Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                


Homélie             

                                                                                             

Dimanche de la Sainte Trinité (A)                                                                                                   18 mai 2008

Père Jean-Marc Furnon, jésuite                                                           

Exode 34, 4…9 - Cantique de Daniel – 2 Corinthiens 13,11-13 – Jean 3,16-18

Fêter la sainte Trinité c’est d’abord de laisser l’Esprit Saint nous faire souvenir de Jésus qui a révélé explicitement à ses disciples le mystère Trinitaire. Sur les routes de Palestine, il leur a beaucoup parlé du Père, Celui qui l’a envoyé. Lors du discours après la Cène, il leur a promis l’Esprit Saint le relayant lui-même.

Ce que nous venons d’entendre de saint Paul aux Corinthiens, dans la première lecture, est une trace de la foi trinitaire de l’Eglise vingt ans après la résurrection de Jésus : « Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu (le Père) et la communion de l’Esprit Saint soient avec vous tous » (2 Co 13,11-13).
 

Fêter la sainte Trinité c’est se souvenir que Dieu est en lui-même échange, vie, réciprocité, don de soi, communion. C’est aussi se souvenir que l’homme est appelé, par grâce, à participer à ce mystère trinitaire. Lors de la dernière Cène, Jésus l’a promis à ses disciples : « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; je vais vous préparer une place. Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi afin que là où je suis, vous aussi vous soyez » (Jean 14, 2-3). Nous l’attendons et nous le proclamons à chaque anamnèse.

La divinisation de l’homme n’est pas une promotion comme si l’on montait de plusieurs marches dans une carrière. La divinisation de l’homme c’est d’être appelé et de consentir à entrer progressivement sur un chemin de désappropriation de soi pour se réjouir de la vie qui est donnée à travers l’autre. Lorsque le Père envoie le Fils, le Père se retire. Lorsque le Fils nous promet l’Esprit, il se prépare à se retirer en se réjouissant profondément pour nous – « Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète » (Jn 15,11). Sa joie c’est que nous recevions la vie de Dieu par l’Esprit Saint et que nous puissions être des vivants en communion avec Lui, le Père et l’Esprit.

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique (unigenitum/monoge)» (Jn 3,16). C’est l’amour qui se donne. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » est le chiffre de nos vies. Ce point est au fond de toute l’Ecriture. Cette apparente perte de soi dans l’amour vrai, dans la vie du Christ Jésus et dans la vie de chacune des personnes de la Trinité renvoie à l’être de Dieu et à l’être de l’homme. Cette « perte de soi » n’est pas une sorte de philosophie qui inviterait à « endurer la souffrance » pour rien ; il faudrait se faire une raison dans une sorte de stoïcisme. Non, il s’agit d’une adhésion à la personne du Christ, il s’agit d’entrer dans son mystère même et par lui dans le mystère de Dieu ; un mystère qui se manifeste dans l’eucharistie où Dieu se donne pour nous et se remet entre nos mains.

La résistance à ce chemin de désappropriation de soi fait de nos vies des vies médiocres. Son acceptation peut renverser complètement nos vies. Alors cherchons résolument à rendre grâce à Dieu pour la présence et la discrétion de chacune des personnes de la Trinité et pour le don qu’il nous fait à travers les autres plutôt que de nous attrister de ce qui ne nous est pas donné selon nos vues.
 

Jean Baptiste est entré, par grâce, dans ce mystère trinitaire lorsqu’il dit au sujet de Jésus : « Il faut que lui grandisse et que moi je diminue » (Jn 3,30). C’est déjà le mystère du Serviteur que Jésus a inscrit pour toujours dans nos mémoires au cours du lavement des pieds.

Saint Ignace, dans les exercices spirituels, invite celui ou celle qui les vit, au moment de contempler le mystère de la résurrection de Jésus, à demander la grâce suivante : « éprouver intensément l’allégresse et la joie pour tant de gloire et de joie du Christ notre Seigneur ». Non pas pour jouir de ma joie de le retrouver, ce qui est bien compréhensible, mais de me réjouir de ce que, lui, soit dans la joie et la gloire.

C’est l’opposé même de la jalousie. La jalousie nous fait croire que le don et la joie donnés à l’autre seraient comme quelque chose qui me serait enlevé ou refusé; le « moi » restant finalement le centre de tout. Le lieu où ce combat et ce discernement se jouent c’est notre vie personnelle, de couple, de famille, notre Congrégation religieuse; au travail, à l’école, dans une vie de retraité, dans la communauté chrétienne…
 

La vie trinitaire est décentrement de soi, relation, ouverture au mystère et à la mission de l’autre dans la communion entre les personnes divines et dans le même désir du salut, de la vie de l’humanité et l’accueil en Dieu de cette humanité.

Dans l’amour du Père, du Fils et de l’Esprit, il y a place pour nous et pour tous les hommes dans la vie trinitaire. Nous sommes attendus en Dieu.
 


 


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