Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

 Fête de tous les saints

Apocalypse  7, 2...14

Ps 23

1 Jean 3, 1-3

Matthieu 5,1-12


 

 

Fête de tous les saints A                        1er novembre 2005                           

 Père Pierre Faure,  jésuite

 

Fêter tous les saints de l’Eglise c’est d’abord fêter leur nombre et leur proximité.

Pour le nombre, nous pouvons commencer par notre église : 11 statues et 3 portraits, dont le saint le plus récent de l’Eglise universelle : le jésuite chilien Alberto Hurtado. Pour la Compagnie de Jésus, en moins de 500 ans : 50 saints dont 36 martyrs, et 146 Bienheureux dont 139 martyrs. Pour le calendrier catholique romain général : 187 saints et saintes, sans compter au moins le double de saints canonisés depuis par le pape Jean-Paul II. Mais tout cela n’est rien en comparaison de la foule, au ciel, dont parle le livre de l’Apocalypse : 144 000, c'est-à-dire la totalité que symbolise le chiffre douze, lui-même redoublé par 12 fois 1000 ! Et puis « une foule immense que nul ne peut dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues ». Quelle variété dans le don de Dieu ! Quelle solidarité dans le Christ ! Quel appui pour notre prière !

Proximité des saints aussi. Mais au point qu’on ne pense même plus à leur personne lorsqu’on dit : la gare Saint-Lazare, le métro Saint-Paul, le couturier Saint-Laurent, le canal Saint-Martin, la rue Saint-Vincent, le fromage Saint-Marcellin… ainsi, bien sûr, que beaucoup de nos prénoms. Les saints sont donc partout, très proches, très différents et très nombreux. Tellement qu’ils peuvent parfois être victimes de leur succès et masquer la source de la véritable sainteté. Mais il est sûr aussi que chacun de nous pourrait citer une figure de sainte ou de saint qu’il admire, qu’il connaît mieux, et qui est un véritable appui dans sa vie et dans sa marche avec le Christ. Car à travers la vie des saints, c’est le don de Dieu qui nous touche, c’est le Christ qui devient proche de nous et qui prend visage dans une vie proche de la nôtre.

Le texte des Béatitudes que nous venons d’entendre est justement une sorte de concentré de cette sainteté que nous admirons chez tant de saints et de saintes dans l’Eglise. Concentré incandescent et proprement divin. Au point que nous pouvons être impressionnés et comme débordés ou éblouis par ce texte si fort.  Deux petits sentiers peuvent nous aider à nous approcher de cette haute montagne…

Et d’abord comment comprendre ce mot heureux, qui revient neuf fois, et qui peut nous laisse perplexe ? Il ne peut pas s’agir du bonheur, au sens que nous utilisons couramment. On ne peut pas être heureux de pleurer, d’être persécuté ou d’être accusé faussement ! Il nous faut comprendre que dans la Bible et pour Jésus, le seul vrai bonheur, le seul bonheur durable, est de vivre en présence de Dieu. Heureux, ici, veut donc dire : en route vers Dieu, en présence de Dieu, semblable à Dieu, aimé de Dieu. Le mot hébreu que l’on traduit par heureux dans la Bible a d’ailleurs une racine qui veut dire aller, ou conduire vers. On peut donc retenir cette connotation de la marche, du mouvement, pour mieux comprendre les Béatitudes.

Heureux les doux, heureux ceux qui pleurent, heureux les pauvres de cœur, heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car ils sont en marche vers Dieu. Ils s’approchent de Dieu. Ils commencent à lui ressembler. Et Dieu les attend. Contrairement aux apparences, ils avancent, ils sont sur la bonne route, celle qui mène à Dieu, qu’ils seront sûrs de rencontrer au bout de leur chemin. C’est ce que nous voyons chez de nombreux saints et saintes. Pour le règne de Dieu ils avancent, ils inventent, ils entreprennent, ils créent, ils marchent, ils voyagent, ils circulent. Infatigablement. Entièrement tendus vers l’avenir.

Enfin la porte pour entrer dans les Béatitudes, pourrait bien être celle qui est au centre du passage : « Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde ! » C’est la seule qui emploie le même mot dans les deux membres de la phrase : « A ceux qui font miséricorde, Dieu fera miséricorde. » Le mot qui est traduit par miséricorde peut se traduire aussi justement par compassion. C’est le même mot que dans Kyrie eleison : « Seigneur soit pour nous compatissant. » Compassion, miséricorde, tendresse, voila des qualités toujours attribuées à Dieu dans la Bible. Jésus lui-même dira : « Soyez miséricordieux, car votre Père est miséricordieux. » (Luc 6, 36). En étant compatissant et miséricordieux, l’homme ressemble à Dieu, qui est le premier compatissant et miséricordieux. Il se pourrait bien que les autres Béatitudes partent de ce centre et prennent donc leur source en Dieu même. De là viennent la douceur, la paix, la pureté de cœur, et la patience pour supporter les épreuves. Comme dit le psaume : « Qui veut être sage retiendra ces choses, il y reconnaîtra l’amour du Seigneur. »  (Psaume 106, 43).