Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                             

Solennité de tous les saints                                                                               1er novembre 2008

Père Pierre Faure, jésuite                                

Matthieu 5, 1-12

 

Frères et sœurs,

Que nous soyons ou non des familiers du culte des saints, chaque année la Toussaint nous donne une sorte de joie familiale. Et nous pouvons nous laisser faire par cette joie apportée par les saints. Joie étonnée de leur nombre. Joie émerveillée de leur variété incroyable. Joie assurée par leur prière et leur intercession. Joie aussi de se savoir accompagnés d’une telle famille, et de pouvoir compter sur une telle réserve de sainteté. Un peu de la joie du ciel sur la terre. Et pour nous, qui sommes, à des degrés divers, de la famille d’Ignace de Loyola, bonheur de pouvoir s’appuyer sur une telle tradition spirituelle, et d’être ainsi guidés vers le Christ, dans notre prière, dans notre vie et dans nos choix.

Chaque année aussi la liturgie de Toussaint nous revient accompagnée des Béatitudes. Une paradoxale invitation au bonheur, que nous apportent ces paroles mystérieuses de Jésus. Invitation qui chaque fois nous attire… et puis nous déroute, ou nous dérange, en même temps. Comme si la force lumineuse de ces paroles éblouissait notre regard. Comme le soleil que l’on ne peut regarder en face. Car ces paroles portent en elles une sorte d’excès. Excès qui nous déborde, et nous laisse parfois au seuil du mystère.

Et pourtant c’est cet excès là que nous retrouvons dans la vie de nombreux saints. Car il y a de l’excès chez Saint François, chez Thérèse d’Avila, chez Saint Ignace, chez Mère Teresa, chez Thérèse de Lisieux, chez François-Xavier, François-Régis, et chez beaucoup d’autres. Chacune, chacun, à sa manière, a vécu quelque chose des Béatitudes. Leur vie passe les limites habituelles. Et pourtant cet excès fait habituellement notre admiration. Il peut même nous stimuler, aider notre propre conversion et notre suite du Christ. Comme si, à travers la vie des saints, les Béatitudes étaient mises presque à notre portée, et nous devenaient plus lisibles, plus crédibles. Mais surtout, nous ne devons pas oublier que c’est en regardant la vie du Christ que nous voyons s’éclairer les Béatitudes. C’est lui le pauvre, le doux, le miséricordieux, le Fils de Dieu, le persécuté pour la justice. Lui seul peut dire de telles paroles. Et finalement c’est lui le seul Saint, comme nous l’avons chanté dans le « Gloire à Dieu ».
 

N’oublions pas enfin la sainteté que nous accueillons dans la prière liturgique. La présence de la sainteté de Dieu, dans le Christ, est au cœur de la célébration eucharistique. Notre propre sainteté s’y nourrit, et elle fait reculer notre péché.

Un des grands moments de cette prière sainte est le chant du « Saint, saint, saint le Seigneur, Dieu de l’univers… ». Ce texte cite l’acclamation qu’entend le prophète Isaïe alors que Dieu lui apparaît dans le Temple. En ouvrant la Prière eucharistique, ce chant de tous les fidèles fait donc communiquer le ciel et la terre. Et on peut dire que ce chant nous sanctifie par la voix, en nous faisant participer à la sainteté même de Dieu.

Puis le pain et le vin que nous apportons à l’autel vont devenir saints eux aussi de la sainteté de Dieu demandée par la prière. Dans la Prière eucharistique n° 1 que nous prendrons tout à l’heure, le prêtre, en s’adressant à Dieu, dit cette prière : « Sanctifie pleinement cette offrande par la puissance de ta bénédiction, rends-la parfaite et digne de toi : qu’elle devienne pour nous le corps et le sang de ton Fils bien-aimé, Jésus Christ, notre Seigneur. » Une prière qui est d’ailleurs en même temps une action de Dieu. En ce sens nous pouvons dire que nous recevons comme corps et sang du Christ, le pain et le vin, sanctifiés par Dieu lui-même.

Enfin, à force d’habitude il nous arrive de ne plus faire attention que nous disons à chaque prière du Notre Père : «… que ton nom soit sanctifié… » Sanctifier le nom de Dieu nous engage à le reconnaître comme seul Saint. A ne pas l’enfermer dans d’autres images ou dénominations qui nous arrangeraient davantage. Nous sanctifions le nom de Dieu lorsque nous construisons notre vie selon la sainteté de sa présence.

Aujourd’hui, laissons donc venir à nous le témoignage des saints, l’éblouissement des Béatitudes, et notre propre sanctification par la célébration de l’eucharistie. N’hésitons pas à faire provision de sainteté !
 


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