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Aimés et choisis
Qu’est-ce que l’épître aux Éphésiens (Éphésiens 1, 3-7) nous dit ? Quelqu’un m’a dit
que l’élection de Jésus Christ pour les hommes veut dire que nous avons été choisis pour être pardonnés. Non ! Ce n’est pas l’élection de Jésus Christ pour les hommes, c’est l’élection des hommes en Jésus Christ.
« Béni soit Dieu, le
Père de notre Seigneur Jésus Christ ». Le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ n’est pas le Dieu et Père de Jésus Christ parce qu’il a racheté nos péchés mais d’abord parce qu’il
est le Père du Fils éternel. Le Père de notre Seigneur Jésus Christ, dans l’éternité de son rapport au Fils, va nous introduire dans le mystère du Fils. « Le Père nous a bénis de toute bénédiction spirituelle ». Qu’est-ce
que cela veut dire ? Que le Père, en tant que ce qu’il fait, relève de sa pure liberté de Père, nous donne son Fils en n’écoutant que l’amour qui lui permet de l’engendrer comme Fils et de nous faire entrer nous-mêmes dans cette
génération. Avant la fondation du monde il a voulu nous choisir dans le Christ.
Paul continue :
« pour que nous soyons saints et irréprochables sous son regard, dans l’amour ». Qu’est-ce à dire sinon que la raison d’être qui préside avant la fondation du monde à la création, c’est notre « adoption filiale » - mais si
l’on n’aime pas le mot adoption qui nous paraîtrait trop juridique, on peut dire affiliation. Nous sommes affiliés en tant que créatures au mystère du Fils dans sa génération éternelle qui nous est communiquée par son incarnation.
Tout nous est donné : pas seulement la rédemption, mais l’affiliation pour des hommes qui ont besoin aussi de rédemption.
Et le péché ? Le péché
est inclus en l’incarnation comme son dépassement et son pardon mais non pas comme sa motivation. Le péché est un obstacle à l’affiliation ; or s’il y a l’obstacle du péché, Dieu lèvera l’obstacle du péché. Ce n’est pas à cause
du péché qu’il nous affilie, mais ce n’est pas à cause du péché qu’il s’incarne. C’est pour nous donner une filiation à laquelle nous faisons obstacle par le péché et le péché sera emporté dans le mouvement par lequel on est
adopté. Autrement dit, le péché bénéficie de l’incarnation, il ne l’explique pas. Il est pris en elle, il n’en est pas le fondement mais le profiteur.
« En lui, par son
sang, nous sommes délivrés, en lui, nos fautes sont pardonnées, selon la richesse de sa grâce ». Ce n’est pas la rédemption qui inclut l’incarnation, c’est l’incarnation qui inclut la
rédemption parce que l’incarnation est faite essentiellement pour la révélation d’une paternité de Dieu qui est plus qu’un pardon des péchés, c’est une affiliation à la génération éternelle du Fils. Dès lors, le tout de l’amour du
Père pour nous ne se ramène pas à la rédemption du péché mais à notre entrée divinisatrice dans la génération du Fils.
Tel est le contenu du
mystère du Christ qui, touchant ainsi les racines du monde, peut illuminer de fond en comble et séduire une liberté qui ne peut se donner qu’à ce qui est dans l’histoire le fondement éternel. Donc, joie d’être chrétiens et joie
d’avoir à se convertir au Christ pour annoncer, pour rayonner en soi-même autant qu’il est possible, l’amour d’élection et pas seulement de rédemption. De rédemption, mais qui ne voile pas l’élection dont le monde est divinement
aimé dans sa mondialité passée, présente et à venir. Cette mondialité de la création que nous découvrons maintenant ne dépassera jamais en alpha l’élection du Père, en omega la résurrection du Christ, en lambda
la patience de l’Esprit Saint.
Père Gustave Martelet, Le
Christ selon saint Paul
4ème mardi de Carême 2002 à l’église Saint-Ignace
On peut lire l’ensemble des interventions dans la revue Croire aujourd’hui (n°140 à 143) de
Bayard-Presse.
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