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Trinité
C
3 juin 2007
Père
Jean-Paul Mensior, jésuite
Tout au long de son histoire, Israël n’a cessé d’entendre, d’oublier
et puis de réentendre par la voix de ses prophètes, la révélation
bouleversante d’un Dieu qui n’est ni monolithique, ni solitaire,
mais qui est tout entier échange, communication , et relation.
Jusqu’au jour où ce
Dieu qui n’a cessé de s ‘ approcher de l’homme profère sa parole
décisive en nous donnant son Fils, qui est toute sa Parole. Et,
comme l’écrit Jean de la Croix, « il n’a pas d’autre parole à nous
donner. Il nous a tout dit à la fois en cette seule Parole. » Ce
qu’il nous dit, après l’évangéliste, c’est que l’amour est le
premier et le dernier mot de son dessein: « Dieu a tant aimé le
monde, qu’il a donné son Fils unique… »
Ce Fils qui nous a été
donné, nous savons par lui que, venant du Père, il retourne au Père.
Mais il n’y retourne pas seul. Ayant pris et assumé notre humanité,
il y retourne, nous dit-il, pour nous y préparer une place , afin
que nous, ses frères de race, nous soyons avec lui.
Et si nous nous
demandons où est notre place dans cette Trinité que nous célébrons
aujourd’hui, la réponse est claire : notre place auprès du Père,
c’est d’y être comme fils, avec le Fils unique, vivant du même
Esprit – cet Esprit qui assure notre communication filiale avec
Dieu, et notre communication fraternelle avec les autres.
C’est donc le Fils qui
nous mène au Père, dans l’Esprit. C’est lui qui nous introduit dans
la vie qui fait battre le cœur de Dieu. Et c’est pourquoi
l’originalité absolue du christianisme c’est de croire au Christ,
comme en celui qui nous fait vivre. C’est ce que nous dit encore
Saint Jean : « Dieu nous a donné son Fils pour que tout homme qui
croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie. »
C’est dire que le
Christ nous mène vers un Dieu que nous savons maintenant appeler par
son nom : non pas Dieu-juge, mais Dieu-sauve, non seulement
Dieu-avec-nous, mais Dieu-pour-nous, toujours.
Nous disons « Dieu a
tant aimé le monde… », mais cette phrase est à mettre au présent :
Dieu aime le monde – et il continue à montrer qu’il l’aime en nous
envoyant vers lui, nous, ses enfants, pour l’aimer – et l’aimer
d’autant plus qu’il est plus pécheur et plus loin de son Père. Telle
est la mission qui nous est confiée. Tel est aussi le risque que
Dieu prend avec nous, car il dépend en partie de nous de faire
réussir le dessein de Dieu, de faire que sa parole créatrice de
paix, de justice et d’amour, continue à s’incarner dans l’humanité,
comme elle a pris corps, un jour, en Jésus de Nazareth.
Je sais bien que ce
que je vous dis là, et que vous connaissez, est dérisoire ou insensé
pour une conscience contemporaine. Tellement cette dépendance à Dieu
dans la foi est ressentie par l’homme d’aujourd’hui comme une
contrainte intolérable, qui nous empêche de grandir, et aliénante.
Pourtant, depuis deux
mille ans et aujourd’hui encore, tous ceux qui tentent l’aventure de
la foi peuvent en témoigner : cette foi au Christ ouvre en nos cœurs
un chemin infini de vie, de paix, de liberté, de force, de patience,
d’espérance : en employant ces mots je nomme ce que Paul appelle les
fruits de l’Esprit – cet Esprit qui nous parle au cœur en nous
redisant sans cesse que nous ne sommes pas des enfants perdus.
De toutes les
confidences que le Christ nous a fait, il y en a une qu’il ne faut
jamais oublier car elle fonde notre paix et nous permet de tout
affronter. Elle tient en une petite phrase : « Le Père vous aime. »
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