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Fête
Dieu
C
10 juin 2007
Père
Dominique Salin jésuite
Luc 9, 11-17
La faim, je ne sais pas
ce que c’est. Vous non plus, d’ailleurs, probablement. Sauf,
peut-être, quelques-uns des plus âgés parmi nous, qui ont connu
l’Occupation.
C’est pourtant de faim qu’il me faut parler aujourd’hui.
Pas de cette faim
éphémère qu’il a pu nous arriver d’éprouver lorsqu’un jour le soleil
s’est couché sans que nous ayons mangé.
La vraie faim, nous ne la
connaissons que par ouï-dire, ou par les terribles images que nous
montrent trop souvent les médias. La faim, c’est toujours celle des
autres : celle de nos aïeux ou d’hommes qui vivent sur d’autres
continents.
La faim dont il me faut
parler aujourd’hui, ce n’est pas non plus celle des Juifs qui
avaient suivi Jésus au désert pour écouter sa parole. A peine Jésus
les avait-il nourris de pain et de poissons, d’une manière
merveilleuse, qu’ils avaient oublié leur faim. Ils ne pensaient plus
qu’à faire de Jésus leur roi ! Ce rabbin pas comme les autres, il ne
ronronne pas, lui. Il annonce le Royaume de Dieu pour demain : une
ère nouvelle de justice et de paix. Une justice qui donnera la
priorité aux pauvres, qui punira les mauvais riches et les exactions
des puissants. Jésus chassera les impérialistes romains, causes de
tant d’injustices et de souffrances… Ça, c’est de la religion ! Et
de la religion concrète !
Mais nous savons que
Jésus s’était enfui, qu’il avait échappé au vieux rêve de la
violence qui pourrait venir à bout de la violence. Pour Jésus, le
Royaume de Dieu ne saurait advenir par la violence, même au nom de
la justice. Et Jésus était prêt à donner sa vie, à laisser prendre
sa vie pour manifester que Dieu ne veut pas la mort des hommes, même
celle des méchants ; que Dieu veut la vie de tous, le respect de la
vie de tous, à commencer par les plus pauvres et les plus faibles.
Ce n’est pas par la violence que le Royaume de Dieu pourrait être
instauré, mais par la force de l’amour. Ce n’est pas par un projet
politique ou idéologique que le Royaume de Dieu pourrait advenir,
mais par la force de l’amour.
Sa vie : Jésus était prêt
à donner sa vie pour cette conviction-là. Et je comprends dès lors
quelle est la faim dont il me faut parler. Ce n’est pas la faim du
pain avec lequel les puissants de ce monde achètent la liberté des
hommes. C’est la faim de la vie de Jésus, c’est la faim de la
personne de Jésus.
Le chrétien est quelqu’un
qui a faim de Jésus. Il n’a pas faim d’idées ou d’idéologies. Nous
savons la vanité des programmes idéologiques, si généreux
soient-ils, et souvent leurs dangers.
Le chrétien est quelqu’un
qui a faim de la vie même dont Jésus a vécu : une vie entièrement
possédée par l’amour et qui ne compte que sur la force de l’amour. «
Utopie !», diront beaucoup. Mais cette utopie vaut bien les autres.
Charles de Foucauld, Martin Luther King, Thérésa de Calcutta, l’abbé
Pierre en témoignent.
Le chrétien n’est pas
quelqu’un qui adhère à une doctrine ou à un programme. Il n’adhère
pas à un livre. Le christianisme n’est pas une religion du livre. Le
chrétien est quelqu’un qui adhère à une personne, qui veut coller à
une personne, qui a faim de cette personne, qui ne veut faire qu’un
avec cette personne. Il a faim de la vie dont Jésus vit.
En se présentant comme
pain de vie, Jésus ne nous offre rien d’autre que de vivre de sa
vie. Jésus s’est laissé littéralement manger par les hommes. Il veut
continuer à être mangé par eux.
Dans l’Eucharistie, son
corps devient notre corps, son sang, notre sang. Avons-nous faim de
l’Eucharistie ? Avons-nous faim de l’Évangile ? On peut dévorer un
roman ou une BD. On peut les déguster. Est-ce que nous dévorons
l’Évangile ? Est-ce que nous prenons le temps de le goûter ?
C’est par sa parole
méditée, ruminée ; c’est par son corps et son sang assimilés au fil
des jours et des semaines, que Jésus, comme par osmose, peut devenir
nous. Cette réalité incroyable : un de la Trinité se fait nous pour
que nous devenions Lui !
Nous sommes de Dieu.
Notre vocation, c’est Dieu.
Avons-nous faim de la vie
de Dieu ?
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