Homélie               

Baptême du Seigneur                                                                             Dimanche 9 janvier 2011

Matthieu 3, 13-17

Père Dominique Cupillard, jésuite                                                                                             

Cette fête est une énigme. Pourquoi le Christ, le juste par excellence, l’homme sans péché a-t-il voulu être baptisé, lui qui n’avait nul besoin d’un rite de purification, pas plus qu’il n’avait besoin de ce rite pour s’agréger à une communauté ou à un peuple, puisqu’il l’était déjà, par la circoncision, au peuple juif ? J’ai besoin de me faire baptiser par toi et c’est toi qui viens vers moi ! La protestation de Jean est aussi la nôtre aujourd’hui.

Laisse faire répond Jésus, c’est ainsi qu’il nous faut accomplir toute justice. Le geste de Jésus, prenant place parmi les pécheurs, révèle une autre figure de la justice, que celle que la loi et les prophètes, y compris Jean-Baptiste avec son rite de pénitence, cherchaient en vain à satisfaire. Le Christ, au rang des coupables, immergé avec eux dans les eaux de la mort, c’est tout ce que nous mettons sous le mot de justice, qui est dépassé, désavoué, frappé d’impuissance, au profit de la réalité qui éclate dans cette scène, celle de l’Amour, Trinité des personnes, qui vient au devant de l’homme comme Jésus dans ce récit, vient vers Jean, pour réconcilier tous les hommes avec Dieu, car tous avaient besoin de l’être et ne le pouvaient pas sans mourir au péché avec le Christ pour renaître avec lui à la vie.

Ce n’est donc pas pour lui, mais pour nous que le Fils de l’homme s’immerge aujourd’hui dans les eaux du Jourdain, pour qu’avec lui, nous puissions y entrer et avec Lui en ressortir, vivants, nés une seconde fois de l’eau et de l’esprit. Oui si Jésus s’est fait solidaire de nous dans la mort, jusqu’à se faire péché pour nous dira saint Paul (2 Cor.5, 21), c’est pour que nous soyons solidaires de lui, dans sa résurrection.

Ce rite de la sortie de l’eau renvoie à des moments essentiels de l’alliance avec Dieu : l’épisode de Noé et du déluge, celui de la sortie d’Egypte à travers la Mer Rouge, l’entrée en Terre Promise, à travers le Jourdain. Jésus, debout, surgissant du Jourdain apparait comme un nouveau Josué, qui fait entrer tout un peuple, à sa suite, dans la vraie terre promise, ce ciel, demeure de Dieu, qui se ré-ouvre enfin à l’homme.

Mais le baptême de Jésus ne répète pas seulement des figures anciennes. Il annonce un autre baptême que le baptême de l’eau, un baptême dans l’Esprit, l’eau et le sang, comme dit saint Jean, qui désigne la Pâque du Christ, sa plongée dans la mort et sa résurrection : Je dois recevoir un baptême dit Jésus et comme il m’en coûte qu’il ne soit accompli (Luc 12,50). Notre baptême frères et sœurs, est le sacrement de ce passage d’un « mourir avec le Christ » à un « vivre avec Lui ». Ignorez-vous dira saint Paul que c’est en sa mort que nous avons été baptisés ?... Nous avons été ensevelis avec lui, afin que comme le Christ est ressuscité des morts, nous menions nous aussi une vie nouvelle. Rm. 6, 3-4. Si l’église n’a pas de sacrement pour célébrer la mort, c’est que le baptême est le sacrement de notre mort. Et de notre renaissance à une vie nouvelle.

Tu es mon Fils bien aimé, en toi j’ai mis tout mon amour. Quel contraste dans cette scène entre l’humilité du début, l’entrée anonyme de Jésus dans l’eau et l’éclat public de sa sortie. Avec la colombe, le ciel qui se déchire. Et cette parole finale, Tu es mon Fils bien aimé, qui n’est pas une parole d’investiture, mais une parole d’engendrement, qui ne concerne pas que le Christ mais tous les hommes et chacun de nous, réengendrés par le Christ, rendus par Lui à notre dignité de Fils bien aimés du Père.

Cette identité de Fils, nous la recevons une fois pour toute par notre baptême, mais c’est sans cesse qu’il nous reste à en accueillir et à en traduire en vérité, dans nos vies, la figure. Laissons l’Esprit, qui refait toute chose nouvelle, nous créer chaque jour à l’image du Christ, fils bien aimé du Père, appelés à ne former qu’un seul corps de frères et de sœurs dans  la foi.

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