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Vendredi Saint
(C) 6 avril 2007
Père Michel Farin, jésuite.
Célébration de la Passion
Les récits de la
Passion de Jésus, et particulièrement celui de Jean que nous venons
de chanter, sont écrits pour nous donner à entendre au-delà du
silence où ils nous conduisent, la Parole qui va jaillir du tombeau :
"Paix à vous !".
Parole souveraine qui
traverse toute l'horreur de l'histoire humaine dont rien ne nous est
caché par ce récit qui, miraculeusement, échappe à toute
dramatisation. En particulier, il n'y a aucune accusation, contre
personne dans la visée de ce récit. Seulement un récit porté par un
Esprit qui nous bouleverse en nous touchant d'une façon mystérieuse,
inconnue. Un Esprit qui nous échappe, au delà de tout sentiment et
qui pourtant nous émeut, au plus profond de nous, là où nous sommes
créés à l'image de Dieu.
Soumis au déchaînement de
toutes les passions humaines, Jésus vit une Passion souveraine.
Soumis à tous les pouvoirs, il demeure libre, dans une initiative
royale.
D'où es-tu ? lui demande
Pilate. Jésus ne lui fit aucune réponse.
Tu refuses de me parler à
moi ? Ne sais-tu pas que j'ai le pouvoir de te relâcher et le
pouvoir de te crucifier ?
"Tu n'aurais aucun pouvoir
sur moi, si tu ne l'avais reçu d'en-haut."
Jésus signifie ainsi la
légitimité du pouvoir politique dans l'ordre de l'histoire humaine.
Mais comme toujours dans saint Jean, cette parole de Jésus ouvre sur
un autre abîme : celui de l'Amour, celui de la volonté du Père au
cœur du Fils. Si Jésus est soumis au pouvoir de Pilate, c'est
librement, de sa propre initiative. Jésus n'obéit à personne,
seulement à l'amour absolu de son Père pour l'humanité, humanité à
laquelle, dès lors, il ne peut se dérober. C'est donc bien d'en haut
que Pilate reçoit le pouvoir de crucifier Jésus qui va mourir par
amour pour lui.
C'est ainsi que Jésus
demeure, jusqu'à la fin, l'Homme, le Roi selon le cœur de Dieu,
soumis à la violence sans être pris par la violence, soumis à
l'accusation sans être pris par l'accusation.
Voici l'Homme, dit Pilate,
en désignant Jésus sous la couronne d'épines et le manteau de
pourpre de la dérision. Sans le savoir il désigne Celui qui,
défiguré par le péché de l'homme, est demeuré l'Homme en paix avec
Dieu, et de ce fait avec tous les hommes, l'Homme tel que Dieu le
désire, son Fils.
D'où es-tu ? Cette question
sur l'origine de cet Homme est restée sans réponse car posée sans
amour. Seul l'amour répondant à l'amour peut donner lieu à cette
confidence de l'origine où se révèle le Père, entre des frères.
L'origine ne peut être objet d'enquête. Elle ne se révèlera pas au
tribunal, elle ne répond pas à l'accusation.
Elle se révèlera quand la
grande pierre qui ferme nos cœurs par l'accusation et nous enferme
dans le tombeau, sera roulée souverainement par l'Esprit de celui
qui s'est laissé enfermer avec nous. Nous entendrons alors la Parole
éternelle de l'origine : Paix à vous. |