Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

Jean 18,1-19,42

 

 

Vendredi Saint B                                                                         14 avril 2006                      

 Père Patrick Goujon,  jésuite

 

 Frères et sœurs,

Dieu règne aujourd’hui.

La méditation de la Passion selon Saint Jean nous conduit au point d’une décision : suis-je prêt à accepter que Dieu règne sur ma vie ? Etrange question, que le croyant est invité à se poser, alors même que l’idée de domination n’est pas pour nous séduire. Etrange acte de foi, aujourd’hui surtout, alors que le règne de Dieu se manifeste dans un roi de dérision, un homme bafoué, méprisé. Un homme mis à mort.

Dans Saint Jean, Jésus est un homme entièrement tourné vers Dieu. C’est ainsi qu’il est entré dans sa Passion, déclarant à ses disciples au moment où il leur annonçait sa mort : « Le monde saura de cette façon que j’aime mon Père et que j’agis conformément à ce que mon Père m’a prescrit ». Cet homme Jésus a considéré que sa mort valait mieux que la réponse violente qu’il aurait pu apporter : organiser un soulèvement, se saisir du glaive que son disciple Pierre portait à son côté. La Croix était la seule réponse compatible avec sa vie et son enseignement. En se livrant, Jésus a brisé le mur de la haine.

Cette libération du mal, pour laquelle Jésus mit tout son être, ne s’est pas opérée sans douleur. Jésus l’avait dit peu de temps avant sa Passion, avec une comparaison familière à toutes les générations : « Lorsque la femme enfante, elle est dans l’affliction puisque son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus de son accablement, elle est toute à la joie d’avoir mis un homme au monde ». Jésus est dans l’affliction ; mais il est pour nous en travail d’enfantement. C’est l’heure où la promesse faite à Nicodème, de naître de nouveau, est en train de venir au jour.

Aujourd’hui, Dieu règne par la Croix de son fils. Jésus le Christ ne fait qu’un avec le projet de son Père, sa volonté : qu’aucun homme ne soit perdu. Le Père aime le monde. Jésus nous révèle que rien ne pouvait arrêter cet amour. Mais cela a une conséquence pour celui qui est saisi par la force invincible de cet amour : c’est toute ma vie qui est entraînée dans le sillage de cet élan de telle sorte que je ne puisse rien faire ou rien dire qui aille contre la vie que Dieu veut pour nous. Que cet amour déraisonnable vaille la peine de donner sa vie : bien des hommes et des femmes aujourd’hui le manifestent dans la gloire discrète de leur humble existence.

Ce que Jésus a choisi aujourd’hui, ce n’est pas la mort. Mais orienté entièrement vers Dieu, il n’a rien entrepris contre le dessein de son Père. Aujourd’hui l’amour de Dieu règne dans le cœur de Jésus Christ sur la Croix. Il est pour nous. Laissons-nous attirer par ce roi de gloire.