Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

Sainte Trinité B                                                                                  dimanche 7 juin 2009

Père Michel Farin, jésuite           

     « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre », dit Jésus ressuscité à ses disciples, sur la montagne, avant de les quitter.
Ce n’est pas le pouvoir sur tous les royaumes du monde que l’esprit diabolique lui avait fait miroiter, au désert, sur une autre montagne, à condition de se soumettre au fantasme de toute puissance.
Ce pouvoir que Jésus a reçu, d’abord il ne l’a pas pris, il lui a été donné gratuitement, et d’autre part il s’exerce au ciel et sur la terre, ce que le démon de l’idolâtrie du pouvoir ne pouvait lui offrir, le ciel étant la demeure où Dieu seul règne.
« Tout m’a été remis par mon Père, le Seigneur du ciel et de la terre » a dit Jésus.
Quel est donc ce pouvoir que Jésus a reçu de Dieu, comme Christ mort et ressuscité ? Il est signifié par le baptême offert à toutes les nations, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Ce baptême est le signe d’une nouvelle création, d’une re-création qui fait entrer à nouveau l’humanité, par le pardon gratuit de Dieu, dans l’Alliance avec son Créateur dont elle avait douté.
Cette nouvelle Alliance que Dieu avait déjà promise à Israël au temps de l’Exil, par ses prophètes, il l’a réalisée par son Fils, ce dont témoigne Jésus sur la montagne, en révélant ce qui demeurait jusque là encore voilé.
D’abord le fait que l’élection d’Abraham et de son peuple signifia déjà l’élection de tout homme, de toute nation contenue dans l’acte créateur de Dieu.
Nous venons d’entendre, dans le Deutéronome, cette exclamation de Moïse : « Est-il un Dieu qui ait entrepris de se choisir une nation, de venir le prendre au milieu d’une autre, à travers des épreuves, des signes et des prodiges…comme tu as vu le Seigneur Ton Dieu, le faire pour toi en Egypte ? »
Cette élection qui a fait d’Abraham et de son peuple libéré de l’esclavage, quelqu’un d’Unique pour Dieu, était destinée à dire à chaque homme de chaque peuple qu’il est l’Unique pour Dieu et qu’il est appelé à se confier totalement en son Créateur qui devient l’Unique pour lui. L’histoire humaine se révèle être une histoire d’amour.
La mort et la résurrection de Jésus, en dévoilant ce désir de Dieu pour tout homme, a révélé en même temps que cette élection est fondée sur le don de la vie divine, gratuit et sans condition, dans l’acte créateur qui ne se reprendra jamais. L’acte créateur se révèle être un acte d’amour sans retour, impliquant d’avance le pardon.
Voilà ce que signifie le baptême que Jésus commande à ses disciples d’offrir à toutes les nations.
Mais ce baptême n’est pas donné au seul nom de Dieu Unique comme autrefois quand Dieu a libéré son peuple d’Egypte en lui faisant traverser les eaux comme un premier baptême, il disait à Moïse : quand je vous aurai fait sortir d’Egypte, vous saurez que je suis le Seigneur (Yahvé) et les Egyptiens sauront qui je suis. Le seul Créateur, l’unique origine du monde, qui ne peut supporter que son peuple, figurant de son humanité, soit réduit en esclavage par l’idolâtrie Pharaonique.
Maintenant, dans la libération de tout mal par le pardon, donné à tout homme, que signifie le baptême, chacun de nous est appelé à reconnaître que Dieu est Père, Fils et Esprit.
Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit.
Nouvelle libération, nouvelle révélation sur l’être même de Dieu qui confie à tout homme le secret de son intimité Trinitaire. Cette confidence nous dépasse infiniment et en même temps elle nous touche au plus profond et nous bouleverse. Ce mystère de la Trinité, que nous célébrons aujourd’hui, nous ne pouvons le comprendre en le réduisant à un savoir et pourtant il est la source de notre joie qui devient alors celle même de Jésus que l’on peut percevoir derrière ses paroles sur la montagne.
Jésus tressaillit de joie sous l’action de l’esprit Saint, nous rapporte St-Luc, en disant : « je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir. Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connait le Fils si ce n’est par le Père et nul ne connait le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler ».
Ces paroles de Jésus font merveilleusement écho à cet envoi des disciples au monde entier. C’est la joie du tout petit auquel est révélé le secret qui demeure caché aux sages et aux intelligents parce qu’il ne peut pas devenir un objet de possession. Jésus dit que cette révélation est absolument gratuite. Si le Fils parle au cœur de tout homme c’est parce qu’il le veut bien, c’est-à-dire par amour, sans que personne puisse en revendiquer le droit.
Tel est bien le mystère de la Trinité que nous essayons d’exprimer dans nos termes humains, par cette connaissance mutuelle que donne seul l’amour absolu entre Père et Fils. Cette connaissance est si libre de toute possession qu’elle s’exprime dans un Esprit qui n’appartient ni à l’un, ni à l’autre, l’Unique qu’est l’Un pour l’Autre. Dieu est Amour, a dit St-Jean.
Ce mystère nous le connaissons, à chaque fois que, tout-petits, nous nous abandonnons entre nous à l’expérience de l’amour et du pardon, entrant ainsi dans l’intimité trinitaire de Dieu, devenant fils dans l’Esprit Saint (St Paul). Et en même temps nous reconnaissons alors que Jésus est bien avec nous pour toujours jusqu’à la fin du monde.
 


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