poids du péché, nous devenons les témoins d'une autre Alliance. Témoins et
partenaires. Car la vie donnée jusqu'à la croix et reprise dans la force de
l'Esprit ouvre à jamais une brèche dans les impasses de nos infidélités.
Nous en sommes sauvés. Et nous sommes envoyés avec le Christ.
Chaque eucharistie nous le rappelle… Il est vraiment très grand, ce mystère
de foi, ce mystère d’amour !
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