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Toussaint B
mercredi 1er novembre 2006
Père
Jean-Paul Mensior, jésuite
Matthieu
5, 1-12
Dès qu’il est question de bonheur, il y a foule.
Saint Jean, dans l’Apocalypse, voit cette foule au ciel : c’est la
foule des élus. C’est une foule mais ce n’est pas un troupeau anonyme.
Parvenus au ciel par le chemin des Béatitudes, les élus gardent le nom
de leur tribut, leur langue et la couleur de leur peau. Cette
humanité, si diverse sur la terre reste diverse au ciel, où elle est
parvenue. Voici donc la terre au ciel.
Jésus, lui, met le ciel sur la terre. Que voit-il ? Une foule de
pauvres gens, avec toutes les peines de ce monde inscrites sur leur
visage. Et que fait-il ? Non pas un discours sur le bonheur. Non. Il
fait la lecture de ces visages qui l’écoutent, et de ces yeux qui le
regardent. Et par cette lecture, il révèle la réserve secrète de
bonheur, le secret de Paradis que chacun ignore, mais qu’il porte
quand même en lui, la semence de sainteté qui dort en tout homme. Oui,
Jésus contemple la promesse d’une vie insondablement heureuse, encore
enfouie dans les visages qu’il regarde. Et il ose réveiller le bonheur
qui les habite : « Heureux êtes-vous… »
Chacune de ses phrases commence par ce mot :heureux… mais ce qu’il dit
ensuite nous déconcerte, car l’homme que Jésus déclare heureux, nous
le disons plus volontiers malheureux. Qu’en est-il ?
Tout à l’heure, au ciel, Jean a été interpellé par un ancien : « Mais
tous ces gens-là, d’où viennent-ils ? » Réponse de Jean : « De la
grande épreuve ». Quelle épreuve ? La grande épreuve de la vie :
l’épreuve de la misère mais aussi de la richesse, l’épreuve de la
maladie, mais aussi de la santé, l’épreuve de l’échec mais aussi de la
réussite. Et puis aussi, pour tous, l’épreuve du monde, où il faut
avoir pour paraître, et paraître pour dominer.
C’est ce système que Jésus conteste par les Béatitudes, en nous
invitant à accueillir le vrai bonheur, dont Dieu seul a le secret,
mais qui n’est pas loin de nous. Car les Béatitudes ne nous parlent
pas de nos points forts mais de nos points faibles…et c’est pour cela
qu’elles continuent à nous toucher.
En effet, personne d’entre nous ne peut dire que, par un côté ou par
un autre il n’est pas un pauvre. Personne ne peut dire qu’il n’a pas,
cachées au fond de son passé une ou plusieurs raisons légitimes de
pleurer. Aucun d’entre nous ne peut dire que, avec ce qu’il apprend
chaque jour de la vie du monde, ou avec ce qu’il supporte dans sa
propre existence, il n’a pas senti en lui, un jour une faim de
justice.
Or, ce que Jésus nous apprend, .c’est qu’il y a du bonheur en germe
dans notre pauvreté, dans nos larmes, dans les injustices subies. Et
que c’est à partir de notre vie la plus personnelle que nous pouvons
devenir des artisans de paix, des consolateurs pour tous les affligés,
des cœurs purs qui s’ouvrent à tous sans retenir captifs ceux qu’ils
aiment, des hommes et des femmes capables de désarmer la violence
meurtrière par leur douceur. Car Jésus ne nous offre pas un bonheur
standard. Il offre à chacun un bonheur aussi personnel que sa propre
histoire
Une chose est certaine: par ces Béatitudes, Jésus appelle tout homme à
la sainteté. Personne n’a le droit d’invoquer son indignité pour dire
que la sainteté n’est pas pour lui. Alors, qu’est-ce ce qui nous
arrête ? Quelque chose de très courant et de tragiquement banal, qu’on
l’appelle la tiédeur, ou la médiocrité dans laquelle nous nous
installons si facilement.
Alors, frères et sœurs, en cette fête de tous les saints louons
ensemble le Seigneur pour le germe de sainteté qu’il réveille en
chacun de nous. Qu’il lui donne croissance et force, pour sa plus
grande gloire, et pour notre joie.
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