Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 

Homélie             

                                                                                               

3ème dimanche de Carême - Année C                                                                                             dimanche 7 mars 2010

Luc 13, 1-9

 

P. Laurent Gallois,  jésuite           

« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux ». Eux ? Les Galiléens massacrés, les personnes par la chute de la tour de Siloé.

Vous périrez comme eux. Entendre : la manière de mourir ne permet pas de juger la qualité de la vie que l’on a menée. Mais entendre aussi : la mort arrive toujours, pour mettre un terme à la vie, quelle que soit la façon dont ce terme est mis. La question qui est alors posée aux interlocuteurs de Jésus est, de fait, la suivante : comment aurez-vous vécu ? Aurez-vous vécu à la façon de la vigne, de la Parabole, qui donne régulièrement un fruit abondant ? Ou bien à la façon du figuier, qui vit, mais qui ne donne pas de fruit ? Oui, comment aurons-nous vécu, lorsque la vie viendra : une vie où il y aura eu de fruit, ou bien une vie sans fruit ? Et d’ailleurs, quel fruit ? Or, ici, il y a deux façons de regarder cette vie…

Il y a la façon du propriétaire du figuier : un fruit lui est dû, précisément parce qu’il est propriétaire du figuier. Rien d’étonnant, alors, à ce qu’il finisse par dire : « coupe-le ! ». Or ce regard de propriétaire est bien souvent, à notre insu, le nôtre. Combien de fois, en effet, ne disons-nous pas dans notre vie, dans nos relations : il, elle, me doit bien cela ? Des parents le disent de leurs enfants, des enfants de leurs parents ; un frère, de sa sœur, une sœur, de son frère ; un ami, de son ami etc. Et combien de fois ne jetons-nous pas un regard de propriétaire sur notre propre vie, à la façon du propriétaire du figuier ? On juge en ce cas sa propre vie, en y voyant une vie sans fruit… Du moins, sans le fruit escompté, que l’on s’estime dû ! On juge d’un regard sans amour, prêt à amputer quelque chose dans sa propre vie.

Il y a le regard du propriétaire. Et il y a le regard du vigneron : une manière de regarder où le vigneron va y mettre tout son labeur, toute sa patience, toute sa présence ; une manière de regarder où le vigneron ne voit pas d’abord l’absence de fruit, mais une vie dont il lui faut prendre soin, parce que, précisément, elle est sans fruit.

Et si la conversion consistait à passer du regard de propriétaire au regard de vigneron, du regard qui fait le constat sec et impatient qui juge n’y a pas de fruit, dans la vie d’autrui ou dans sa propre vie, au regard de celui qui prend soin de toute vie donnée ? Et si la conversion consistait aussi à laisser faire un autre, dans nos vies, un autre qui prend soin de nos vies, en leur infécondité même – cet autre étant le Christ, lui que nous avons prié au début de cette eucharistie en disant : toi qui es la source de toute bonté et d’où vient toute miséricorde ? Lui seul voit la vie qui est la nôtre. Lui seul voit là où il n’y a pas de fruit dans nos vies : mais il voit sans juger, parce que son agir est d’abord de prendre soin de nous. Pour que la vie jaillisse en fécondité ! Alors, laissons-le faire !

La première lecture vient rappeler que cet agir est aussi un agir de libération. Dieu prend soin de son peuple, prend soin de l’homme, prend soin de qui se tourne vers Lui en se sachant empêcher, dans sa vie : il suffit de le croire, de laisser faire Dieu dans nos vies ; le laisser faire, selon son chemin à lui et non selon nos solutions à nous, surtout quand nous sommes animés par un regard de propriétaire.

C’est bien ce que le vigneron dit au propriétaire de la vigne et du figuier : laisse-moi faire. A l’avenir, il y aura peut-être du fruit. Sinon, c’est toi qui le couperas…. Mais pas moi.

En ce troisième dimanche de Carême, puissions-nous passer d’un regard de propriétaire, sur nos vies et celle des autres à un regard de vigneron, qui prend soin de la vie donnée. Et puissions-nous laisser faire Celui d’où vient toute vie dans nos vies : le Christ. Alors le fruit en sera une confiance plus grande. Un chemin de conversion pourrait bien, par là, se tracer, pour nous.

© Compagnie de Jésus