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Fête de
tous les saints
dimanche 1er novembre 2009
Père Pierre Faure, jésuite
Matthieu 5, 1-12
Chaque année, avec la joie de fêter tous
les Saints, reviennent aussi les Béatitudes, ces paroles si fortes de
Jésus. Heureux ! Neuf fois brille l’éclat de ce mot. Heureux ! Comme
neuf lumières sur un chandelier à neuf branches. Avec, au milieu, la
miséricorde ou la compassion, donnée et reçue, comme la lampe et le
centre du discours de Jésus.
Mais chaque fois que nous entendons ce
mot « heureux », nous sentons bien qu’il s’agit d’un autre bonheur que
celui dont nous parlons habituellement. En effet, sept Béatitudes sur
neuf indiquent un bonheur futur, une promesse, une récompense donnée
par Dieu dans son Royaume : ils obtiendront la terre promise, ils
seront consolés, ils seront rassasiés…
Ceux qui pleurent ne sont pas heureux
parce qu’ils pleurent maintenant, bien sûr, mais, comme disait déjà le
vieil Isaïe, parce que « Dieu lui-même essuiera toutes larmes de leurs
yeux » (Is 25, 8). Les Béatitudes sont une promesse. Elles sont aussi
une prophétie, une annonce du vrai bonheur. Et une prophétie, comme
une promesse, ne peuvent s’accueillir que dans la foi. Accueillir une
promesse c’est y croire. Et c’est surtout faire confiance à la
personne qui promet. Les Béatitudes viennent appeler et susciter en
nous la foi et la confiance en Jésus.
Les Béatitudes sont aussi une révélation.
Par ces paroles si particulières, Jésus nous révèle les attitudes, les
comportements et les valeurs que Dieu attend de nous. Les valeurs qui
construisent son Royaume. Or c’est une manière classique dans la Bible
que de révéler l’action de Dieu chez une personne, tout en la
félicitant de cette action, en d’adressant à elle d’abord par ce mot :
« Heureux ». Par exemple, lorsque Pierre répond à Jésus en lui disant
: « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant » Jésus dit à Pierre : «
Heureux es-tu Simon, fils de Jonas, car ce n’est pas la chair et le
sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux (Mt
16, 17) ». Tout en valorisant Pierre, Jésus appelle et suscite sa foi.
Il demande à Pierre de croire que ce qu’il vient de dire lui a été
inspiré par Dieu lui-même, et non par « la chair et le sang ». De la
même manière, lorsque Jésus veut faire comprendre à ses disciples les
paraboles, il leur dit : « Heureux vos yeux parce qu’ils voient, et
vos oreilles parce qu’elles entendent (Mt 13, 16) ». Mais c’est aussi
Elisabeth, remplie de l’Esprit Saint, qui salue Marie en lui disant «
Heureuse celle qui a cru en l’accomplissement des paroles qui lui
furent dites de la part du Seigneur (Lc 1, 45) ». Et justement
Elisabeth salue la foi de Marie, elle qui a cru à la promesse de Dieu.
Plus près de nous, tout à l’heure, nous
entendrons le prêtre nous dire avant la communion « Heureux les
invités au repas du Seigneur ». Cette phrase, extraite du livre de
l’Apocalypse, suscite notre foi. Elle nous appelle à croire que c’est
le Seigneur qui nous invite à son repas, et à nous engager dans cette
foi en allant communier au corps du Christ vivant.
Rappelons-nous aussi que c’est en
contemplant la vie du Christ que nous voyons s’éclairer les
Béatitudes. C’est lui le pauvre, le doux, le miséricordieux, le Fils
de Dieu, le persécuté pour la justice. Lui seul peut dire de telles
paroles. Et finalement c’est lui le seul Saint, comme nous l’avons
chanté dans le « Gloire à Dieu ».
Mais nous pouvons aller un peu plus loin,
en comprenant que Jésus est aussi le premier à être heureux de ce
bonheur qu’il annonce dans les Béatitudes. J’ai découvert cette
réalité récemment en relisant le Bienheureux Charles de Foucauld. Dans
la contemplation de l’eucharistie, Charles de Foucauld rapporte qu’il
contemple le bonheur de Jésus. Et qu’il devient heureux de ce bonheur
divin, contemplé en Jésus le Bien-aimé.
Etre heureux du bonheur de Jésus, voilà
une belle manière d’entrer dans le chemin que nous ouvrent les
Béatitudes : « Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre
récompense sera grande dans les cieux ! »
Enfin je voudrais reprendre ici le
conseil que le cardinal Barbarin donnait cet été aux jeunes en
pèlerinage en terre sainte, lorsqu’il leur commentait les Béatitudes,
et que je rapporte de mémoire : « Contemplez les Béatitudes.
Scrutez-les. Puis, comme un oiseau venu du ciel pour vous, laissez se
poser sur vous une de ces Béatitudes… celle qui se fait proche de
vous… celle que vous allez apprivoiser… celle qui vous semble donnée
par Dieu lui-même et qui va porter du fruit dans votre vie... » Sage
conseil en effet. Les Béatitudes peuvent nous impressionner par leur
force et leur mystère, et rester, comme un bloc, à distance de nous.
Pour que ces promesses de Jésus prennent vie dans notre vie, il est
prudent de commencer par celle qui se fait la plus proche de nous.
C’est la grâce que je nous souhaite…
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