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Vigile
pascale
samedi
7 avril 2007
Père
Jean-Marc Furnon, jésuite
Luc 24, 1-12
« Il n’est pas ici, il est ressuscité. Rappelez vous !’ »
Jésus est mort. Il a été mis au tombeau et la lourde pierre a été
roulée sur l’entrée du tombeau. Jésus, le Fils de Dieu incarné dans
notre chair s’est abaissé jusqu’à se laisser enfermer avec nous dans
le tombeau dont la grande pierre ferme nos cœurs.
Sur la feuille de chant de cette Vigile pascale, le peintre d’icônes
a esquissé la descente aux enfers de Jésus. Oui, Jésus est descendu,
il s’est abaissé jusque dans la mort pour venir prendre la main
d’Adam et de Eve et de toute l’humanité. Une humanité dans la mort
mais une humanité mystérieusement déjà éclairée par la lumière de la
résurrection dans la grâce du pardon. Nous reprenions hier soir tous
ensemble les mots du prophète Isaïe disant avec le peuple illuminé
par la révélation de Dieu : « nous étions tous errants comme des
brebis, chacun suivait son propre chemin » (Isaïe 52,13-53,12). Dieu
vient nous visiter, nous pardonner, nous guérir au plus profond de
nos errances humaines. De ces errances qui nous manipulent et nous
bouleversent dans notre incapacité à ne pas nous laisser faire par
leur séduction et leurs attraits : l’idéalisation des autres, de
nous-même ou de l’Eglise ; les malheurs de nos vies personnelles et
familiales et la tentation de la désespérance, le mutisme qui nous
ferme de l’intérieur, la récrimination qui nous conduit à « être
contre », contre les autres, contre la vie, contre la parole jusqu’à
organiser ainsi notre personnalité autour de ce « contre » ; toutes
nos stérilités.
Oui, sans lui nous ne pouvons pas trouver le chemin, la vérité et la
vie. Au fond de nos tombeaux une main nous rejoint au plus sombre de
la nuit, une parole nous touche. Nous ne voyions rien mais nous
pouvons croire à ce qui nous arrive. Rappelez vous ce qu’il vous a
dit : « Il faut que le fils de l’homme soit livré aux mains des
pécheurs, qu’il soit crucifié et que, le troisième jour, il
ressuscite » (Luc 24,1-12).
La Résurrection c’est la bonne nouvelle que lui, le Seigneur, n’a
pas peur de nos errances, lui voit en nous le fils ou la fille de
Dieu. Il voit en nous celui et celle qui entend et qui parle. Jésus
écoute la joie en nous et ce qui vit en nous. Lui, le Vivant habité
de la lumière de Dieu vient à la rencontre du vivant que nous ne
savons plus que nous sommes, du vivant caché, tombé dans le fond du
tombeau.
Qui vient vers nous ? C’est Jésus, lui le serviteur souffrant
défiguré par le péché qu’il a porté par amour. Rappelez vous sa
rencontre avec la femme adultère (Jean 8, 1-11) : la condamnation
qui pesait sur les épaules de cette femme, il l’en a libéré, il lui
a ré ouvert la porte de la vie et l’accusation des pharisiens est
tombée sur lui jusqu’à sa condamnation à mort. Sur lui la
condamnation qui le défigure, sur elle la paix qui la régénère. Nous
le disions ensemble hier soir : « C’était par nos fautes qu’il a été
transpercé, c’est par nos péchés qu’il a été broyé. Le châtiment qui
nous obtient la paix est tombé sur lui, et c’est par ses blessures
que nous sommes guéris » (Isaïe 52,13-53,12). Qui vient vers nous ?
C’est le Père dont la volonté de nous relever d’entre les morts
habite au plus profond le cœur de Jésus dans sa mission. Celui qui
vient à nous c’est l’Esprit Saint qui roule la pierre au Fils
premier né d’entre les morts et nous entraîne tous à sa suite. Voilà
l’échange qui nous relève et qui nous tient debout dans la lumière
de la transfiguration. C’est un don, c’est le don gratuit du Dieu.
Il est pour nous ce don. Aujourd’hui.
Frères et sœurs, il y a pour l’homme un salut à travers la mort. Au
plus noir de la nuit et de la désespérance, il y a un salut pour moi
dans mes fermetures. La pierre du tombeau a été roulée. C’est une
promesse de réconciliation et de vie pour toute l’humanité. Dieu se
fait proche. Le deuxième jour peut être bien long dans nos vies mais
le troisième jour à l’aube la pierre était roulée quand les femmes
vinrent au tombeau.
« Pourquoi cherchez vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas
ici, il est ressuscité ». Plusieurs des femmes qui sont au tombeau,
comme la femme adultère, ont retrouvé l’axe véritable de l’amour
parce qu’elles se sont trouvées mises en face d’un visage et d’un
silence bienveillants qui les a pénétré jusqu’aux os. Elles sont
restées là avec le seul qui n’avait pas péché. La conversion humble
et vraie n’est suscitée en nous que par un mouvement d’ouverture à
l’intime de nous-même, pas par un mouvement de défense contre nous
ou ce que nous avons fait.
La pierre est roulée. Le pardon ce n’est pas l’oubli des errances,
c’est l’ouverture à quelqu’un pour lui confier ce qui pleure en nous
et que nous ne savons pas nommer. Alors le Ressuscité nous prend par
la main, il nous tient debout et nous entraîne ailleurs sur les
chemins de l’ouverture à la vie. Témoin fidèle auprès de nous de la
lumière qui fait resplendir en nos cœurs notre filiation divine.
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