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Vigile
Pascale
B
11 avril 2009
Père Marc Rastoin, jésuite
Gn 1,1-2,2 ; Gn
22,1-13.15-18 ; Ex 14,15-15,1 ; Is 55,1-11 … Mc 16,1-8
Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques
et Salomé se demandaient « Qui nous roulera la pierre°? » ‘Qui
nous roulera la peur ?’
Cette peur qui étreint et qui empêche de vivre. Cette peur qui est la
complice la plus importante de la mort. La peur qui empêche de vivre.
Tant il est vrai que « la vraie mort n'est pas le terme de la vie,
elle est ce qui, dès le début, empêche de naître ».
La résurrection, c’est une histoire de naissance. Une naissance à la
confiance. Pour Viviane, et pour chacun d’entre nous, il s’agit de
renaître d’en haut. « En vérité, en vérité, je te le dis: à moins
de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu » (Jn
3,3) disait Jésus à Nicodème. Qui roulera d’au-dessus de nos cœurs ces
pierres qui obstruent la Parole, qui obscurcissent la joie, qui
étouffent la vie qui demande à naître ?
Il s’agit
d’entendre une parole qui nous sort de nos enfermements, la parole
immémoriale des envoyés du Seigneur : « N’ayez pas peur ».
Cette parole que Moïse donna au peuple, à bout de courage, au bord de
la mer, au bord de la mort : « N'ayez pas peur ! Tenez bon ! Vous
allez voir aujourd'hui ce que le Seigneur va faire pour vous sauver°!
… Le Seigneur combattra pour vous, et vous, vous n'aurez rien à faire »
(Ex 14,13b.14b). La Résurrection est l’œuvre du Seigneur. Il agit au
cœur de la nuit, seul, sans témoins. Que nous faut-il faire alors ?
Rien. Rien, si ce n’est croire. Accepter la nouvelle naissance, la
nouvelle genèse, celle par laquelle Dieu réalise son dessein: faire de
nous ses enfants. Entrer dans la vie de Dieu, là où Jésus, notre frère
aîné, est entré en pionnier : « En vérité je vous le dis, à vous
qui m'avez suivi dans la nouvelle naissance, quand le Fils de l'homme
siégera sur son trône de gloire, vous siégerez vous aussi sur douze
trônes°» (Mt 19,28). Là où il est, là aussi nous serons.
« Il
est ressuscité. Il n’est pas ici… Il vous précède en Galilée ». La
Galilée ? N’est-ce pas un retour en arrière ? Retrouver la bonne
vieille Galilée ? Le bord de son lac et ses villages de pécheurs ? Eh
bien oui. C’est bien la même Galilée et pourtant elle est différente.
Libérés de la peur, « nés de Dieu », nous retrouvons notre
monde et notre rue, notre vie et nos épreuves, notre piano et notre
studio, nos parents et nos enfants, nos blessures et nos combats,
notre Galilée à nous. Rien n’aurait-il changé ? A première vue rien.
Rien et pourtant tout… Oui, tout est changé ! Désormais, rien ne peut
plus être comme avant, car la pierre a été roulée, la peur a été ôtée,
la mort a été vaincue. Nous avons un frère aîné qui nous précède dans
la Galilée de Dieu, dans le cœur du Père, où il nous attend. L’ère du
soupçon et du mutisme s’ouvre sur le temps de la confiance et de la
Parole.
« Elles
ne dirent rien à personne, car elles avaient peur »…
Extraordinaire chute de l’Evangile ! Finir sur ce qui justement n’est
pas le dernier mot mais l’avant-dernier ! Car si
Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques et Salomé, n’avaient pas
surmonté leur peur, si elles n’avaient pas parlé aux Apôtres, nous ne
serions pas là ce soir car il n’y aurait pas d’Evangile ! L’Evangile
n’a été mis par écrit que parce que ces femmes ont cru et ont
parlé. Nous n’existons que parce que ces femmes ont parlé. Ces
femmes sont nées à la Parole. Elles ont évangélisé les Apôtres. Elles
ont transmis la Nouvelle. Le mot Evangile n’est pas dans l’Evangile
car l’Evangile commence juste après. Une petite phrase, essentielle,
est à deviner : ‘Elles allèrent dire à Pierre et aux disciples :
‘Il est ressuscité ! Il vous précède en Galilée !’’ Ces mots,
c’est à chacun des auditeurs de Marc de les dire à son tour… A chacun
de nous.
Nous
sommes ces femmes qui ont parlé aux Apôtres ; nous sommes ces Apôtres
qui ont écouté ces femmes ; nous faisons partie de l’Evangile ici ce
soir car l’Evangile n’est jamais fini. Il continue à nous libérer de
la peur. Le Seigneur ressuscité est en avant de nous. Il nous appelle
à entrer dans sa vie, dans la gloire de son Père où il est parti nous
préparer une place, une place et une joie que nul ne pourra nous
ravir. L’Evangile de la Résurrection, ce n’est pas un mot sur une
page, c’est un chant de louange dans notre cœur, un cri de joie sur
nos lèvres, un message joyeux qui vole de colline en colline : Le
Seigneur est ressuscité ! Amen. Alleluia.
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