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Vendredi Saint (B)
Célébration de la Passion du Seigneur
Jean 18, 1-19, 42
Père Dominique
Cupillard, jésuite
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vendredi 6 avril 2012
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Chaque année, nous recevons ce récit de la passion, de plein fouet,
comme la nuit, comme une gifle qui nous frappe en plein visage. Qui
nous frappe, car chaque coup porté, ici, atteint à la fois celui qui
le reçoit et celui qui le donne. C’est ensemble,
que victime et
bourreaux, marchent vers le calvaire, et c’est leur incroyable
communion qu’il nous faut méditer du début à la fin de ce chemin de
croix, c’est ensemble que Dieu et l’homme vivent et continuent à vivre
la passion.
Au soir de ce
vendredi saint, le grand brasier de la douleur humaine s’éteint
lentement sur la colline du Golgotha où pendent trois pantins
écarlates. Et il pleut maintenant quelque chose, comme une averse,
cette averse de paix, qu’on nous avait promise : Gloire à Dieu
et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. D’où vient
cette impression d’être délivrés d’un poids, qui pesait sur nos
épaules ? Bienheureuse passion dit le canon romain.
Tout
ce qui nous fait peur est arrivé à Dieu. Plus de croix sans Dieu
dessus. Nous
ne sommes plus seuls à souffrir, plus seuls à mourir. Oui, il nous est
bon ce soir d’être à l’ombre de ces gibets devenue sédative. Et de
demeurer
sous
ce grand arbre, sous ce grand Christ : l’envergure qui dévoile notre
misère est aussi celle qui nous fait grâce.
On a
fait de la passion, une sorte d’orgie de violence et de sang. C’est un
reliquat païen. Le Dieu de Jésus-Christ ne réclame pas le sang, ni le
nôtre ni celui de son Fils. Ce qui frappe dans les récits de la
passion, c’est leur sobriété. Aucune accusation. Pas de surenchère
dans l’horreur ou dans l’émotion. Jésus n’a pas besoin de notre sang
ou de nos larmes, pas plus que de l’épée de Pierre. Dans l’évangile de
Jean, que nous venons d’entendre, le sang ne coule pas pendant la
passion mais après, quand tout est achevé, du côté ouvert du Christ,
pas comme un signe de mort, mais comme un signe de vie. Quand le sang
coule dans la passion, c’est pour donner la vie. C’est la puissance de
la vie qui triomphe sur la croix. Ce ne sont pas nos larmes que Jésus
Christ réclame, c’est le don de nos vies, à sa suite, par amour :
Je suis Jésus que tu persécutes…Que dois-je faire pour toi Seigneur ?
Cette question de Paul, après qu’il a commis le pire, est la
question cruciale. Qu’ai-je fait pour le Christ, qu’est-ce que je
fais pour le Christ, que dois-je faire pour le Christ ? demande
saint Ignace devant Jésus en croix.
Pour
l’heure, frères et sœurs, nous enfoncer dans le mystère : le fer qui
atteste la chair, la chair qui atteste le bois, le bois qui atteste
l’amour. Adorer Dieu caché, dans ce crucifié qui ne règne que par le
bois : embrasser ses plaies, vénérer cette croix. Dieu est
mort, l’homme est mort : le message de la croix dément
cette prophétie moderne. Voici Dieu ! Voici l’homme !
C’est moi nous dit Jésus Je vous l’ai dit c’est moi.
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