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La Messe qui prend son
temps, dans les médias |
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Paru dans la
revue Prier
n°271 Mail 2005
Numéro autour de la
spiritualité ignatienne |
De tous les coins de
Paris, ils viennent à l'eucharistie sans se faire prier. Etudiants, jeunes
professionnels et têtes chenues sont devenus "accrocs" à la Messe qui
prend son Temps. Une initiative lancée par les jésuites pour mieux méditer
la Parole.
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Dépaysement... Chaque
dimanche soir, c'est perceptible dès l'entrée de l'église Saint-Ignace,
prise d'assaut par d'étranges "paroissiens", sourires, "salut !" et bises
aux lèvres. En masse, ces moins de 35 ans accourent vers la "Messe qui
prend son Temps" (MT), où ils sont accueillis par six de leurs semblables,
stylos, Evangile et chants du jour à la main. Accueillir : c'est bien le
maître mot de cette célébration eucharistique originale, centrée sur la
Parole de Dieu, l'é¬change et la prière silencieuse. Rapidement, près de
200 participants, dont quand même quelques têtes chenues, se rassemblent
en gradins autour de l'autel... et c'est parti avec une hymne jazzy,
lancée par guitare, violon, saxo et trompette.
En jeans comme tant
d'autres, une demoiselle explique la "règle du jeu", rappelée pour
n'exclure aucun des nouveaux venus. Cantiques, répons juvéniles mais
fournis, première lecture... Celle de l'Evangile vient vite détromper qui
se croirait dans une messe "classique". Beaucoup de fidèles plongent en
effet le nez sur le texte quand d'autres se recueillent déjà, les yeux
grands fermés, alors que le premier des nombreux célébrants en aube, le
père Jean-Marc Furnon, maître des lieux, amorce son "enseignement". "L'Evangile
de ce soir —la Samaritaine (Jean 4,1-42)—est long, et nous allons prendre
le temps de le lire", affirme-t-il, résumant l'esprit même de la MT avant
de livrer quelques clés historiques, symboliques, spirituelles de ce
pas¬sage si riche, relu chacun pour soi.
Le jésuite met les
juniors en éveil en soulignant le paysage aride, les mots de Jésus et de
la Samaritaine, leurs visages. "Demeurez-y : le Seigneur vous y attend",
conclut-il. Le temps est venu d'une troisième lecture, solennelle
celle-là, par un jeune diacre, et tous se regroupent en chœur autour de
lui. Le recueillement est de plus en plus palpable : les têtes, les
paupières, s'abaissent. La lumière décline à son tour quand l'officiant
encourage enfin : "Allez rencontrer le Christ là où vous voulez dans
l'église".
Les jeunes moineaux ne se font pas prier : d'un coup d'aile, ils ont
rem¬pli Saint-Ignace, qui autour de l'au¬tel, qui dans la nef ou dans
quelque sombre chapelle latérale ; qui là où l'on adore le
Saint-Sacrement, ou bien là où l'on suit une "prière guidée" dans la veine
des Exercices Spirituels. Doucement, le Père Furnon y attire l'attention
des orants sur leur propre corps, sur les détails saillants du texte, sur
les interrogations inti¬mes de chacun : "J'ose demander au Seigneur une
lumière pour ma vie: pour prendre une décision,faire un choix, reconnaître
un amour..." et enfin, sur le silence à accueillir, à l'ombre d'une grande
Vierge de tendresse. Assis le plus souvent par terre et dans toutes les
positions imaginables, quelques cadets relisent l'Evangile ou griffonnent,
mais la majorité a la nuque ployée et regarde... vers l'intérieur.
Certains isolés, presque prostrés ; d'autres, par grappes ou parfois en
couple/main dans la main. Vingt longues minutes de profond silence. De
profonde prière. Ponctuant la célébration, la guitare rappelle finalement
chacun vers sa place et vers le dialogue.
Quatre par quatre, on
partage "l'eau vive" goûtée à la source de la Parole et de l'oraison. Pas
une mouche ne volait dans l'église et maintenant, c'est une ruche qui
bourdonne. Nouvel accord de gui¬tare, nouvelle séquence : après avoir noté
sur sa feuille une ou deux lumières entrevues, on proclame sa foi. Credo,
prière universelle pour un monde qui souffre et qui espère... Nous voilà
de nouveau en terrain familier, la MT ayant repris le cours balisé d'une
eucharistie "classique"; mais le chemin parcouru entre-temps rend tout
différent.
En témoignent
Violaine, 25 ans, et Nicolas, 30 ans, qui depuis deux ans viennent tous
les dimanches ici de l'autre bout de Paris. "Je recherche une messe où
avoir le temps de prier, explique la jeune femme. Le temps de voir ce qui
se passe en moi et autour de moi, sans succomber aux automatismes."
