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Vigile pascale A
Exode 14,15-15,1 Romains
6,3b-11 Matthieu 28,1-10
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Vigile pascale (A)
Père Marc Rastoin, jésuite
« Le Seigneur combattra pour vous,
et vous, vous resterez tranquilles » (Ex 14,14). C’est au cœur de
la nuit que le Seigneur agit. Notre unique ‘travail’, c’est de rester
‘tranquilles’, de ne pas avoir peur. Jésus ressuscité parle comme
Moïse : « N'ayez pas peur! Tenez bon! » (Ex 14,13).
Cette nuit est la Pâque du
Seigneur. Au cœur de la nuit, le Seigneur agit, sans témoins, sans que
nous ayons rien à faire. Que s’est-il passé au cœur de cette
nuit ? Nous ne le saurons jamais. Nous ne savons qu’une chose : Dieu
est celui qui est capable de vaincre la nuit. Celui qui a tiré le jour
de la nuit, tire aussi la vie de la mort. Au cœur de la nuit la plus
noire, comme lors de l’esclavage d’Egypte. Le Dieu qui ressuscite
Jésus d’entre les morts est le Dieu qui a ressuscité Israël de son
tombeau d’Egypte. Là où l’esclavage nous opprime, Dieu agit.
L’esclavage des idées dominantes, des prophètes de malheur, de la
mondanité de ceux qui veulent imposer leur mode d’être ou de penser…
Ceux qui disent – ou pensent très fort
- aux mères de famille qui ne travaillent pas « professionnellement »
‘mais qui êtes vous ?’… Ceux qui disent aux jeunes diplômés : ‘si
vous ne n’acceptez pas cette pratique, vous ne grimperez jamais… vous
êtes un looser, un perdant’. Si nous surmontons la peur, Dieu
agit. Au cœur de la nuit de la mort, de la tentation et du mépris,
Dieu est vivant. C’est le cri de Job : « Je sais, moi, que mon
Sauveur est vivant ! » (Jb 19,25).
Au matin de la Pâque d’Israël
comme au matin de celle de Jésus, des femmes sont les premières à
réagir. Myriam, Marie, sœur de Moïse, avait chanté au matin de l’exode
d’Israël (Ex 15,20), de même, une autre Marie, Marie de Magdala, se
fait messagère au matin, de l’exode de Jésus. Pourquoi des femmes ?
Dès l’origine, elles sont complices de la vie. Or, dans la nuit, Dieu
est celui qui donne vie. Ceux qui le voient le mieux sont
celles qui l’ont éprouvé dans leur chair ! Du corps de Marie de
Magdala, Jésus a chassé 7 démons. 7 !
Qui saura jamais ce dont il s’agit ?
Elle aussi était esclave, esclave à l’intérieur d’elle-même... Tant de
nos frères, tant de nous, souffrent de ces pharaons-là… Dépressions,
angoisses, mésestimes de soi, peurs si mal cachées par l’orgueil… tant
de démons si présents, que Jésus vient chasser. Oui, il fallait sans
doute ces femmes, qui avaient été guéries dans leur corps, pour dire
que Jésus était vivant dans son corps, vivant pour Dieu et pour nous,
comme il l’avait été en Galilée. Ce Christ ressuscité, c’est bien, « Jésus,
le crucifié », le Galiléen qui est « passé en faisant le bien ».
C’est bien là, en Galilée, sur ces routes tant de fois parcourues avec
les disciples, qu’il les attend, ces routes de la libération de
l’homme de tous les esclavages et tous les démons qui emprisonnent.
C’est encore là qu’il nous précède aujourd’hui… Ces deux Marie, Marie
de Magdala et Marie mère de Jacques, le suivaient depuis la Galilée ;
elles étaient au pied de la croix et elles étaient au tombeau. Elles
étaient là où l’espérance semblait détruite mais elles ont traversé la
grande épreuve et elles n’ont pas défailli dans la foi.
Puissions-nous vraiment
suivre Jésus en Galilée, pour aller là où il ne cessera de nous
précéder toujours, pour aller avec lui à la rencontre de tous les
souffrants, pour rester à côté d’eux au cœur de la nuit. C’est là
qu’une joie unique nous est promise. La joie même du Dieu qui se bat
toute la nuit contre la mort : « Le Seigneur chassa la mer
toute la nuit » (Ex 14,21). La même joie de Jésus quand il
apprit que ses disciples avaient pu chasser des démons : « Jésus
tressaillit de joie sous l’action de l’Esprit Saint » (Lc 10,21).
C’était déjà la joie de Pâques ! C’est la joie qui monte du plus noir
de la nuit, pour chasser la peur et se communiquer. Dieu n’a pas créé
le monde pour la mort mais pour la vie... car « il n'est pas le
Dieu des morts, mais des vivants » (Mt 22,32) à jamais. Amen. |