Lors de la nuit pascale juive, le plus jeune des enfants demande : « Pourquoi
cette nuit est-elle différente des autres nuits ? ». Son papa répond :
‘C’est la nuit où le Seigneur nous a délivrés de la Maison d’Esclavage’.
Le jour de Pâques, l’enfant peut demander : ‘En quoi ce jour est-il
différent des autres jours ?’. Et nous pouvons répondre : ‘C’est le
jour où nous étions dans la tristesse et la peur et le Seigneur nous en
délivrés’. C’est le jour où Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques et
Salomé, se mirent en route « de grand matin, le premier jour
de la semaine ». Elles faisaient ainsi écho à tous nos ancêtres dans
la foi qui se sont levés « de grand matin » : Abraham lorsqu’il
partit, avec Isaac, vers le Mont Moriah… Moïse lui-même, lui qui ne savait
pas parler, lorsque « le Seigneur dit à Moïse : ‘Lève-toi de bon
matin et présente-toi devant le Pharaon… Dis-lui : Ainsi parle le
Seigneur: ‘Laisse partir mon peuple pour qu'il me serve’’ » (Exode
8,16).
Plus avant encore, ce matin de la Résurrection nous rappelle le premier
matin du monde, celui où le Seigneur dit : « Il y eut un soir, il y eut
un matin : ce fut le premier jour » (Genèse 1,5b). Il n’est pas
dit ‘il y eut un matin, il y eut un soir’ mais bien le contraire !
Comme si, dès le début, Dieu voulait nous dire qu’il nous a créés en vue
de la lumière du jour, et non pas pour la nuit de la mort. La Résurrection
révèle le dessein de Dieu depuis les origines, tel qu’il se laisse lire
depuis la Genèse. La Résurrection n’est pas un coup de baguette magique
réservée à Jésus, un happy end artificiel. Elle dit le but ultime
de la vie : être en communion avec Dieu.
La Résurrection conduit à voir toute notre vie et tous nos choix sous une
lumière nouvelle. Ce qui prévaut n’est plus la préservation de la vie à
tout prix, dans la peur de manquer, dans la peur de déchoir aux yeux du
monde, dans la peur de tout perdre. Nous ne nous perdrons pas car « Dieu
créa l’homme à son image » (Genèse 1,27a).
Aucune affirmation biblique n’est plus importante ni plus vraie ! Les
êtres humains vivent d’être en relation comme Dieu lui-même est relation.
Comme Paul nous le dit, nous vivons d’être en « communion » comme
Dieu est communion. Nous vivons de nous donner comme le Christ s’est
donné, comme Dieu trouve sa joie en se donnant…
Après avoir créé l’homme, Dieu dit, « c’était très bon ! »
(Genèse 1,31), parce que l’être humain est l’unique créature capable
d’imiter la générosité de Dieu, l’unique créature capable de connaître la
fin de toutes choses, capable de ne pas avoir peur. L’enjeu de notre vie,
c’est la ressemblance croissante de notre être avec celui de Dieu.
Prions pour que nous puissions devenir de plus en plus des Très
ressemblants de Celui qui nous a crées à Son image, être de ceux qui
rayonnent la lumière autour d’eux, délivrés de la peur, dans l’espérance
du jour qui n’aura pas de fin : « Et il y aura un jour unique – le
Seigneur le connaît - plus de jour ni de nuit, mais au temps du soir, il y
aura de la lumière » (Zacharie 14,7).