Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

dimanche de la Trinité C

 

Proverbes 8, 22-31

Psaume 8

Romains 5, 1-5

Jean 16, 12-15
 

 

 

 

Dimanche de la Sainte Trinité C

Père Yves Simoëns,  jésuite

 

« Le Seigneur » : tel est le tout premier mot des lectures bibliques proposées en cette fête de la Sainte Trinité. C’est le Nom de Dieu, réduit en fait à quatre lettres : YHWH, le « tétragramme ». La Sagesse en parle, alors qu’elle s’exprime elle-même à la première personne : « Le Seigneur m’a acquise, commencement de sa voie ! » Elle parle bien du Seigneur d’Israël, du Seigneur de Moïse.
« S’ils me disent : “Quel est son nom ?”, que leur dirai-je ? », demande Moïse au Seigneur (Exode 3,13). « Dieu dit à Moïse : “Moi, je suis qui je suis !” » (Exode 3, 14).

« Moi, je suis qui je suis » ouvre déjà à la plénitude du Père. De l’intérieur de ce Nom, Dieu se dédouble en quelque sorte : « Moi, je suis qui je suis ». Si, d’autre part, le Seigneur « acquiert » la Sagesse, c’est donc qu’il engendre la Sagesse. Quand Ève, par exemple, donne naissance à son premier-né, elle « acquiert » Caïn (Genèse 4, 1-2). Que dit dès lors la Sagesse du « Seigneur-YHWH » ? D’abord qu’Unique, Il n’est pas « seul » ! Il est Dieu-Père engendrant le monde grâce à sa Sagesse, distincte de Lui. Mais s’Il engendre le monde, Il est aussi avant que le monde ne fût ! Nous l’avons entendu dans l’hymne de la Sagesse :
« Le Seigneur m’a acquise commencement de sa voie avant ses œuvres les plus anciennes…, avant l’origine de la terre ; quand les abîmes n’étaient pas, je fus enfantée, avant les sources jaillissantes, avant les abîmes, avant les montagnes et les collines… »

Dieu ne se découvre que par ce qu’il fait. Mais pour « faire » quoi que ce soit, Il est d’abord Lui-même insaisissable pour mieux se donner, source paternelle de toute vie. Ses œuvres témoignent de Lui. Sa Sagesse permet en ce sens de Le chercher et, L’ayant trouvé, de Le chercher encore. Mais c’est encore grâce à Lui. C’est Lui qui envoie Moïse, les Sages, les prophètes et les martyrs en mission, et jusqu’à son propre Fils dans la chair. Il est source de tout bien, source de tout don, Donateur sans fond.    « Dieu est Amour » (1 Jean 4, 8.16). L’affirmation de saint Jean résonne en conformité avec le Seigneur, Créateur et Père.
Dieu, Père, n’est pas seul. Il est au moins avec sa Sagesse. Il crée par sa Sagesse. Cette Sagesse se présente à son tour comme un « Je » féminin qui parle. Elle se définit aussi par ce qu’elle fait. Elle rend ainsi sensible à l’Esprit. Elle reformule l’Esprit qui « volette » sur les eaux primordiales de la Genèse (Genèse 1, 2). Un texte plus tardif, le Livre de la Sagesse, l’explicitera :
« Dans la Sagesse, il y a un Esprit intelligent, saint, unique, multiple, subtil », bref un Esprit affecté de vingt-et-un adjectifs pour dire sa perfection et ses nuances infinies (Sagesse 7, 22-23).
La Sagesse comme l’Esprit, en hébreu, sont du féminin. L’une et l’autre viennent donc tempérer ce que la représentation de Dieu pourrait avoir de trop masculin et paternel. Isaïe ne cessera d’y insister : Dieu Père est aussi Mère.
« Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fruit de ses entrailles ? Même si les femmes oubliaient, moi, je ne t’oublierai pas ! » (Isaïe 49, 15).

Il n’y a pas d’incompatibilité entre la fête de la sainte Trinité et la fête des Mères !
Si Dieu crée à son image, selon sa ressemblance, le masculin et le féminin (Genèse 1, 27), l’homme et la femme, ’îsh et ’îshshah (Genèse 2, 23), Il ne peut qu’être en Lui-même communion -irreprésentable- d’Amour. Dieu-communion, Dieu-Amour fonde dès lors la communion et la communication entre ciel et terre, entre lui, le Seigneur YHWH, et « les fils d’Adam », dernière expression de notre texte de Sagesse créatrice.
« J’étais à ses côtés comme une petite-fille -plutôt qu’ “architecte” ou “maître d’œuvre”-, y trouvant mes délices jour après jour, jouant devant lui à tout instant, jouant sur la terre et trouvant mes délices avec les fils d’Adam » (Proverbes 8, 30-31).

Le Fils surgit donc au terme de cette hymne, comme joie du Père et joie de la Sagesse-Esprit, à travers « les fils d’Adam ». Là où il y a les fils d’Adam, il y a déjà la Parole faite chair ! Les humains se définissent en effet par la parole. Tout est créé par le Père en sa Sagesse, mais c’est aussi par sa Parole. Sa Sagesse n’est pas seulement l’Esprit. Elle est aussi la Parole. On le voit dans les mots mêmes de la Sagesse qui parle. Le premier chapitre de la Genèse le répète à l’envi : « Dieu dit… et cela est ». Si Dieu parle, sa Parole efficace nous crée comme des êtres parlants. S’Il crée, c’est donc pour donner la parole. Il crée en parlant pour nous apprendre à trouver notre propre parole créative. Le Père nous met à notre tour, femmes et hommes, en position de parole faite chair et de chair faite parole. Jésus est le Fils unique, la Parole par excellence du Père. Mais c’est pour nous, en notre faveur. Cette Sagesse-Esprit nous configure au Verbe du Père. C’est en nous communiquant Jésus, comme Fils et Parole du Père. Le dernier passage sur l’Esprit Saint dans le Discours de la Cène selon Jean, que nous avons entendu, le répète à trois reprises :
. « Ce qu’il dira, ce n’est pas à partir de lui-même : il dira tout ce qu’il aura entendu, et ce qui va venir, il vous le communiquera ; il me glorifiera, car il recevra du mien et il vous le communiquera. Tout ce qui est au Père est mien ; voilà pourquoi je vous ai dit : il reçoit du mien et il vous le communiquera » (Jean 16, 13-15).

La Sainte Trinité n’est pas ailleurs que là où nous sommes. Le mystère de la paternité de Dieu dit le mystère de l’humanité selon ce Cœur de Père et de Mère. Il faut le Cœur transpercé du Fils pour chercher à nous le faire comprendre. C’est son plus ardent désir pour tous, dans son Esprit d’Amour.