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Saint Sacrement
B dimanche
14 juin 2009
Père Laurent Basanese, jésuite
Frères
et sœurs, l’Eglise nous invite aujourd’hui – les fêtes pascales à
peine terminées – à rendre grâce pour le don sans mesure que nous a
fait le Seigneur, en nous conviant à sa Table et en demeurant présent
au milieu des hommes dans le Saint-Sacrement. Et, non sans raison,
nous sommes dans la joie, car quel est l’amoureux du Christ qui
n’éprouve pas une consolation profonde à s’unir à Lui dans
l’eucharistie, « source et sommet de toute la vie chrétienne », comme
le rappelle le Concile Vatican II (LG 11) ? Souvent même, nous aimons
nous « reposer » dans la contemplation de ce Corps saint offert à nos
regards, au point peut-être que nous oublions que si ce Corps est «
offert », c’est qu’il est livré… Les lectures d’aujourd’hui viennent
d’ailleurs nous « réveiller » d’une compréhension doucereuse du
sacrement eucharistique en évoquant, à chaque fois, la présence du «
sang versé » de manière violente : Moïse qui prend le sang des
taureaux sacrifiés et en asperge le peuple en déclarant : « Voici le
sang de l’Alliance » ; le Christ-Victime qui pénètre dans le
sanctuaire du Ciel en répandant son propre sang, Lui qui avait
déclaré, la veille de sa mort, en prenant une coupe de vin : « Ceci
est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude. »
Qu’est-ce que cela signifie ?
Reconnaissons-le, nous répugnons souvent à parler de « sacrifice »,
voire à évoquer nos origines spirituelles juives et son culte jugé
beaucoup trop sanglant… Nous préférons un Jésus « gentil », maître de
sagesse, qui parle en paraboles, nous met en communication directe
avec le « mystère de la vie », nous ouvre fraternellement sa table au
coucher du soleil ou au petit matin. Tout au plus, nous aimons quand
il se met justement en colère contre l’ancien système, avec tous ces
grands-prêtres, et ce Temple devenu « un repaire de brigands »… Mais
l’autre partie de sa vie – d’abord cachée puis manifestée de manière
éclatante au grand jour – la partie dramatique, le combat, la sueur,
le sacrifice, le rejet, le sang versé et la mort… nous trouvons
difficilement les mots pour en parler, et cela pour de bonnes et de
mauvaises raisons. Une bonne raison, c’est qu’il est bien sûr
toujours difficile de dire ce qui est douloureux, ce qui nous touche
au plus profond. Une mauvaise raison, c’est que nous ne
voulons pas parler de ce qui fâche, nous fuyons, nous occultons –
la souffrance, la mort, le péché – alors même que ce sont des
dimensions présentes et réelles dans notre vie, alors même que c’est
pour cela que le Christ est venu : nous en sortir, et nous faire part,
en échange, de sa vie.
Le Christ
se donne lui-même, en personne : Il n’offre pas un mouton à Dieu, il
n’offre pas non plus de l’argent, il offre sa personne. C’est
ce que signifie son sacrifice : le don du corps et du sang. Quelle
différence, en effet, entre « donner quelque chose », même de très
cher à nos yeux, et « donner sa propre vie » de manière définitive !
Quelle différence entre celui qui dit : « Je te donne une heure de mon
temps précieux », et cet autre : « Me voici, je viens à toi »,
« je me donne à toi » pour toujours, comme se le déclarent des époux
dans le sacrement de mariage. Car jusqu’à preuve du contraire, nous
n’avons qu’une seule vie, un seul corps, une seule histoire… Ce qui
nous distingue cependant du Christ, c’est que Lui ne triche pas : Il
ne donne pas d’une main pour reprendre de l’autre, Il renonce
entièrement à l’amour de sa propre vie, par amour de Dieu et du genre
humain. Pourtant la situation n’est pas désespérée pour nous, bien au
contraire ! Car par ce geste-là du Christ, une voie nouvelle s’ouvre
pour les croyants : la capacité que nous recevons de Dieu de
transformer tout obstacle, toute contradiction, en moyen pour avancer.
Comment ? En offrant aussi à Dieu, par des prières et des
supplications, les dimensions pénibles et obscures de nous-mêmes afin
qu’elles soit consumées par l’Esprit de feu, cet Esprit de vie qui
nous pousse toujours à aller de l’avant et à ne jamais baisser les
bras.
La
solennité d’aujourd’hui nous rappelle que si le culte chrétien n’est
pas d’abord rituel, mais avant tout existentiel (i.e. qu’il s’agit de
nos vies, faites de chair et de sang), le Christ n’est cependant pas
uniquement un « modèle », un « exemple à imiter » de manière
volontariste (« il s’est donné, moi aussi je veux me donner comme lui
»). Car nous n’avons pas la même générosité que Lui, ni la même
ouverture. C’est seulement en nous unissant au Christ par la prière,
en nous nourrissant de sa vie divine dans son eucharistie, en le
contemplant, en écoutant sa parole, que nous pourrons devenir capables
d’élever notre vie jusqu’à Dieu, et de vivre dans une charité
authentique envers tous les hommes. Puissions-nous donc, frères et
sœurs, être renouvelés sans cesse, tout au long de nos existences, par
ce Saint-Sacrement, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.
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