Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

Vendredi Saint B                                                                                             10 avril 2009

Père Laurent Basanèse, jésuite           
 

Le Christ est mort. L’espérance des hommes n’est plus. Beaucoup avaient cru que ce Messie allait changer notre terre, mettre au pas l’oppresseur, relever les accablés, faire resplendir la vérité, établir un royaume de paix de manière durable, et même pour toujours... Nous l’avons cru ! Et voilà que le monde, encore une fois, gagne, humilie, manifeste son pouvoir avec la pire violence : le monde et sa loi demeurent, implacables, arrogants ; le Christ et sa grâce sont passés et ne sont plus. Comment, nous dit-on, avoir cru à une pareille fable ? Comment avoir cru, même un instant, que la douceur, l’oubli de soi, l’acceptation « bienheureuse » des épreuves et des souffrances pouvaient vaincre les forts ? N’est-il donc pas évident ce soir que tout cela n’était qu’illusion, que nous avons pris nos désirs d’une vie meilleure pour la réalité (que nous avons projeté), que si même le Christ – le Fils de Dieu – a échoué, alors évidemment tous ceux qui le suivent échoueront aussi ? Voulez-vous vraiment mourir comme lui ? Ne vaut-il pas mieux profiter de ce monde, rejoindre les gagnants et, au moins, mourir de manière digne ? Car on ne sait pas ce qu’il y a après, et dans le doute, on choisit le plus sûr. Or une vie confortable, maintenant, est possible moyennant quelques compromis. En revanche, la leçon à tirer de cet homme-là, Jésus, est qu’il ne faut surtout pas suivre son exemple, car sa vie aboutit à l’humiliation et au néant. Ou alors, vous êtes irresponsables et fous !

Peut-être, peut-être… Laissons-les dire ces voix de malheur qui manipulent le langage humain pour mieux nous endormir. Car oui, nous préférons être considérés fous avec le Christ, plutôt que de pactiser avec cet esprit de mensonge et de dérision que nous connaissons trop bien. Jamais personne n’a parlé comme cet homme ; et nous perdrions encore notre temps à écouter ces discours faciles, bien-pensants et faussement raisonnables ? Jamais personne ne s’est dépensé autant pour venir en aide aux pauvres, aux malheureux et aux pécheurs ; et nous irions nous reposer maintenant alors qu’il y a encore tant à faire ? Jamais personne n’est allé aussi bas, aussi loin, au bout de sa foi, en payant pour nous le prix du sang, pour rejoindre tous les hommes, et pour montrer au monde jusqu’où va son amour ; et nous resterions indifférents, les bras croisés, nous contentant d’une vie médiocre, pleine de compromissions, sans nous battre, sans vouloir aimer comme Lui nous a aimé ?

Ce soir, frères et sœurs, nous ne pleurons pas seulement la mort ignoble de notre Chef, notre Roi, le Christ. Mais nous trouvons surtout, dans sa passion pour Dieu et pour les hommes, le désir et la force de transformer – comme Lui et avec Lui – toute épreuve, toute séduction, en défi pour témoigner que la vie, la véritable vie, est au-delà des apparences, et que cette vie-là peut être choisie, embrassée. Le monde a voulu nous effrayer en déployant toutes ses armes de terreur et d’angoisse contre le Juste ? Nous les considérons maintenant dérisoires, en voyant la paix donnée par le Christ, Lui qui se charge de toutes nos fautes passées et les pardonne, la paix qui rayonne sur son visage défiguré. Le monde a voulu nous séduire en nous promettant une vie douillette pour quelques dizaines d’années ? Nous préférons maintenant, sans hésiter, l’amour du Christ dans l’inconfort, plutôt que de jouir pour un temps du péché. Qu’est-ce qui nous arrêtera ? La mort même a été engloutie avec le Christ ; l’Ennemi, jaloux de la nature humaine assumée par le Fils de Dieu jusqu’au sang versé, s’est fait piéger : il a échoué. Par la passion et la Croix, le monde ancien est renversé, renouvelé, et du côté transpercé du Christ, jaillit la joie du Royaume, ouvert désormais à tous les hommes, pour la gloire de Dieu.
 


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