Professeur d'histoire-géo, son ami acquiesce : "La MT est la seule
célébration eucharistique qui mette autant au centre la Parole de Dieu,
l'essentiel à mes yeux. Et ici, on peut l'écouter en profondeur, la
méditer au calme et la partager." C'est tout l'objet de la démarche du
père Furnon, chapelain de Saint-Ignace depuis 1999 et créateur de la
formule la même année, "à l'exemple de la lectio divina monastique et de
L'Ecole de la Parole lancée dans les années 1980 à Milan par le Cardinal
Martini". "J'ai simplement eu l'idée, précise le jésuite, de lier cet
approfondissement de l'Evangile à une eucharistie, et la Messe qui prend
son Temps était née. Dans le monde d'aujourd'hui, en effet, qui n'a pas
une relation personnelle à la Parole de Dieu, surtout s'il est jeune, aura
du mal à tenir dans la foi." Le succès de la Messe qui prend son Temps ne
semble pas lui donner tort...
Eric Vinson
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Article paru dans la
revue Pèlerin
n°6381 17mars 2005
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Paul a 21 ans
et vient de s’engager dans la vie active. Servant d’autel dans son
enfance, il a, à l’adolescence, |fui la messe dominicale qu’il jugeait
ennuyeuse. Avant de retrouver les chemins de sa paroisse après avoir
participé, en 2002, aux JMJ de Toronto. « Nous y sommes allés entre
copains. C’était génial. On y prie, mais on y discute et on y rit aussi.
On n’est pas seul face à ses propres questions ». Depuis, ce jeune employé
de banque a pris la route de Compostelle. Il est allé à Lourdes, à Fatima.
Toujours avec des amis. « Ce sont des moments forts qui nous sortent du
quotidien, raconte-t-il. Nous vivons notre foi dans l’action, dans une
relation vraie avec les autres. » Difficile, après, de trouver des repères
dans une pratique plus classique...
Une génération
impliquée dans la foi
La « génération Jean-Paul II » est exigeante, soucieuse d'authenticité.
Elle se veut généreuse et impliquée au quotidien dans la foi, mais elle
est aussi très peu présente aux célébrations eucharistiques. Seulement 4%
des jeunes catholiques participent régulièrement à une messe dominicale,
et 13% occasionnellement, selon le sondage Pèlerin TNS-Sofres. « L’appel
de l’eucharistie m’habite, reconnaît Isabelle, 24 ans, attachée
commerciale et animatrice chez les Scouts et Guides de France, mais je
peux ‘rendre grâce’ dans la prière ou encore dans la méditation après une
lecture de la Bible. »
Sortir de la routine, inventer des choses qui mettent en éveil, qui
permettent de rencontrer l’autre... « Les jeunes sont en recherche d’une
vérité plus grande dans l’expression de leur foi, d’un accueil convivial,
d'une communauté qui fait la démonstration de son espérance, explique le
P. Laurent Le Boulch, longtemps chargé de la pastorale des jeunes dans le
diocèse de Saint-Brieuc, en Bretagne. Il suffit de peu de chose pour
répondre à leur attente : un accompagnement musical adapté, un rituel plus
habité, des moments de méditation plus nombreux... »
Une liturgie
différente «qui prend son temps»
Aujourd’hui de nombreuses paroisses proposent des liturgies ponctuelles
aux jeunes. Ainsi, tout comme dans de nombreuses villes, la paroisse
Saint-Ignace, à Paris, propose aux étudiants et aux jeunes professionnels
(les aînés sont aussi les bienvenus) une « messe qui prend son temps », le
dimanche, à 19 heures. Le temps d'écouter la liturgie de la Parole, le
temps d’une longue prière personnelle, le temps de partager en petits
groupes l’enseignement de l’Evangile avant de célébrer l’eucharistie et
de... prendre un verre ensemble, à la fin. L’horaire, l’espace (les
chaises sont placées en rond autour de l'autel), et l’accompagnement
musical (très sobre) ont été mûrement réfléchis par les jeunes qui, en
2000, ont lancé cette célébration dominicale.
« Le dimanche soir est un moment propice pour faire une pause, réfléchir à
la semaine écoulée et à celle qui vient, confie Marie, une jeune fidèle
parmi les deux cents personnes qui, ce soir-là, constituent l’assemblée.
J’aime le temps de méditation qui nous est donné après la lecture de l’Evangile.
On peut choisir de s’isoler, d’aller s’asseoir près de l’autel ou de se
laisser guider dans la prière par un prêtre. C’est la liberté dans le
recueillement. J’aime aussi le temps de parole échangé et celui de
l’attente, après la distribution de l’eucharistie, afin de communier tous
ensemble. J’ai l’impression de vivre pleinement le partage et la
réconciliation enseignés par l’Evangile.» •
Pèlerin n° 6381 * 17 mars 2005 •*
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